Essy Amara : Les soutiens ne manquent pas Face à Ouattara en 2015

L’ancien ministre des affaires étrangères d’Houphouët-Boigny n’est qu’un candidat à l’investiture de son parti. Pourtant sur le terrain, il mobilise déjà des soutiens internationaux importants et ratisse aussi parmi les cadres du PDCI traditionnellement opposés à Henri Konan Bédié.

Jeudi 19 Février 2015 - 20:09


Essy Amara : Les soutiens ne manquent pas Face à Ouattara en 2015
Aussitôt rentré à Abidjan où il doit préparer la présidentielle de 2015, Essy Amara s’est rendu avant-hier à Daoukro où il a été reçu par Henri Konan Bédié, le président du PDCI. Pendant quarante cinq minutes, les deux personnalités se sont entretenues en privé loin des regards et des oreilles indiscrètes. L’ancien ministre des affaires étrangères d’Houphouët-Boigny s’est en effet rendu chez les Bédié pour annoncer officiellement sa candidature à l’investiture du parti. Mais en dépit du contexte et de l’importance du visiteur, une telle rencontre n’est pas tout à fait inédite. Car fin 2014, le député Bertin Kouadio Konan s’était également  rendu chez N’zuéba quelques mois après le 12è congrès du parti et en dépit des coups que les deux hommes s’étaient donnés. Autre signe, avant cette rencontre Essy-Bédié, le second avait déjà mis en place un comité de médiation présidé par le ministre Lambert Kouassi Konan. Ce dernier y remplaçait Gnamien N’goran, nommé des semaines avant par le président du PDCI mais dont l’action n’avait pas été très efficace. La nomination de Lambet Kouassi Konan, très respecté au PDCI, constitue donc l’ultime tentative pour Bédié de faire lâcher du lest aux candidats déclarés à l’investiture du PDCI et les convaincre d’adhérer à l’appel de Daoukro. Cela dit, les lignes semblent avoir considérablement bougé en raison de l’hostilité ouverte de la base contre cet appel à soutenir la candidature unique de Ouattara. Les dernières missions dans le peuple du parti ont révélé de nouvelles difficultés et le conseil des sages a, il y a quelques semaines, envoyé une lettre dans laquelle il enjoint le président du PDCI à renoncer à son projet. Beaucoup d’eau aurait donc coulé sous les ponts et l’opposition de Bédié s’en était trouvée diluée. D’autant plus qu’au sein du PDCI lui-même, de nouvelles allégeances sont visibles. « On sent carrément la revanche des anciens qui n’ont jamais en fait rallié Bédié lorsqu’il a pris la place du Vieux à sa mort », analyse un militant du PDCI qui passe le plus clair de son temps dans l’immense QG flambant neuf d’Essy Amara sis à Angré. Une énorme villa duplex qui se veut à la mesure de « la valeur » de celui pour lequel elle a été mobilisée. Défilent régulièrement ici les Georges Ouégnin, le mythique protocole d’Houphouët, mais aussi les frères Banny, Jean en particulier et d’anciens proches du « Vieux » pas très connus du grand public. Parmi eux, certains ont fait officiellement le pas comme Emile Constant Bombet. L’ancien ministre de l’intérieur de Bédié avait d’ailleurs raflé les suffrages devant lui, à la convention du parti, lors de la désignation du candidat du PDCI à l’élection présidentielle de 2000 remportée par Laurent Gbagbo. D’autres ténors sont attendus comme le ministre Gaston Ouassénan, actuel président du groupe parlementaire du PDCI mais aussi Alphonse Djédjé Mady, Nicolas Kouassi Akon, l’ancien maire d’Abengourou et bien d’autres. Au plan international, l’ancien ministre des affaires étrangères d’Houphouët a le soutien résolu de ses amis de l’ONU. A titre d’illustration, l’Onuci avait dépêché un contingent d’hommes à l’aéroport d’Abidjan pour sécuriser son arrivée. Mais mieux, depuis qu’il a annoncé sa candidature, aucun de ses proches n’a fait l’objet de traque comme l’avaient été ceux de Charles Konan Banny. Selon des sources bien introduites, Ouattara n’est plus en mesure de le faire en raison de la mise en garde des occidentaux qui ont affirmé connaître les comptes de ses proches dans différents paradis fiscaux. En fait, Essy Amara utilise les mêmes armes que Ouattara contre Laurent Gbagbo. Il est le choix de François Hollande le président français et celui d’Obama le président américain. Car après l’avoir mis au pouvoir, pour ce qui est du président américain, les occidentaux s’inquiètent aujourd’hui de l’impopularité du chef de l’Etat ivoirien battu dans tous les sondages par le Président Laurent Gbagbo malgré son incarcération à La Haye. Pour eux, un nouveau mandat de Ouattara ne ferait qu’alimenter la tension qui prévaut dans le pays et mettre en périls leurs intérêts, surtout si le président sortant doit passer en force sur la question de son éligibilité. Sur cette question d’ailleurs, la position du président français est connue. Selon celle-ci, Ouattara ne doit pas être sur la ligne de départ en 2015 puisqu’il lui faudrait d’abord modifier la constitution ivoirienne. Or, au dernier sommet de la francophonie qui s’est tenu à Dakar, Hollande l’a fortement déconseillé aux chefs d’Etat africains, provoquant au passage une violente réaction de Ouattara. Selon d’ailleurs l’un des membres du comité de soutien d’Essy Amara, « cette question de l’inéligibilité de Ouattara sera portée en temps opportun » par son candidat. Bref, qui aurait cru que l’après coupe d’Afrique des Nations serait autant agitée ?

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°830




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !