Enlevés dans l’ouest du pays, ils témoignent en divulguant leur identité; ‘‘Comment nous avons été torturés par le régime Ouattara’’

Un élément des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) qui avait joint Le Nouveau Courrier, il y a de cela plusieurs mois, pour confirmer les informations relayées sur les pratiques de torture de ses frères d’armes, disait ceci : «Je suis un militaire des FRCI et je suis meurtri par tout ce qui se passe sous mes yeux. Cela me révolte car on parle de réconciliation.» Après enquête, des victimes du régime tortionnaire d’Alassane Ouattara se confient. Sans cagoule ! Et leurs témoignages font frémir.

Samedi 8 Septembre 2012 - 07:58


Enlevés dans l’ouest du pays, ils témoignent en divulguant leur identité; ‘‘Comment nous avons été torturés par le régime Ouattara’’
Hino Hié Rochman (30 ans), planteur Kroumen, enlevé à Tabou le 12 juin 2012 à 11h
«Ils mont torturé au point de me casser un testicule, je souffre et jai besoin daide»
 
«Mes ravisseurs me reprochent davoir fait campagne pour le président Laurent Gbagbo. Pour eux, celui qui est pro-Gbagbo est automatiquement milicien. Etant chez moi avec une connaissance, surnommé Bako (Bakayoko), qui est un élément
des Frci, je reçois la visite de plusieurs autres éléments des Frci juste après le départ de celui-ci. Ces derniers étaient dirigés par le lieutenant Coulibaly, commandant Frci de Tabou. Ils mintiment lordre de les suivre. Ils avaient déjà arrêté un ami, sergent-chef de police de Tabou. A peine leur ai-je demandé les raisons pour lesquelles ils mordonnent de les suivre, quils se mirent à me passer à tabac avant de nous jeter dans une bâchée, le policier et moi, en direction de San Pedro. Je précise que ces FRCI mavaient déjà enlevé à deux reprises puis mavaient libéré après le paiement dune rançon par ma mère (présidente des femmes Fpi de San-Pedro et Béréby) 250 000 FCFA pour la première fois et 150 000 FCFA pour la deuxième fois, respectivement le 1er juin et le 9 juin derniers. Jai été invité à plusieurs reprises par certains éléments Frci à quitter la ville pour éviter le courroux de leur chef, mais comme je ne me reproche rien, jy suis resté.
A San Pedro, dans un camp militaire au niveau de la clinique «Les Rochers», je suis abandonné entre les mains du capitaine Béma apparemment commandant de ce camp. Après quil a donné des ordres à ses éléments de me faire avouer les attaques de Para, je suis mis à poil avec une corde attachée à ma hanche, et on moblige à faire du thé. Aux environs de minuit, ils me font allumer du feu et mobligent à fumer du cannabis. En plus, je suis menotté au niveau des pieds et des mains quils attachent à une moto (KTM) comme pour mécarteler. Ils me frappent également le plat des pieds avec des branches fraîches sous le regard du capitaine Béma. Ensuite, sous ses ordres, ils mattachent à un poteau électrique pour mélectrocuter. Lorsquils se rendent compte que je perds du sang, ils arrêtent.
Et me font entrer dans une cellule quand ils se rendent compte que lOnuci arrive dans le camp. Dans la nuit du 13 au 14 juin, Béma me fait comprendre que je suis lamant de la copine du commandant Frci de Tabou, le lieutenant Coulibaly, une certaine Bénédicte. Voilà pourquoi je dois mourir. Au départ, il était question de massassiner, car selon Béma, mes parents ignoraient mon lieu de détention.
Les FRCI mont amené à une embouchure, entre le port de San Pedro et un village non loin de la zone, dans une bâchée dans laquelle il y avait sept de leurs éléments. Ils ont attaché des briques sur moi espérant que jallais perdre mon souffle. Cest à cet instant, heureusement, que ma mère a tenté de me joindre au téléphone. Ils ont pris peur et ont exigé que je lui demande de leur remettre la somme de 500 000 FCFA moyennant ma libération. Le lundi 18 juin, lors de notre déferrement, le
commissaire Doumbia de la préfecture de police de San-Pedro et les éléments Frci chargés de nous accompagner, dont un certain Aboubacar, ont tenté de nous assassiner au niveau dIrobo. (...)
Quand je suis arrivé à la Direction de la surveillance du territoire (Dst), après être tombé malade et avoir été transféré dans une clinique (Saint Diane de la Riviera III), le médecin a constaté que javais une gonade (un testicule) cassée. Après une intervention chirurgicale, je suis contraint de porter une prothèse.
Malgré tout cela, je suis déféré sans médicaments à la Maison darrêt et de correction dAbidjan (Maca) depuis le 17 juillet 2012. Je ne reçois que trois injections chaque semaine. Je souffre énormément et jai besoin daide.»
 
Attoumou NGuessan Henry Carlos (28 ans), enlevé à San-Pedro le 3 mars 2012 à 11h devant lusine DAFCI
«Ils nous ont ligotés, mouillés et électrocutés»
 
«Jétais avec ma concubine lorsque des individus lourdement armés nous ont approchés et mont fait croire que jétais recherché par la gendarmerie. Cest à partir de cet instant que ma souffrance a commencé. Mes ravisseurs,
une fois dans le véhicule, se sont mis à me bastonner violemment et à métrangler jusquà destination, un camp non loin de la clinique «Les Rochers». Une fois en ces lieux, ils ont fait appel au préfet de police qui leur a donné lordre, en malinké, de me torturer sans laisser de séquelles sur mon corps afin déviter les problèmes avec les organisations des droits de lhomme et lOnuci. Aussitôt, ils se sont mis à me ligoter comme un animal en sa présence et mont battu à coup de matraque sur la plante des pieds en exigeant que javoue une prétendue attaque de la ville de San- Pedro. Cest le capitaine Béma qui était le chef dorchestre des séances de torture.
Dans les nuits du 3, 4 et 5 mars 2012, je suis ligoté en compagnie dun autre prisonnier puis suspendu en lair. Mouillés avec de leau, nous sommes électrocutés pendant ces trois nuits avant de rejoindre les autres prisonniers. Au nombre de quatre, nous sommes transférés sur Abidjan, à la Dst pour être entendus. Mais cest à la préfecture de police que nous avons atterri le 29 mars avant dêtre transférés à la Maison darrêt et de correction dAbidjan (Maca), le 11 avril dernier.»
 
Tébahi Guy Zonzahon Joël (38 ans), guérisseur traditionnel, enlevé le 8 février à Namézaria (Lakota)
 
«Ils mont présenté à la télévision comme un mystique libérien or je suis un Ivoirien dethnie wobé»
 
Revenant de Cocolihet, un village de Lakota, où je suis allé soigner une patiente, jai été arrêté à un corridor à lentrée de Namézaria, en compagnie dun jeune. Cest là que les éléments Frci nous ont accusés dêtre des miliciens pro-Gbagbo et daller nous préparer mystiquement pour les attaquer. Nous leur faisons comprendre que certes nous sommes pro-Gbagbo, mais ne sommes guère des miliciens. Selon eux, pro-Gbagbo équivaut à milicien.
Ils nous conduisent alors sous leur hangar où nous recevons des coups de crosse de kalachnikovs sur la tête. Ils brûlent des sachets et déversent le liquide sur nos corps avant de nous amener à Lakota-ville où le même scénario se répète jusquau 10 février. Cest à cette date-là que nous avons été convoyés à la Garde républicaine à Abidjan (Treichville). Je pensais être au bout de mes peines, mais jai très vite déchanté. Jai été retiré des autres prisonniers pour être conduit au bord de la lagune Ebrié où jai subi de nombreux sévices. Le 11 février, en présence de Wattao et dun certain Delta, je suis présenté à la télévision comme étant un mystique libérien venu préparer des miliciens pour attaquer les Frci. Pourtant, je suis dethnie Wobé, originaire de Totodrou dans la sous-préfecture de Kouibly. Je ne suis quun simple guérisseur, à la Maca depuis le 17 février 2012.

Bassoa Donald, agent dune société de transport (SOTUS)
«Ils mont électrocuté jusquà ce que le disjoncteur saute de luimême»
 
«Jai été enlevé de chez moi à San-Pedro vers minuit, le 5 mars 2012, parce que je suis président de jeunes guéré de la ville. Ce jour-là, ma famille a été violentée sous prétexte quétant dethnie guéré, jai forcément connaissance des caches darmes et dun projet de déstabilisation du pays. Jai été embarqué pendant que mon domicile faisait lobjet de pillage par des éléments Frci en treillis et en civil, avec à leur tête un jeune mécanicien qui leur servait dindic. Conduit dans un camp non loin de la clinique «Les Rochers», jai été torturé sous le regard du capitaine Béma de la manière suivante : -Un tuyau de Sodeci introduit dans ma bouche a été ouvert jusquà ce que mon ventre rempli deau, je fasse pipi sur moi. -On procédait à mon électrocution après mavoir mouillé avec de leau, jusquà ce que le disjoncteur saute de lui-même. Le 29 mars, jai été transféré à Abidjan à la DST et le 11 avril à la Maca.
 
 
Djédjé NDré Samuel (53 ans), agent à la scierie (African Industrie) de San-Pedro
«Le tortionnaire du camp était appelé «Mecano» » 
 
«Jai été enlevé le 14 juin à 18h à mon retour du service. Jai été conduit au camp Frci non loin de la clinique «Les Rochers» sous le motif fallacieux que je recrute des personnes pour déstabiliser le régime. Arrivé dans ce camp, je suis mis à poil et interrogé vigoureusement par mes ravisseurs qui nont pas hésité à casser
mes lunettes pharmaceutiques. Je suis conduit dans le bureau du capitaine Béma qui donne lordre de menfermer puis de me torturer afin de marracher des aveux. Cest ainsi quà minuit, je suis ligoté à un poteau électrique en aluminium. On me frappe sous le plat des pieds de minuit jusquà 2h du matin.
La deuxième étape, selon eux, est la phase de lélectrocution, ce qui revient à faire passer une décharge électrique de 220 volts dans mon corps. Je précise que le tortionnaire du camp sappelle « Mecano ». Ma séance de torture a continué avec léquipe des Frci qui est «montée» le 15 juin. Le 16 juin, accompagné dun certain Doumbia, un adjoint au commissaire et quelques éléments Frci, sont allés perquisitionner chez moi. Le 18 juin, jai été transféré à la Dst, doù jai été transféré à la Maca le 6 juillet.»
 
Blé Guédé Gérard (39 ans), agent à la SAPH à Divo, enlevé le 8 février 2012 à Niamézaria
«Arrêté parce que suis allé voir un ami arrêté»
 
«Parti menquérir des conditions darrestation dun ami, Tébahi Guy, jai été molesté, attaché à laide dun câble électrique. Jai pratiquement subi les mêmes sévices corporels que mon ami. Nous avons reçu des coups de crosse et avons été torturés à laide de plastique brûlé sur nos corps et des coups de matraque et de crosses. Nous avons ensuite été transférés à Abidjan avec dautres jeunes de la région sous le prétexte que nous sommes des pro-Gbagbo donc des miliciens qui sapprêtent à attaquer le régime.»

Source: Le Nouveau Courrier N°603 du jeudi 06 septembre 2012
 




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