Enlèvements et assassinats des opposants, financement de mercenaires: Voici comment travaille l'argent des ivoiriens sous Ouattara. Lire le rapport révélateur de l'ONU..

Le 31 décembre 2012, le Chef d'Etat ivoirien, Alassane Ouattara , dans son adresse de vœux de nouvel an, lançait à la face de la nation que si l'argent ne circule pas, c'est parce que ça travaille. Le dernier rapport des experts de l'ONU sur le Liberia révèle que l'argent des ivoiriens travaille à entretenir des mercenaires pour sauver le régime d'Alassane, dont l'armée demeure incapable d'assurer la sécurité. Nous publions un large extrait de ce rapport .

Mardi 3 Décembre 2013 - 06:59


B. Frontière entre le Libéria et la Côte d’Ivoire   

27. Depuis la publication de son rapport d’étape (S/2013/316), le Groupe d’experts a continué à enquêter sur les activités et les intentions des mercenaires libériens et des miliciens ivoiriens qui se trouvent le long de la frontière entre le Libéria et la Côte d’Ivoire, en s’efforçant en particulier de mettre en évidence le trafic d’armes et de munitions ainsi que d’éventuels financements provenant de hauts responsables du gouvernement de l’ancien Président Laurent Gbagbo qui résident au Ghana. Le Groupe d’experts a cherché à obtenir la preuve de telles activités en analysant les relevés téléphoniques de mercenaires libériens, de miliciens ivoiriens et d’anciens responsables du gouvernement Gbagbo de haut rang, ainsi qu’en menant des enquêtes sur le terrain et des entretiens avec ces individus.

 28. Le Groupe d’experts a noté dans ses précédents rapports que les financements accordés par des anciens dignitaires du gouvernement Gbagbo résidant au Ghana avaient eu un rôle de catalyseur dans les attaques transfrontières menées en Côte d’Ivoire depuis le Libéria. Le Groupe d’experts a cherché à obtenir des preuves supplémentaires en consultant des relevés téléphoniques de façon à compléter et corroborer les informations obtenues auprès de diverses sources. Il a été particulièrement intéressant de constater que des auteurs potentiels de telles attaques se trouvant au Libéria étaient apparemment toujours en rapport avec d’anciens dignitaires du gouvernement Gbagbo résidant au Ghana, y compris des mercenaires libériens du Ghana collaborant avec les anciens dignitaires, ainsi qu’avec des convoyeurs de fonds. Le 4 avril 2013, le Groupe d’experts a demandé, par l’intermédiaire du Ministère libérien de la justice, 44 relevés téléphoniques. Il a renouvelé cette demande à de multiples occasions lors de la période considérée sans que le Ministère lui fournisse les informations demandées, ce que ce dernier avait pourtant fait en 2012. Le Groupe d’experts a également demandé 36 relevés téléphoniques auprès du Gouvernement ghanéen les 27 février et 1er avril 2013. Le Ministère de la communication du Gouvernement ghanéen a informé le Groupe d’experts le 10 juillet 2013 que s’il avait précédemment fourni de telles informations au Groupe d’experts sur la Côte d’Ivoire, en 2012, le Gouvernement avait fait l’objet d’une action en justice intentée par des groupes de la société civile ghanéenne et ne souhaitait pas accéder à la demande du Groupe d’experts. Dans une lettre adressée aux Émirats arabes unis et à la Thuraya Telecommunications Company, le Groupe d’experts a demandé les relevés d’appels des téléphones Thuraya utilisés par Bobby Sarpee en 2012 (S/2012/901, par. 56 à 58) et Maurice Pehé en 2013 (S/2013/316, par. 26 à 28) et attend actuellement une réponse.  

29. Le Groupe d’experts est resté en contact étroit avec des mercenaires libériens et des miliciens ivoiriens et ses conclusions se fondent sur les témoignages de sources consultées directement qui peuvent être corroborés, notamment par des éléments de preuves matériels et des renseignements obtenus auprès de services de sécurité libériens, d’informateurs au sein du Gouvernement ivoirien et de la MINUL et de l’ONUCI. En se fondant sur ces renseignements, le Groupe d’experts note qu’à partir de mars 2013, plusieurs facteurs complémentaires ont contribué à empêcher que des attaques transfrontières soient menées en Côte d’Ivoire depuis le Libéria. Il a précédemment indiqué que les réseaux pro-Gbagbo établis dans les pays de la région, y compris le Ghana, avaient réduit le montant des fonds qu’ils versaient aux mercenaires libériens et aux miliciens ivoiriens vivant au Libéria ou avaient complètement cessé de les financer (S/2013/316, par. 15). Cela s’expliquait en partie par le fait que des combattants avaient peut-être détourné des fonds versés par les réseaux pro-Gbagbo, qu’aucune attaque n’avait eu l’effet recherché et que le Gouvernement ghanéen faisait davantage pression sur les réseaux pro-Gbagbo présents sur son territoire. Le renforcement de la sécurité et de la stabilité a également eu un effet dissuasif sur les incursions transfrontières, lesquelles avaient entraîné des perturbations temporaires et localisées sans cependant n’atteindre aucun objectif stratégique. Le renforcement des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) et des services de sécurité du Gouvernement libérien dans la région frontalière à partir du milieu de l’année 2012 a également été dissuasif, bien que les effectifs des Forces armées libériennes et du Groupe d’intervention rapide aient été réduits dans le comté de Grand Gedeh en milieu d’année 20136. Malgré ces différents facteurs, le Groupe d’experts a été informé de nouveaux cas présumés de recrutement de mercenaires et de miliciens dans les zones frontalières, ainsi que d’attaques soi-disant imminentes, bien que ces allégations semblent souvent se fonder davantage sur des rumeurs que sur les activités réelles d’assaillants potentiels.  

30. Depuis la publication de son rapport d’étape, le Groupe d’experts a établi sur la base de ses enquêtes qu’une campagne lancée par le Gouvernement ivoirien au début de l’année 2013 en vue de financer les commandants de combattants ivoiriens avait probablement contribué pour beaucoup à dissuader ces derniers de mener des offensives transfrontières. Cette campagne visait à favoriser la réinstallation au Moyen-Cavally (Côte d’Ivoire) de miliciens ivoiriens résidant au Libéria, dans le cadre d’un programme de l’Autorité ivoirienne pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration, ainsi qu’à verser de manière informelle des sommes d’argent aux miliciens ivoiriens qui demeuraient dans des camps de réfugiés libériens. Ces efforts n’ont fait l’objet d’aucune concertation avec le Gouvernement libérien.  

31. La détention de représentants du Gouvernement ivoirien à Zwedru (comté de Grand Gedeh) en mai 2013 témoigne du manque de coordination des Gouvernements libérien et ivoirien en ce qui concerne les opérations de renseignement menées par le Gouvernement ivoirien et les relations avec les miliciens ivoiriens vivant dans des camps de réfugiés. Une délégation du Gouvernement ivoirien est arrivée au Libéria le 20 mai 2013 en compagnie de deux ex-combattants ivoiriens, dont le chef de milice Sebastien Koho, ainsi qu’un gendarme ivoirien en civil (S/2012/901, par. 66, 67, 70, 77 et 84). La délégation avait pour objectif de faire connaître aux réfugiés ivoiriens le programme de l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration et avait établi une liste de personnes auprès de qui mener ses efforts de sensibilisation, comprenant des commandants de milice ivoiriens et d’anciens dirigeants politiques du régime Gbagbo vivant dans le camp de réfugiés de Solo et celui qui était situé sur des terres appartenant précédemment à la société Prime Timber Production (également connu sous le nom de « camp de réfugiés PTP »). Le Gouvernement ivoirien n’avait cependant pas informé le Gouvernement libérien de l’existence de ce programme de sensibilisation, d’où certaines craintes parmi les services de sécurité libériens, la MINUL et les réfugiés de Zwedru (comté de Grand Gedeh) quant à la nature de la mission menée et l’identité des personnes qui y participaient, du fait notamment des rumeurs généralisées faisant étant du recrutement de milices et de mercenaires aux fins d’attaques transfrontières. La Police nationale libérienne a appréhendé les délégués ivoiriens le 23 mai 2013 et les a placés en détention toute une nuit à Zwedru avant de les raccompagner à la frontière le lendemain. Le membre du personnel de l’ONUCI qui accompagnait la délégation n’a pas été détenu mais a été raccompagné à la frontière le 23 mai 2013. L’ONUCI n’avait pas informé la MINUL de cette mission avant l’arrivée de la délégation.

32. Le Groupe d’experts a également réuni des renseignements détaillés concernant les fonds versés à compter de mai 2013 par le Gouvernement ivoirien à d’importants mercenaires libériens, dont Isaac Chegbo (« Bob Marley ») et Augustine Vleyee (« Bush Dog »), en vue d’obtenir des informations auprès de ces individus et de les dissuader de mener des attaques transfrontières. Ces fonds ont été versés par le Bureau du renseignement opérationnel du Ministère ivoirien de l’intérieur, par l’intermédiaire d’un Libérien qui avait travaillé pour l’Office national de sécurité sous la présidence de Samuel Doe à la fin des années 80, avait fait partie du Mouvement uni de libération du Libéria pour la démocratie à ses tout débuts et agissait actuellement à titre personnel. Le 3 octobre 2013, cet homme a fait savoir au Groupe d’experts qu’il avait proposé en mars 2013 au Ministère ivoirien de l’intérieur un plan de stabilisation de la zone proche de la frontière entre le Libéria et la Côte d’Ivoire. Les contacts dont le Groupe d’experts dispose parmi les mercenaires, qui lui ont toujours fourni des informations fiables lors de ses précédentes enquêtes, lui ont fait savoir en juillet 2013 qu’ils s´étaient rendus à Abidjan en mai 2013 pour recevoir de l’argent du Gouvernement ivoirien mais n’avaient touché qu’une petite partie des sommes qu’ils estimaient leur être dues. Entre juillet et octobre 2013, le Groupe d’experts a recueilli des renseignements sur cette opération en interrogeant à de multiples occasions six mercenaires libériens qui avaient reçu de tels paiements, deux fonctionnaires du Ministre ivoirien de l’intérieur et l’ancien membre de l’Office national de sécurité qui servait d’intermédiaire indépendant7.

33. D’après les informations obtenues auprès des sources susmentionnées, l’ancien membre de l’Office national de sécurité a facilité le passage par voie routière du Libéria à la Côte d’Ivoire d’au moins deux délégations de généraux mercenaires libériens à la fin du mois de mai et au début du mois d’août 2013. Les membres de ces délégations ont été escortés de la frontière libérienne à Abidjan à bord de véhicules officiels du Gouvernement ivoirien et logés à l’hôtel à Abidjan lors de  négociations portant sur le versement direct de fonds. Des fonds supplémentaires ont été versés à l’ancien membre de l’Office national de sécurité pour qu’il les distribue, par l’intermédiaire des généraux mercenaires qui l’avaient accompagné à Abidjan, à d’autres commandants mercenaires se trouvant au Libéria, notamment dans les comtés de Grand Gedeh et de River Gee et à Monrovia. Il est arrivé au moins une fois que la MINUL et les services de sécurité libériens pensent à tort que l’un de ces paiements indiquait qu’un général mercenaire se préparait à mener une offensive transfrontière en Côte d’Ivoire depuis le Libéria. Au moment de la rédaction du présent rapport, les mercenaires libériens, l’ancien membre de l’Office national de sécurité et les services du Ministère ivoirien de l’intérieur avaient fait savoir au Groupe d’experts que cette opération de financement de mercenaires libériens se poursuivait.
34. Le Groupe d’experts a informé en juillet 2013 le Gouvernement libérien, la MINUL et le Groupe d’experts sur la Côte d’Ivoire des versements de fonds effectués par le Gouvernement ivoirien aux mercenaires libériens et a précisé ces informations à mesure que des détails supplémentaires ont pu être vérifiés. Le Groupe d’experts a organisé en juillet et septembre 2013 des séances d’information détaillées à l’intention des services de sécurité du Gouvernement libérien et de la présidence du Libéria, qui ont indiqué que le Gouvernement ivoirien n’avait divulgué aucune information à ce sujet. Des fonctionnaires du Ministère de l’intérieur ivoirien ont confirmé au Groupe d’experts les 12 septembre et 1er octobre 2013 que la question des versements de fonds n’avait pas été portée à la connaissance du Gouvernement libérien. Le Gouvernement ivoirien craignait que les services de sécurité libériens ne détournent les fonds et menacent le bon déroulement de l’opération.

 35. Le Groupe d’experts constate que la façon dont le Gouvernement libérien a géré la question des mercenaires a été jugée inefficace par le Gouvernement ivoirien. Les généraux mercenaires libériens Augustine Vleyee et Isaac Chegbo ont par exemple servi d’informateurs au Gouvernement libérien dès leur sortie de prison mais ont ensuite tous deux de nouveau proposé leurs services aux commanditaires pro-Gbagbo agissant depuis le Ghana. Le Gouvernement libérien a alors perdu tout contact avec ces individus et toute influence sur eux. Le Gouvernement ivoirien juge également problématique le piètre déroulement des procès de mercenaires libériens organisés par les autorités libériennes8. En outre, d’après un document interne des services de sécurité ivoiriens cité par le Groupe d’experts sur la Côte d’Ivoire, l’Office national de sécurité libérien a facilité le versement de fonds à des mercenaires libériens effectué par d’anciens dignitaires du régime Gbagbo (S/2013/228, par. 36, et annexe 5).

 36. Les versements de fonds aux mercenaires libériens se sont avérés particulièrement efficaces car la plupart de ces individus n’ont pas de grandes causes politiques à défendre en Côte d’Ivoire et sont donc prêts à se laisser « acheter » par le Gouvernement ivoirien. Les généraux mercenaires libériens avaient en outre joué un rôle clef en facilitant la planification d’incursions transfrontières et l’organisation de milices ivoiriennes à cette fin, notamment à partir du comté de Grand Gedeh. Les versements de fonds directs aux mercenaires libériens ont aidé les autorités ivoiriennes à réunir des informations provenant du Libéria et ont semé la confusion parmi les mercenaires et les milices ivoiriennes en ce qui concerne l’identité d’éventuels agents du Gouvernement. D’après les mercenaires libériens qui agissaient pour le compte du Gouvernement ivoirien et ont été interrogés par le Groupe d’experts en juillet et en septembre 2013, cela a considérablement affaibli la capacité des réseaux de mercenaires et milices pro- Gbagbo du Libéria à recruter et mobiliser efficacement des combattants. Le Groupe d’experts note que les attaques perpétrées au milieu de l’année 2012 avaient été précédées de campagnes de mobilisation évidentes (S/2012/448, par. 86).

37. Le Groupe d’experts craint cependant toujours que la rémunération de mercenaires libériens par le Gouvernement ivoirien ne constitue pas une méthode viable de renforcement de la stabilité dans les zones frontalières. Un général mercenaire interrogé par le Groupe d’experts à Zwedru (comté de Grand Gedeh) en septembre 2013, qui a déclaré avoir combattu au Mali au début de l’année 2013, a indiqué que le Gouvernement ivoirien lui avait versé environ 8 000 dollars (4 millions de francs CFA) en août 2013. D’autres généraux mercenaires interviewés par le Groupe d’experts en juillet et septembre 2013 ont indiqué avoir reçu des sommes nettement inférieures, de l’ordre de 2 000 dollars chacun (1 million de francs CFA). Plusieurs des mercenaires ayant reçu de tels paiements se sont plaints d’avoir touché des sommes largement inférieures à ce qui leur avait été promis et ont affirmé que des fonds avaient été détournés par des fonctionnaires ivoiriens à Abidjan et par l’ancien responsable de l’Office national de sécurité. En outre, ces sommes ne sont pas suffisamment élevées pour avoir des effets durables. En d’autres termes, la plupart des généraux continuent de vivre dans la pauvreté et n’ont toujours pas d’autres moyens de gagner leur vie. Les généraux mercenaires risquent donc à l’avenir d’être de nouveau recrutés par le commanditaire qui les paiera le mieux. On ne sait par ailleurs pas ce qu’ils ont fait des sommes reçues du Gouvernement ivoirien et s’ils ont acheté de nouvelles armes ou munitions, investissements qui pourraient les aider à extorquer des fonds des autorités à l’avenir. Ces versements pourraient ainsi inciter certains commandants mercenaires à se doter de moyens supplémentaires pour déstabiliser les zones frontalières en vue de demander des fonds au Gouvernement ivoirien. Certains des généraux mercenaires libériens que le Groupe d’experts a interviewés en septembre et en octobre 2013 et qui n’ont touché aucune somme d’argent ont fait part de leur souhait de prouver au Gouvernement ivoirien qu’ils pouvaient eux aussi menacer la sécurité des zones frontalières et méritaient donc également de recevoir de l’argent.

38. Les autorités libériennes ont réagi de différentes manières lorsque le Groupe d’experts leur a appris que le Gouvernement ivoirien avait versé des fonds à des mercenaires. Certains hauts fonctionnaires interviewés par le Groupe d’experts n’ont manifesté aucune inquiétude et ont accepté cette méthode, qu’ils considèrent comme une prérogative du Gouvernement ivoirien lui permettant d’atteindre ses objectifs dans la région frontalière. Le Groupe d’experts note que si les versements de fonds effectués par le Gouvernement ivoirien aux mercenaires parvenaient à empêcher provisoirement des attaques transfrontières, cela éviterait au Gouvernement libérien d’avoir à déployer des forces de sécurité suffisantes dans la région frontalière. De tels déploiements mettent à rude épreuve les forces du Gouvernement libérien et imposent une lourde charge à Monrovia, sur le plan financier ainsi qu’en termes d’effectifs. Si le nombre d’attaques transfrontières menées en Côte d’Ivoire depuis le Libéria diminuait, les services de sécurité du Gouvernement libérien auraient moins besoin d’enquêter et d’appréhender d’éventuels combattants, ce qui réduirait le surcroît de tensions entre Monrovia et les Krahn dû aux arrestations et à la détention provisoire prolongée de mercenaires dans le comté de Grand Gedeh (S/2013/316, par. 31). Cela semble correspondre à la tendance des décideurs libériens à tenir compte avant tout de Monrovia plutôt que de considérer la situation dans les comtés excentrés.

39. D’autres responsables des services de sécurité libériens ont en revanche déclaré craindre que de tels paiements ne constituent pas un moyen viable d’instaurer la paix et la sécurité dans la région frontalière et risquent au contraire à plus long terme de contribuer à l’instabilité. Ils ont mentionné que les mercenaires privilégiaient généralement les offres les plus lucratives et pourraient toujours aisément accepter d’être financés par les réseaux pro-Gbagbo. Ces responsables libériens redoutent également que cette opération ait pour effet d’amoindrir l’autorité du Gouvernement libérien dans les comtés de Grand Gedeh et de River Gee auprès des mercenaires, dont beaucoup ont une opinion négative du Gouvernement et se rangent, du moins provisoirement, aux côtés de leur nouveau bailleur de fonds d’Abidjan. Plusieurs membres de haut rang des services de sécurité se sont en outre déclarés opposés à ce qu’ils considèrent comme une position radicale du Gouvernement ivoirien, y compris le secret qui a entouré ces versements de fonds. Ce point est particulièrement pertinent dans le contexte des enquêtes menées par le Gouvernement libérien en juin 2003 sur les fonds reçus par les mercenaires libériens, que l’on croyait au début liés à d’éventuelles attaques transfrontières à venir mais qui avaient été en réalité versés par le Gouvernement ivoirien.

40. Le Gouvernement ghanéen a également fait part au Groupe d’experts de sa circonspection durable à l’égard des intentions et mesures du Gouvernement ivoirien concernant le sort des anciens dignitaires du gouvernement Gbagbo qui se trouvent au Ghana. Le Groupe d’experts s’est rendu au Ghana du 7 au 12 juillet 2013 pour enquêter sur le financement des violations de l’embargo sur les armes commises au Libéria par des mercenaires libériens et des miliciens ivoiriens, ainsi que sur la situation des réseaux pro-Gbagbo agissant dans ce pays. Lors d’une réunion organisée le 10 juillet 2013 par le Conseil national ghanéen de sécurité, les autorités ghanéennes ont déclaré au Groupe d’experts que la situation des réfugiés pro-Gbagbo résidant au Ghana s’était aggravée quand le Gouvernement ivoirien avait envoyé sur place des agents chargés d’assassiner ou d’enlever des partisans réfugiés du régime Gbagbo. Les autorités ghanéennes ont affirmé avoir déjoué au moins deux opérations de ce type au début de l’année 2013 et ont déclaré qu’au moins un ancien partisan du régime Gbagbo rentré en Côte d’Ivoire avait été enlevé et était porté disparu. Le Groupe d’experts n’a pu vérifier cette information de source indépendante. Le 11 juillet 2013, il a rencontré au Conseil des réfugiés du Ghana à Accra plusieurs anciens ministres du régime Gbagbo. Tous ont affirmé souhaiter rentrer en Côte d’Ivoire mais craindre pour leurs jours s’ils y parvenaient. La plupart des anciens ministres avaient été inculpés en Côte d’Ivoire pour divers motifs, dont des crimes et délits économiques, et ont déclaré que des partisans du Gouvernement ivoirien s’étaient approprié leurs résidences et leurs biens.

Notes:

6  Malgré le déploiement de forces de sécurité dans la région frontalière, une grande partie du comté de Grand Gedeh échappe dans les faits au contrôle de l’État (S/2013/316, par. 30).
7  Le Groupe d’experts a ensuite conseillé aux mercenaires libériens de porter ces renseignements à la connaissance des services de sécurité du Gouvernement libérien et de demander l’aval du Gouvernement libérien avant de se rendre à Abidjan.
  8  Le procès à Monrovia de 18 mercenaires, dont beaucoup avaient mené des attaques transfrontières en 2011 et 2012, a pris fin le 4 octobre 2013 quand le juge a décidé de dissoudre le jury et ouvert une enquête portant sur des accusations de subornation de jury. Il a été décidé de tenir un nouveau procès, dont la date n’a cependant pas été fixée. Le procès présentait de nombreux problèmes, dont la conjonction illégitime de deux affaires impliquant des mercenaires présumés qui portaient sur des faits distincts et dans lesquelles des individus étaient accusés d’avoir commis des attaques en mai 2011 et juin 2012.

Source : Rapport final du Groupe d’experts sur le Libéria (19 novembre 2013)




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