En visite hier à Abidjan, le président français pas à la hauteur de ses responsabilités: Désespérant, ce Hollande !

Samedi 19 Juillet 2014 - 09:23


Il n’ y a pas mille enseignements à tirer de la visite officielle de François Hollande en Côte d’Ivoire. Celle-ci est en effet le sacre d’un homme, Alassane Ouattara, et d’un régime connu pour sa brutalité par le président français. Et surtout, une injure immonde à ceux qui les subissent depuis trois années. Des pro-Gbagbo en particulier, dont 700 d’entre eux croupissent toujours dans les goulags ivoiriens. La justice les libère au compte-goutte, selon le bon vouloir de Ouattara dont le régime a été plébiscité hier comme parfaitement démocratique. A titre d’illustration, le chef de l’Etat français a estimé que les élections à venir étaient transparentes. « Quand une élection est organisée de façon transparente et libre, quand les partis politiques peuvent se constituer, peuvent s’exprimer, alors les élections doivent être les élections de tous. C’est ce que je dirai à ce parti comme aux autres ». Ouattara avait dit que la commission électorale remaniée par ses soins était la meilleure que le pays ait jamais connu, il fait carrément piètre figure face à Hollande. « Il y a tellement de pays encore et encore aujourd’hui où il y a des interdictions, des empêchements, où les élections ne sont pas démocratiques. Et lorsqu’elles peuvent l’être, il faut saisir cette opportunité pour y aller et assurer la réconciliation », a encore dit Hollande. D’ailleurs si le FPI veut exister, a-t-il réitéré, il n’a pas à réfléchir longtemps, il faut aller aux prochaines élections. Il n’y a donc pas d’interdictions en Côte d’Ivoire, selon Hoallande. Pourtant plus de 700 personnes, pro-Gbagbo ou soupçonnées de l’être, sont toujours en prison. La plupart ne sont jamais passées devant un juge et ne connaissent donc pas les raisons pour lesquelles elles sont incarcérées. A part les accusations rituelles et pour le moins bateau d’atteinte à la sûreté de l’Etat qui a précédé leur calvaire. Laurent Akoun a, pour sa part, été jeté en prison pour atteinte à l’ordre public. Secrétaire général du FPI, il avait juste critiqué le gouvernement. C’est donc une telle République qui inquiète les Ivoiriens et les organisations de droits de l’homme que le président français a défendu hier, se justifiant de ne rappeler que des principes et de ne pas se mêler de la vie politique ivoirienne. Les opposants ivoiriens sont donc avertis. Alors que la mort inexpliquée d’un garçonnet dans un camp de vacances déclenche une vague de polémique en France, le président français ne s’est même pas souvenu que les dernières élections présidentielles ont causé officiellement la mort de 3000 personnes et que l’organisateur de ce scrutin, Youssouf Bakayoko, vient d’être confirmé à son poste. Aucun d’entre eux ne doit donc se leurrer  puisque la France vient officiellement d’anticiper la certification des élections à venir, d’ores et déjà qualifiées de démocratiques. Elles ont ainsi  été paramétrées comme justes et personne ne devra croire qu’il se fera plaindre par la France lorsque les dozos et les milices, qui sont toujours armés, empêcheront le vote de ses militants ou lorsqu’ils bourreront les urnes pour le compte de Ouattara comme en 2010. En tout cas, les analystes qui avaient perçu dans le timing de la visite de François Hollande une gêne quelconque face à un pouvoir qui n’hésite pas à franchir les limites, devront se reprendre. Le chef de l’Etat français s’est senti on ne peut plus à l’aise aux côtés de son homologue ivoirien qui tire de ce face à face tellement espéré la confirmation de sa légitimation internationale. Les cris des opposants torturés dont les images qui foisonnent sur les réseaux sociaux n’auront donc pas suffi. Même la situation juridique de Michel Gbagbo, convoqué par un tribunal français au nom de sa double nationalité mais qui est interdit de s’y rendre, n’a pas pesé bien lourd. Ce n’est guère une interdiction, avait déjà dit Hollande. En revanche, le président français a salué gaiement Guillaume Soro à l’aéroport d’Abidjan où il a été accueilli. Ancien secrétaire général du MPCI dont les soldats n’ont jamais été désarmés, le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire porte pourtant, aux yeux des organisations des droits de l’homme occidentales, la responsabilité du massacre de Duékoué lors de la remontée de ses soldats vers Abidjan. Cette visite est aussi son sacre personnel et un soutien de taille au moment où les américains manifestaient des velléités pour le faire traduire devant la cour pénale internationale et donner la preuve que cette cour, qui croule sous le poids des critiques depuis qu’y séjourne Laurent Gbagbo, n’est pas une justice sélective. Arrivé au petit matin à Abidjan, le président français a été accueilli par Alassane Ouattara et plusieurs détachements de FRCI et l’armée de son pays. Des chefs traditionnels et des supporters de Ouattara s’étaient rendus dès 4 heures du matin à l’aéroport pour la mise en place. En revanche, il n’y eut pas de jalonnements sur le parcours du président français, sans doute parce qu’à cette heure-là, la majorité des Ivoiriens sont encore endormis. Comme prévu, la circulation a été bloquée dans le sens de l’aéroport et sur les deux ponts pour des raisons évidentes de sécurité. François Hollande a pu alors visiter le chantier du 3è pont d’Abidjan avant de s’entretenir pendant une heure au palais présidentiel avec Alassane Ouattara qui l’y avait précédé. Les deux hommes ont ensuite co-animé une conférence de presse au cours de laquelle le président français a fait les déclarations rapportées ci-dessus. Mais malgré sa mise au point sur sa non-ingérence, Hollande n’est pas resté insensible à la crise ouverte qui secoue le parti de Laurent Gbagbo. Resté fidèle à sa caricature sur l’ancien président, le président français a clairement démontré que le FPI devrait tourner la page Gbagbo. Cela, en participant aux prochaines élections présidentielles malgré toutes les récriminations de l’opposition. Hollande les a d’ailleurs balayées d’un seul coup de phrase, mettant un peu plus en difficulté la direction du FPI qui risque d’être sommée de clarifier sa position sur les futures échéances électorales. Pour cette sortie officielle terre ivoirienne, le chef de l’Etat français était flanqué de son ministre des Affaires étrangères dont on imagine la morgue habituelle dans la posture que nous a servis Hollande pour sa première visite d’homme de gauche au pouvoir en France. Le président français qui avait déjà assuré dans l’opposition que Laurent Gbagbo est infréquentable, demandant que son parti exclu de l’internationale socialiste, a également mis une nouvelle couche à son anti- Gbagboïsme. Puisqu’il dit clairement que Gbagbo mérite d’être à la CPI lui qui, soit dit en passant, n’est qu’accusé et non un condamné.■


Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°688 du Vendredi 18 au Samedi 19 Juillet 2014




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