En vérité : Le destin de la bulle. Par Aristide SILUE

Jeudi 17 Novembre 2016 - 11:09


Alassane Ouattara et Blaise Compaoré
Alassane Ouattara et Blaise Compaoré

Nous étions un après midi des années 2005-2006 à Yamoussoukro, au domicile d’un élu de la capitale politique ivoirienne. Ce jour là, à la fin d’un déjeuner qui se voulait présidentiel, l’élu, pour faire bien les choses, présenta un plateau de fromage. C’est en ce moment qu’un dignitaire du PDCIRDA, avec un sens d’observation et de reparti élevé, et avec un humour caustique, lança :« C’est ce genre de fromage que nous consommions tranquillement avec Bédié quand nous avons perdu le pouvoir en décembre 1999, sans même nous en rendre compte ». Cette histoire vraie n’est pas simplement anecdotique. Ce fils de la région, dignitaire du parti cinquantenaire, qui savait de quoi il parlait, voulait surement exprimer l’état d’insouciance et de suffisance de Bédié qui, enfermé dans la bulle du pouvoir, était hermétiquement sourd à toutes les revendications. or, celles-ci montaient grandement autour de lui. Georges Ouégnin, directeur du Protocole d’Etat au moment des faits, en parle souvent.

La bulle, c’est bien le système dans lequel Hillary Clinton était enfermée lors des dernières présidentielles américaines. Transportée depuis des mois dans les nuages des sondages dirigés par des médias corrompus, Hillary n’avait pas compris que les américains la trouvaient tout juste agréable mais ne voulaient pas d’elle comme 45ème présidente de leur pays. Pour être clair, ce n’est pas Trump qui a gagné ce jour là, mais c’est elle qui a été mise à nue après l’éclatement de la bulle journalistique.

Le 31 octobre 2014 à Ouagadougou, Blaise Compaoré a fait en une journée l’amère expérience de la bulle trompeuse. Après 27 ans et 15 jours de dictature sans nom, notre homme avait tout planifié, les jours précédents : 127 députés, étaient parqués la veille dans un hôtel pour voter la loi en vue de la modification de la constitution burkinabé. Lorsque la bulle a éclaté, il ne lui restait plus qu’à chercher la route de l’exil. Tous ses soutiens extérieurs l’avaient fui et il n’y avait plus que la Côte d’Ivoire pour venir se faire offrir, comme il est de saison ici, une nouvelle nationalité et l’impunité momentanée qui en résulte.

La bulle constitutionnelle, c’est justement dans laquelle Alassane Dramane Ouattara s’est enfermée. Sourd à la volonté manifeste des Ivoiriens contre cette constitution, il aura tout orchestré. Des experts et autres charlatans du droit, des députés et autres politiciens du ventre, qui répondront surement un jour devant le peuple souverain, étaient à la manœuvre. Pour cette énième forfaiture, Ouattara n’avait pas besoin de l’avis des Ivoiriens. Manuel Valls, Premier ministre français, était là pour le rassurer le jour du vote, au nom de la France tutélaire. Youssouf Bakayoko, rivé à double tours sur la CEI se chargeant de transformer 4.2% du taux réel de participation en 42 %. La communauté internationale a rigolé. Les Ivoiriens en eu pitié pour leur nation. Mais pour Ouattara, les chiens aboient, la caravane passe. Le Professeur Sery Bailly , s’adressant le 12 octobre 2016 à Kandia Camara , s’est empressé d’avertir : «Tant qu’un seul chien qui aboie peut mordre, on doit y prêter attention ». Mais pour Ouattara, prisonnier de sa bulle, le crime est presque parfait. on peut passer à autre chose. Aux législatives ! Assuré qu’il trouvera toujours des troubadours pour accompagner sa caravane, pour consolider sa bulle, il avance. Dans la nuit noire qui s’annonce.

C’est établi depuis la nuit des temps : au fil des événements et des circonstances, on se rend toujours compte que la bulle mensongère n’a hélas qu’un seul destin, celui d’éclater le moment venu pour mettre à nu les arrogants, les sourds, les borgnes et tous ceux qui, coupés des réalités, rusent avec le temps. Bédié, Compaoré et Hilary l’ont appris de la manière la plus inattendue. Quant à la roue, elle continue de tourner. Inexorablement.

 

(In *la voie originale *N- 042 du 16 Novembre 2016- Page 2)





Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact