En dehors des discours: Ouattara impuissant face aux dérives des FRCI

Le chef de l’Etat n’a apparemment pas la mainmise sur l’Armée aujourd’hui contrôlée par les ex-rebelles. Incapable de discipliner les FRCI, Ouattara feint d’être impuissant face aux dérives qu’ils commettent régulièrement.

Mardi 21 Octobre 2014 - 22:31


Aveu d’impuissance ? Le chef de l’Etat admet publiquement « l’indiscipline » des FRCI, dont l’ossature qui assure les premiers rôles dans l’Armée aujourd’hui et constituée des soldats, parfois analphabètes, issus de la rébellion des Forces Nouvelles. En effet, à son retour mercredi dernier d’un séjour de dix jours en Corée du Sud puis au Maroc, Alassane Ouattara a lui-même fait les frais de l’attitude désinvolte de ses soldats incorrigibles, habitués aux réflexes acquis durant les années de la rébellion où ils avaient développés des comportements dont ils sont incapables de s’en défaire aujourd’hui. « Je voudrais signaler à messieurs les généraux que quand nous sommes en conférence de presse, veuillez dire à vos soldats de garder le calme (…) Ils font du bruit dehors. Là, je les voit en train de marcher dans tous les sens », a amèrement constaté le locataire du palais présidentiel à l’aéroport. « On n’a vu cette indiscipline ni en Corée ni au Maroc », fait-il remarquer. Mais pouvait-il vraiment en être autrement ? Evidemment non. Le régime a en effet intégré dans l’armée officielle plus de dix mille soldats issus des rangs de la rébellion depuis son installation à la tête du pays. Peu instruits, peu formés sur la discipline et l’éthique militaire, ces éléments sont moins respectueux de leur hiérarchie en dehors de leur chef d’unité ou « commandant » à qui ils obéissent directement. On l’a d’ailleurs constaté lors du débarquement de Issiaka Ouattara dit Wattao. Ses hommes se sont farouchement opposés à la passation des charges qui devrait pourtant se dérouler selon les instructions de l’état- major des Armées. Il est évident que les FRCI jouissent d’une impunité sans commune mesure et du laxisme des autorités malgré les actes répréhensibles à leurs actifs. A ce jour, les criminels de Duékoué Carrefour ou encore du camp de déplacés de Nahibly sont toujours libres de leurs mouvements, au grand dam des familles des victimes qui réclament justice. Il y a d’ailleurs dix jours, la FIDH, la LIDHO et le MIDH dénonçaient l’enlisement des procédures judiciaires liées à ces crimes dû au manque de volonté politique du régime qui se fait complice des criminels qu’il couvre. Quand des soldats sont assurés de la protection de leur hiérarchie et des autorités face à des crimes commis, qu’est- ce qu’une simple question de discipline peut-il représenter pour eux ? Absolument rien du tout. C’est assurément trop leur demander. Surtout que, ces soldats du Groupe de sécurité présidentiel (GSPR) mis en cause par Ouattara - essentiellement des hommes de Chérif Ousmane, commandant en second de cette unité - savent pertinemment que leurs chefs qui jouissent des bonnes grâces de l’Exécutif ne sont pas des modèles. Ces ex-figures emblématiques de la rébellion ont tous été promus à de hauts postes de responsabilité dans l’Armée alors qu’ils sont quasiment tous accusés de crimes contre l’humanité. Ce n’est pas tout. Plusieurs rapports de l’ONU ont révélé leurs faits de pillage de l’économie ivoirienne.

La rigueur sélective de Ouattara

En tout cas, Ouattara veut faire croire qu’il n’a aucune emprise sur l’armée. Son ministre délégué à la défense, Paul Koffi Koffi, ayant également échoué à discipliner certains « commandants » a dû finalement se rabattre sur les patrons de presse pour les supplier de ne plus diffuser les sorties redondantes de ces chefs militaires dans les médias. Ouattara doit arrêter le folklore et mettre ses hommes aux pas. Le chef de l’Etat doit aller au-delà de cette simple interpellation, lui qui avait limogé le directeur général de la RTI Pascal Brou Aka parce qu’une équipe de la télévision n’était pas présente à l’aéroport pour l’accueillir à son retour d’un de ses nombreux voyages à l’étranger. Mais on ne doit pas s’attendre à ce que Ouattara, qui a finalement habitué les Ivoiriens à sa « rigueur » sélective  limoge le chef d’Etat-major des FRCI, le général Soumaïla Bakayoko.


Par Anderson Diédri

Source: Le Nouveau Courrier  N°1134 Du Lundi 20 Octobre 2014
 




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