Emile Guiriéoulou: « Gbagbo répond à l’appel du devoir pour sauver le FPI »

Mercredi 3 Décembre 2014 - 07:44


Emile Guiriéoulou: « Gbagbo répond à l’appel du devoir pour sauver le FPI »
L’essentiel

Contexte

La candidature du président Laurent Gbagbo à la présidence du FPI, au prochain congrès de la mi-décembre, donne  ici l’occasion au ministre Emile Guiriéoulou, de situer les enjeux de cette candidature dans un contexte de crise au sein de la direction du parti « vert et blanc ».

Enjeu

Alors que le camp Affi tarde à abattre ses cartes, dans la partie qui l’oppose à ses contradicteurs, ces derniers sont depuis quelques jours à fond dans la communication et au contact des militants pour ratisser large autour de la candidature du président Laurent Gbagbo, le seul, capable à leurs yeux, de sauver le FPI, des eaux boueuses qui menacent dangereuse- ment sa survie.


M. le Ministre, pouvez - vous nous dire à quels enjeux et défis répond le congrès actuel du FPI ?
Le congrès actuel du FPI revêt des enjeux et défis impor- tants. Il faut signaler que ce congrès se tient après une période exceptionnellement longue depuis le dernier congrès (13 ans) alors que le terme normal est de trois ans. Durant cette période, le Parti a connu des événements inédits : expérience de l’exercice du pouvoir d’Etat, tentatives de coup d’Etat, rébellion armée, négociations et accords de paix, crise postélectorale avec l’intervention militaire française et finalement coup d’Etat contre le Président Laurent Gbagbo suivi de sa déportation à la Cpi. Vous comprenez donc que la tenue d’un congrès dans de telles conditions sou- lève de nombreuses questions qui vont du bilan de notre gestion du pouvoir à l’analyse des causes réelles de la guerre qui nous a été faite pendant 10 ans et des leçons à en tirer sans oublier la gouvernance interne du Parti depuis le congrès de juillet 2001 et les réformes nécessaires à opérer.

Le Président Gbagbo et le Président Affi ont déjà occupé le fauteuil de Président du parti, selon vous, à quoi répond la volonté de l'un ou de l'autre de revenir aujourd’hui à la tête du FPI ?

Le Président Laurent Gbagbo, revient à la tête du Parti pour répondre à l’appel de la base à travers l’appel de Mama lancé par 70% de secrétaires généraux de fédérations. Ces fédéraux ont estimé qu’au vu des conséquences graves de la crise interne sur la cohésion du Parti, seul Laurent Gbagbo peut fédérer toutes les énergies afin de permettre au FPI de faire face efficacement aux défis nombreux auxquels il est confronté et qui ont pour noms : la libération du Président Laurent Gbagbo, de Simone Gbagbo, de Charles Blé Goudé et de tous les prison- niers politiques civils et militaires ; la restauration de l’Etat de droit et de la démocratie ; la reconquête du pou- voir d’Etat. Donc le Président Laurent Gbagbo répond à l’appel du devoir pour sauver le parti qu’il a créé et sur lequel le peuple ivoirien fonde beaucoup d’espoir pour son avenir. Tous les militants du FPI, à tous les niveaux qu’ils se si- tuent, devraient saluer l’initiative des fédéraux et faire bloc autour de la candidature du Président Gbagbo car du coup cela démontrera notre soutien et notre attachement à notre Chef dans les moments difficiles qu’il vit et face à l’injustice qui lui est faite. C’est pourquoi, je ne comprends pas les motivations de l’autre candidature.


Pour certains observateurs avertis, ce congrès aurait à trancher entre deux lignes et deux types de gouvernance, pouvez-vous éclairer l’opinion des non avertis ?

Oh, c’est qui les non avertis ? Moi, je vais donner mon opinion sur cette question sans aucune prétention à vouloir être un « averti ». Sur cette importante problématique, j’ai entendu et lu beaucoup de choses. Certains affirment qu’il n’y a pas actuellement deux lignes qui s’affrontent au FPI parce que la seule ligne c’est « la transition pacifique à la démocratie ». Ce qui n’est pas exact car la transition pacifique n’est qu’un des éléments constitutifs de la ligne du FPI. A ce propos, je voudrais faire mienne la définition qu’en a donnée la sous-commission « ligne du parti » dans le cadre des travaux préparatoires du 4ème congrès et qui indique ceci: « La ligne du parti désigne la règle morale ou la ligne de conduite officielle à suivre sur un sujet particulier. La ligne du parti, ce sont aussi les éléments idéologiques spécifiques à ce parti. Les piliers idéologiques du FPI sont, pour l’essentiel au nombre de quatre : le socialisme, la démocratie, la souveraineté, la voie pacifique d’accès au pou- voir». Permettez-moi de dire rapidement ce qui a motivé les fondateurs du FPI à choisir ces quatre piliers idéologiques. Le socialisme : ce choix est fondé sur la conviction que le socialisme est le système politique qui permettra au FPI de prendre en compte les intérêts de la majorité du peuple ivoirien dans le cadre du projet de société qu’il entend mettre en œuvre pour la nouvelle Côte d’Ivoire à bâtir et à refonder car privilégiant l’intérêt général afin de réduire les inégalités sociales et garantir à tous les citoyens des chances égales de réussite et d’épanouissement. La démocratie : l’option par le FPI de la démocratie comme modèle de gouvernance poli- tique n’est pas un effet de mode. Elle a été affichée bien avant les « vents de l’Est » et le « discours de La Baule ». Et ce choix n’a pas été facile car à l’époque, la tendance allait à l’instauration de partis poli- tiques « révolutionnaires » pour mettre fin aux partis uniques au pouvoir qualifiés de « fantoches » et « d’inféodés à l’impérialisme ». Le FPI, sous l’impulsion de Laurent Gbagbo, s’est convaincu très tôt qu’un régime démocratique issu d’élections libres mettant en compétition différents partis politiques est la meilleure option pour notre pays. Dans son livre intitulé « Côte d’Ivoire, pour une alternative démocratique » publié en 1983, Laurent Gbagbo donne quatre raisons qui expliquent « pourquoi le FPI a assigné la conquête de la démocratie comme objectif principal de sa lutte: « La démocratie suppose la reconnaissance de la différence. En effet, les citoyens jettent forcément des regards différents dans la société où ils vivent et conçoivent aussi des projets différents pour l’avenir. Vouloir gommer artificiellement ces différences en mettant en œuvre des méthodes de coercition morales et physiques, c’est choisir la voie de la dictature. La démocratie, c’est aussi l’humilité. Etre démocrate, c’est reconnaitre qu’on a ni le monopole de la vérité, ni le monopole de la sagesse, ni le monopole de l’amour de son pays. La démocratie c’est également l’éducation du peuple. On ne peut pas demander à quelqu’un de jeter un bulletin dans une urne alors qu’il ne sait même pas à quoi il s’engage. L’éducation politique d’un peuple se fait par le développement public des idées contradictoires. Sans débat politique, un vote est un viol. La démocratie, c’est la suppression de la peur au quotidien et la naissance à une vie légale ; c’est la fin des arrestations arbitraires, la fin de l’autocensure, la suppression des tabous en matière politique. C’est donc le plein épanouissement moral des individus et de la collectivité.» La souveraineté : ce principe est explicité par l’article 4 des Statuts du FPI : « le FPI rassemble en une union volontaire les femmes et les hommes épris de justice et de liberté, engagés contre toute forme de domination de la Côte d’Ivoire et en Côte d’Ivoire ». Et c’est fort de cela que le Président Laurent Gbagbo devant la jeunesse africaine a dit un jour : « quiconque, au nom des intérêts idéologiques ou économiques, voudra nous asservir, nous trouvera debout. Je ne me laisserai pas déshonorer et je ne laisserai pas déshonorer le peuple qui m’a élu. La mort vaut mieux que le déshonneur. » La transition pacifique à la démocratie : cette notion a été développée dans un contexte bien particulier que beaucoup ignorent ou tendent à occulter. En effet, dans les périodes des luttes clandestines pour la démocratie, une opinion soutenait que la seule et meilleure façon de parvenir à la démocratie était de procéder par un coup de force (coup d’Etat militaire, lutte armée, etc.) pour d’abord déboulonner les régimes de partis uniques qui régnaient sur nos pays. Face à cette position, le FPI a choisi la « voie de la transition pacifique » en soutenant qu’on pouvait parvenir au même résultat par la pression sociale en utilisant des moyens démocratiques et légaux : agitations politiques, marches, meetings, grèves, etc. Au vu donc de tout ce qui précède, y a-t-il aujourd’hui deux lignes au FPI ? Je réponds oui. Sur la question de l’option socialiste, aucune voix ne s’est officiellement levée jusqu’à présent dans le parti pour proposer une autre voie même si certains com- portements actuels et passés peuvent faire douter de l’appropriation de l’idéologie socialiste par certains camarades au sein du Parti. Idem pour la question de la démocratie. Mais relativement à la question de la souveraineté et de la lutte contre l’impérialisme, il apparaît clairement que certains camarades, que l’on retrouve pour la plupart dans le sérail du Président Affi, ont fait le deuil de cette exigence de la ligne du Parti. J’ai appris par exemple que dans le projet de toilettage des textes fondamentaux du parti pour le prochain congrès, un camarade « affiste » aurait tenté de faire supprimer dans l’article 4 des Statuts la mention « engagés contre toute forme de domination de la Côte d’Ivoire ». Vous entendez les mêmes dire qu’il faut se plier à la volonté de la Communauté Internationale parce qu’on ne peut rien contre elle car elle est trop puissante et que c’est elle qui « met les gens au pouvoir en Afrique ». Et que c’est parce que Gbagbo a voulu leur tenir tête qu’il a été éjecté du pouvoir et traduit devant la Cpi. En conséquence, comme leçon à tirer, faisons profil bas. En face, il y a ceux qui, à la suite de Laurent Gbagbo, réaffirment la nécessité pour le FPI de garder le cap de la souveraineté de la Côte d’Ivoire et tirant les leçons de ce que l’impérialisme occidental nous a fait subir afin d’engager des réflexions pour définir comment réaliser cet objectif tout en restant ouvert à tous ceux qui veulent coopérer avec nous mais dans le respect de notre indépendance. A propos de la transition pacifique, il n’a jamais été dit qu’elle était synonyme de pacifisme et qu’elle exclut toute manifestation comme moyen de pression. Il faut combiner manifestations et négociations et non privilégier l’un des moyens sur l’autre. Quand les gens nous rappellent souvent le slogan « Asseyons-nous et discutons », ils oublient que c’est lors des meetings de clôture des marches de protestation ou autres manifestations de masse ou au cours des meetings lors de ses tournées ou à l’occasion de manifestations comme la fête de la liberté que le Président Laurent Gbagbo lançait cet appel au pouvoir PDCI. Il ne se cachait pas dans sa chambre pour le faire.
 

Prenons l’exemple de l’objectif de combat pour la libération du Président Gbagbo, sur quoi porte la différence de vue ou la divergence de fond entre les deux camps ?


La différence de fond entre les deux, réside dans le fait que l’un des camps estime que ce combat n’est pas une prio- rité pour le FPI. La priorité étant « d’entrer dans le jeu politique », d’aller aux élections, de ne rien faire qui puisse gêner le régime Ouattara et que c’est suite à cela que la communauté internationale va consentir à libérer le Président Gbagbo. L’autre camp pense au contraire qu’il faut mettre le combat pour la libération du Président Gbagbo au centre des préoccupations du FPI et amener la communauté internationale qui le dé- tient en otage à comprendre que la normalisation de la vie politique et sociale en Côte d’Ivoire est à ce prix.

Source  Africa Diaspora




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