Emile Guiriéoulou (Ancien Ministre de l'intérieur, Coordination FPI en Exil): «Des personnalités à travers l’Afrique sont engagées dans la libération de Gbagbo»

Dernier ministre de l’Intérieur de Gbagbo, Emile Guiriéoulou vit en exil au Ghana depuis l’éviction de son mentor en 2011. Où il occupe depuis un peu plus d’un an, la présidence de la Coordination du Fpi en exil. Dans la présente interview, il parle de la structure qu’il dirige. Mais également du procès de Gbagbo et Blé Goudé. Non sans aborder la question de la gouvernance Ouattara.

Mercredi 6 Avril 2016 - 09:14


Dernier ministre de l’Intérieur de Gbagbo, Emile Guiriéoulou vit en exil au Ghana depuis l’éviction de son mentor en 2011
Dernier ministre de l’Intérieur de Gbagbo, Emile Guiriéoulou vit en exil au Ghana depuis l’éviction de son mentor en 2011
Monsieur le Ministre, comment se porte la Coordination FPI en exil dont vous êtes le Président  ?


Effectivement cela fait un peu plus d’un an qu’à la suite du retour en Côte d’Ivoire du Docteur Assoa Adou, que les camarades m’ont élu à la tête de la Coordination et elle se porte bien. Il y a trois mois nous avons tenu une assemblée générale pour faire le bilan de ma première année de mandat.
Le bilan a été unanimement approuvé et nous avons adopté un nouveau programme d’activité pour l’année 2016.
Nous travaillons en symbiose avec la Direction du Parti dont certains d’entre nous sont d’ailleurs membres. Entre le Ghana, le Bénin et le Togo, nous avons 15 exilés membres de la Direction. C’est une marque de considération de la part du Président Laurent Gbagbo, président du Parti, que nous tenons à remercier pour la confiance placée en nous.
Nous comptons également en notre sein trois membres du Comité de Contrôle.
Bref, la Coordination se porte bien et est en phase avec la Direction.

D’aucuns vous disent minés par des divisions et les questions de leadership…?


Minés  ? Non, il n’y a pas de mines entre nous. Bien au contraire, il y a une unité de vision par rapport à la lutte.  Mais comme nous sommes une communauté d’hommes, il peut apparaitre quelques divergences sur la façon d’appréhender certaines questions et sur les solutions préconisées. Mais dans l’ensemble, tout se passe bien.


Qu’est-ce que vous faites pour la libération du Président Gbagbo?


Nos activités dans ce domaine consistent surtout à des plaidoyers auprès de la classe politique et de la société civile des pays qui nous accueillent pour expliquer notre lutte et le combat du Président afin d’obtenir leurs soutiens. Et les résultats sont encourageants.
Aujourd’hui, les gens que nous rencontrons comprennent mieux la situation socio-politique passée et actuelle de la Côte d’Ivoire. Et de plus en plus de personnes s’engagent en faveur de la libération du Président.Beaucoup de personnalités à travers l’Afrique sont engagées mais souhaitent travailler dans la discrétion.


Depuis  votre exil, comment vivez-vous le procès du Président Gbagbo?


Comme tous les Ivoiriens, depuis le 28 janvier, je suis au quotidien le déroulement du procès du Président Laurent Gbagbo et du Ministre Charles Blé Goudé.
C’est pour moi l’occasion de dire un grand merci à la chaîne de télévision Africa 24 qui nous permet de suivre en direct le procès.
Je remercie également LGTV, une télévision en ligne, qui a installé ici à Accra un studio, qui en plus de nous permettre de suivre le procès en direct,  nous donne l’opportunité de participer à des panels sur son plateau pour commenter le procès et donner notre lecture de tout ce qui se déroule à la Haye.
Vous savez, pour nous, ce n’est pas seulement le Président Laurent Gbagbo et le Ministre Blé Goudé qui sont jugés à la Cpi mais tous les Ivoiriens et même toute l’Afrique. L’issue de ce procès sera déterminante pour notre avenir tant au niveau individuel comme au niveau collectif. Je pense aussi que ce procès va aussi impacter d’une façon ou d’une autre sur l’avenir de la cour pénale internationale elle-même.
Comme vous le voyez, nous vivons ce procès avec un grand intérêt mais dans la sérénité.


Comment jugez-vous les deux rounds qui viennent de finir?


Globalement, je suis satisfait.
D’abord, parce que l’accusation n’a rien apporté de nouveau dans son dossier par rapport à la phase de confirmation des charges. Vous vous souvenez certainement que le Procureur avait argué à cette époque qu’il ne lui était pas nécessaire de fournir toutes les preuves en sa possession et que cela se ferait au moment du procès. Je constate que ce sont les mêmes éléments qui avaient été jugés insuffisants en juin 2013 qui sont encore repris, sans plus.
Ensuite, j’ai trouvé percutants les arguments de la défense tant du Président Gbagbo que celle du Ministre Blé. Ce qui a fait dire à un juriste, ami mien, que «  normalement le procès est terminé depuis le 2 février 2016  ».
Cependant, le déroulé du procès soulève en moi beaucoup d’interrogations sur la Cpi et ses procédures.


Comme quoi, par exemple  ?


Comme par exemple l’interdiction d’appeler Laurent Gbagbo «  le Président Gbagbo  », Les motivations produites au soutien de ce verdict sont d’une vacuité renversante. Et l’absurdité de cette décision est telle que même le Procureur n’a pas pu s’empêcher de dire quelques jours plus tard en audience «  Le Président Laurent Gbagbo  » sans réaction du juge qui a rendu la décision.
Un autre exemple. Je ne suis pas juriste mais mon bon sens n’arrive pas à comprendre que pour faire appel d’une décision rendue par un juge, il faut obtenir au préalable l’autorisation de ce dernier.
Je suis aussi choqué quand j’entends Mme Bensouda dire et soutenir sans cesse que les enquêtes sur les crimes du camp Ouattara ne sont pas encore terminées.


Pourquoi cela vous choque-t-il  ?


Voici un procureur à qui il a été demandé d’enquêter dans un pays à la suite d’une crise au cours de laquelle, il y aurait eu violation massive des droits humains pour attester de la matérialité des faits, d’en identifier les auteurs et de les poursuivre s’il y a des «  raisons substantiels de croire  » qu’ils ont effectivement commis ces crimes.
Et voilà que ce procureur par ces déclarations confirme qu’en venant enquêter en Côte d’Ivoire, elle avait déjà identifié des coupables que sont Laurent Gbagbo et ses proches et qu’elle s’est donc cantonnée à rechercher les preuves de leur culpabilité. Et que sur le terrain, même si elle a constaté que des crimes ont été commis par d’autres personnes que celles qu’elle avait désignées préalablement, elle a décidé d’ignorer ces crimes et leurs auteurs et donc d’ignorer la douleur de leurs victimes.
Je suis conforté dans cette position quand je vois l’acharnement de Mme Bensouda contre le Président Gbagbo et les siens quant à sa volonté de les voir transférés à La Haye alors qu’elle n’a pas terminé son enquête, si enquête il y a eue.
En effet, si l’arrestation et le transfèrement des suspects visent aussi à les empêcher soit de fuir soit de commettre d’autres crimes ou encore d’effacer les preuves de ceux commis, comme il est prétendu, comment expliquer que c’est ceux qui étaient  déjà arrêtés et en détention à savoir Laurent Gbagbo, Charles Blé Goudé et Simone Gbagbo, qui sont réclamés à cor et à cri par Mme Bensouda  ?
A l’inverse comment peut-on comprendre le fait que madame Bensouda prend son temps et traine les pieds face à d’autres personnes sur qui pèsent de lourds soupçons de crimes contre l’humanité à savoir Alassane Ouattara, Soro Guillaume et leurs chefs de guerre soient encore en liberté  ? Et donc mis dans la possibilité de commettre de nouveaux crimes ou de faire disparaitre les preuves des crimes déjà commis. Comme ce fut le cas à Duékoué en juillet 2012 avec le massacre de plus de 200 déplacés internes du camp de Nahibly et l’assassinat quelques temps plus tard par les FRCI d’un rescapé qui a pu dévoiler l’existence des dix puits dans lesquels les corps des victimes ont été enfouis. Mais soyons patient, Madame Bensouda nous dit qu’elle «  continue d’enquêter  ».
Est-ce que c’est la justice çà  ? Non, c’est de la politique parce que la justice n’est pas sélective. Mme Bensouda accomplit sa part de l’agenda politique qui sous-tend la création de la Cpi et qui est de neutraliser les leaders progressistes africains.


Apres le passage des 4 premiers témoins du Procureur, quel  est aujourd’hui votre état d’esprit?


Après avoir écouté les quatre premiers témoins, je suis partagé entre satisfaction et amertume.
Satisfaction parce que les témoins qui se sont succédés au prétoire n’ont apporté aucune preuve pouvant amener la Cour à conclure à la culpabilité du Président Laurent Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé. En effet les premiers «  témoins  » se sont présentés comme des victimes qui auraient subi des préjudices pendant la crise postélectorale. Or il ne s’agit pas dans ce procès de savoir si oui ou non, il y a eu des victimes pendant la crise postélectorale.La question à élucider est de savoir si ces victimes le sont sur un ordre donné par le Président Gbagbo et Blé Goudé suite à un plan commun conçu de longue date. Or, aucun des témoins n’a apporté la preuve pouvant attester ni d’un ordre donné par les deux prévenus ni d’un plan commun. Bien au contraire leurs déclarations, souvent contradictoires, révèlent que ce plan commun n’a jamais existé et qu’aucun ordre n’a été donné ni par le Président ni par le ministre.
Quant à Sam l’Africain qui était présenté comme l’un des témoins-clé de l’accusation pour confondre les accusés et apporter la preuve du plan commun, tout le monde l’a entendu dire que «  rien n’était planifié  » et que Laurent Gbagbo «  n’est pas un criminel  » et n’a donc donné aucun ordre pour tuer des gens. Vous conviendrez avec moi que son témoignage est une mine d’or pour les deux équipes de défense qui j’en suis convaincu sauront l’exploiter en faveur de leurs clients.
Vu donc sous cet angle, je suis satisfait car l’audition de ces témoins valide l’innocence de Laurent Gbagbo et du Ministre Blé Goudé.

Mais j’éprouve beaucoup de peine et d’amertume après avoir écouté et les témoins et le procureur et le juge-président. La légèreté des accusations est telle que je suis affligé de constater que c’est avec des arguties pareilles que l’on maintient en prison depuis cinq ans un homme d’Etat de la trempe de Laurent Gbagbo.  
Malgré mes réserves sur la Cpi, j’avais pensé que ce tribunal allait voler haut et nous démontrer qu’il était au summum de l’application du droit et pourrait s’avérer donc être un modèle pour nos juridictions nationales. Hélas, je constate que ça vole très très bas et que l’amateurisme y règne en matière judiciaire.


Comment avez-vous accueilli l’annonce des personnes dites pro-Gbagbo parmi les témoins de la Procureure Bensouda?


Sans surprise car on le savait plus ou moins déjà. C’est pourquoi, personnellement,  j’ai accueilli cela avec sérénité et je suis même curieux de savoir ce que ces personnes vont dire là-bas. Mais je ne crains pas leurs témoignages car ils ne pourront pas fournir à Bensouda et Mc Donald les preuves qu’ils recherchent parce que ces preuves n’existent pas.
Attendons donc de voir.
J’espère seulement qu’ils vont tous témoigner à visage découvert. Parce que cette affaire de témoins masqués, je ne la comprends pas. En Côte d’Ivoire, il y a eu le procès en assises des pro-Gbagbo. Il y a eu le procès sur le prétendu bombardement du marché d’Abobo. Des témoins ont été entendus dans ces différentes affaires et ils ont témoigné à visage découvert  contre Madame Simone Gbagbo, le Général Dogbo Blé, le commandant Séka et bien d’autres civils comme militaires. Rien ne leur est arrivé. Sam l’Africain a témoigné à la Cpi sans se cacher et rentré au pays. Il envisage même de se rendre à Gagnoa pour y tenir un meeting.
Alors pourquoi les autres se cachent-ils pour témoigner  ? Cette mascarade doit s’arrêter.


Il y a certains qui demandent  aujourd’hui l’arrêt du procès. Etes-vous de cet avis?


Oui, je suis de cet avis parce que ce procès tel qu’il se déroule est une farce, une comédie de mauvais goût. En effet, le procès est conduit sur une base erronée quand l’accusation évite d’aborder la question préjudicielle essentielle  qui est «  Qui a gagné l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 en Côte d’Ivoire  »  ?
On ne peut pas dire, comme l’affirme Mme Bensouda, «  qu’on n’est pas là pour dire qui a gagné les élections  » et dans le même temps construire tout son argumentaire sur les affirmations du genre«  Gbagbo a voulu se maintenir au pouvoir à tous les prix  » ou encore «  Gbagbo n’a pas voulu céder le pouvoir à Ouattara  ».
Or si c’est Gbagbo qui a gagné les élections, comme c’est effectivement le cas, en quelle qualité Alassane Ouattara a-t-il nommé un Directeur Général qu’il voulait aller installer à la tête de la RTI le 16 décembre 2010  ?
Comment Soro Guillaume pouvait-il vouloir tenir un «  Conseil de Gouvernement  » le 17 décembre 2010 dans les locaux de la Primature alors que le Premier Gilbert Aké N’Gbo y est installé  ?
Comme l’a dit le Président Laurent Gbagbo «  c’est celui qui n’a pas gagné les élections qui a causé les troubles  », en l’occurrence Alassane Ouattara.
Si donc, la Cpi ne veut pas voir cette réalité et continue de tourner autour de la question, alors il faut effectivement arrêter ce procès et permettre à Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé de rentrer dans leur pays pour y prendre leurs places.
Mais le Président a dit «  on ira jusqu’au bout  ». Parce que ce procès a aussi une mission d’éveil des consciences au niveau de l’Afrique. Il a une valeur éducative. C’est le procès de la Françafrique en particulier et de l’impérialisme occidental en général. Et ce n’est pas pour rien qu’il est autant suivi par les Africains.


Sincèrement, n’avez-vous pas des craintes quant à l’issue du procès?


Non, malgré toutes les anomalies constatées, je reste confiant quant à la libération du Président Gbagbo et du Ministre Blé. Je suis convaincu que la Cpi, consciente du doute profond qui pèse sur sa crédibilité, voudra se réhabiliter en prononçant le seul verdict qui vaille dans cette affaire  : l’acquittement pur et simple.


Mme Bensouda soutient que l’Afrique a besoin de la CPI. Qu’en pensez-vous?


Je pense qu’elle se débat pour son poste. Il faut la comprendre. Sinon, elle sait que l’Afrique rejette la Cpi. Et quand je dis l’Afrique, je ne parle pas uniquement de la décision prise par les Chefs d’Etat à la dernière réunion de l’Union Africaine. Je parle surtout du peuple africain dans son ensemble. Et des pressions qui sont exercées sur les gouvernements africains pour appeler au retrait de l’Afrique de cette Cour. La Namibie en a donné le coup d’envoi  ; le Parlement sud-africain, par un vote, exige le retrait de l’Afrique du Sud.
Le Président Jerry Rawlings, dans une contribution à l’ouvrage collectif intitulé «  Le procès de Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale. Et si la politique quittait le prétoire  » qui vient de sortir chez l’Harmattan, écrit concernant la Cpi  :«  La Cour pénale internationale est devenue un instrument politique dans les mains de certaines puissances occidentales, qui l’utilisent contre les patriotes africains. La Cour pénale internationale est utilisée contre les patriotes comme le Président Laurent Gbagbo  ».  Ce point de vue est aujourd’hui largement partagé par les Africains. La preuve  ? Mme Bensouda était récemment ici au Ghana pour participer à une conférence sur la Cpi qui avait pour thème  : «  La Cour Pénale Internationale et l'Afrique : une discussion sur la Légitimité, l'Impunité, la Sélectivité, l'Equité et la Responsabilité  ». Elle a essuyé un véritable camouflet tant la quasi-totalité des intervenants se sont montré hostiles à la CPI.


Vous êtes en exil. Comment entrevoyez-vous votre retour en Côte d’Ivoire?

C’est une question qui ne rentre  pas dans mes préoccupations actuelles.


Alassane Ouattara vous demande de revenir au pays…


Qu’il libère d’abord ceux qu’il tient en otage au pays et dont certains ont mis fin à leur exil en pensant pouvoir compter sur sa parole et sa bonne foi   à savoir mon frère Hubert Oulaye et mon ami Assoa Adou. Le Ministre Lia Bi a échappé à une arrestation récente et a été obligé de revenir en exil.  
Donc cher ami, les appels de Ouattara ne me concernent pas. Et je peux vous assurer que je ne suis pas le seul dans ce cas.


Vous êtes accusé d’être une figure de l’aile radicale du FPI. Qu’en dites-vous?


Pourtant tout le monde connait ma pondération. Mais c’est quoi «  l’aile radicale  »  ? Etre fidèle à Laurent Gbagbo, c’est être radical  ? Etre attaché à l’idéologie et à la ligne politique du FPI, c’est être radical  ? Est-ce être radical que d’être d’accord que les cadres et militants du FPI soient solidaires du Chef et unis derrière lui dans le combat qu’il mène pour la liberté et la souveraineté de notre pays en le mettant au centre du débat politique en Côte d’Ivoire  ? Dire que c’est avec la libération de Laurent Gbagbo et son retour en Côte d’Ivoire que le pays pourra se réconcilier et non l’inverse, c’est être radical  ?
Si oui, alors je préfère être radical.


Comment expliquez-vous le fait que le FPI se trouve toujours au tribunal à cause de son ex-président?


Parce qu’il travaille pour le régime Ouattara qui n’a pas intérêt à avoir le FPI en face de lui. Il est un sous-traitant du pouvoir contre le FPI et Laurent Gbagbo. Mais il se fatigue pour rien parce que le FPI est incassable et personne ne peut le «  vider de sa substance  ». Donc tôt ou tard, tout cela prendra fin.
Quel regard portez-vous sur la gestion de la Côte d’Ivoire par Ouattara?
Voyez-vous, la Côte d’Ivoire vit une gouvernance dramatique sous Ouattara qui, comme à son habitude, se complait dans les slogans creux et les annonces à but de communication.
Monsieur Ouattara et son gouvernement se vante de réaliser des infrastructures. Mais sincèrement et honnêtement, peuvent-ils convaincre les Ivoiriens que ces infrastructures n’auraient jamais vu le jour sans l’arrivée de Ouattara au pouvoir  ? L’autoroute ne serait jamais arrivée à Yamoussoukro sans Ouattara  ? Jacqueville n’aurait pas eu son pont sans lui  ? La voie express Abidjan-Bassam, non plus  ? Le barrage de Soubré  ?  Non, ce n’est pas sérieux. Je peux même dire que c’est Ouattara qui a retardé que les Ivoiriens bénéficient plus tôt de ces infrastructures par la rébellion qu’il a créée en 2002 et par son coup d’Etat de 1999 qui a empêché la construction du troisième pont par monsieur Bédié même si ce dernier est aujourd’hui devenu amnésique.
En ce qui concerne la bonne gouvernance, le constat est amer  : systématisation des marchés de gré à gré avec leurs lots de surfacturations, népotisme généralisé, scandales financiers à répétition, etc.
Sur le plan de la réconciliation nationale, c’est un échec cuisant. Ce chantier reste entier et la fracture sociale s’est approfondie avec l’apparition de nouveaux foyers de tensions à travers le pays.
Sur le plan politique tous les acquis démocratiques sont remis en cause pour faire place à une dictature implacable dans la négation des droits et libertés.
L’insécurité a atteint un niveau record avec les méfaits des rebelles devenus FRCI et des dozos qui sèment chaque jour la mort dans les régions.
Que faut-il encore pour conclure que la gestion du pouvoir par Alassane Ouattara est catastrophique et va laisser des séquelles terribles pour notre pays  ?


Comment avez-vous accueilli les attentats qui ont endeuillé la Côte d’Ivoire?


Avec tristesse. Que des personnes innocentes, parties chercher le repos dans une plage puissent être massacrées de la sorte est intolérable. J’adresse donc mes condoléances aux familles des victimes et ma compassion à tous les blessés et tous ceux qui ont subi un traumatisme quelconque.
Mais je suis scandalisé par la façon dont le gouvernement de monsieur Ouattara a traité ce dossier. Comment peut-on proclamer sa satisfaction dans un drame où officiellement 19 personnes ont perdu la vie  et dire que c’est grâce aux dispositions prises?
Et puis aucune recherche n’a été engagée en mer pour s’assurer que des corps ne s’y trouvent pas alors que tous les témoignages disent que les terroristes ont tiré sur des gens qui étaient dans l’eau.
Jusqu’à présent un flou est entretenu sur le nombre de djihadistes qui ont mené cette opération. On vient d’apprendre qu’un de ceux qui ont organisé l’attaque de Grand-Bassam a pu tranquillement quitter la Côte d’Ivoire par avion à partir de l’aéroport d’Abidjan où pourtant le régime semble très efficace quand il s’agit d’empêcher les responsables du FPI de sortir du pays.
Face à tout ce flou, je suis d’accord avec le FPI qui demande qu’une commission d’enquête indépendante soit constituée pour faire la lumière sur cette attaque djihadiste dans toutes ses ramifications et implications.




In LE TEMPS N°3747 - samedi 2 au dimanche 3 avril 2016 – Pages 6,7 et 8
 




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