Elle a dévoilé les manigances du bureau du procureur/ La juge belge qui fait trembler la CPI

Scandalisée par les méthodes plus que discutables de l'équipe de Fatou Bensouda, la juge belge Christine Den Wyngaert s'est retirée du procès à La Haye des dirigeants kenyans, dont l'actuel chef de l'Etat. Un acte qui pourrait avoir des conséquences sur "l'affaire Gbagbo". Explications.

Samedi 4 Mai 2013 - 08:04


Fatou Bensouda, procureure générale de la CPI
Fatou Bensouda, procureure générale de la CPI
De déconvenue en déconvenue ! La Cour pénale internationale (CPI), qui a corrompu l'idéal de lutte contre l'impunité "vendu" aux opinions mondiales au moment de sa création il y a dix ans, n'en finit pas de se voir déconsidérée. Ses dysfonctionnements sont une nouvelle fois dévoilés au grand jour, avec la décision de la juge belge Christine Van Den Wyngaert de se retirer de l'affaire opposant des dirigeants kenyans, dont le président Uhuru Kenyatta, au procureur Fatou Bensouda. Dans un texte rendu public, la juge belge Christine Van Den Wyngaert a affirmé qu'elle doutait de ce que l'Accusation avait mené des  enquêtes appropriées pour arriver aux accusations contre Uhuru Kenyatta et William Ruto. "Il y a de sérieuses questions quant à savoir si l'Accusation a mené une enquête complète et approfondie sur le cas de l'accusé avant la confirmation", a déclaré Van Den Wyngaert. Elle a poursuivi : "Je crois que les faits montrent que l'accusation n'avait pas respecté ses obligations au moment où elle demandait la confirmation [des charges] et qu'elle n'était pas encore prête quand les procédures devant cette Chambre ont commencé".
Des méthodes manipulatoires mises au grand jour Plus grave, ont noté les collègues de Van Den Wyngaert, le bureau du procureur s'est gardé de transmettre aux avocats de la Défense une information pourtant capitale : son témoin-clé n'était en réalité pas présent à une réunion où les actes de violence attribués à Kenyatta et à Muthaura notamment avaient été "planifiés". C'est une "grave erreur", ont-ils estimé. C'est surtout une preuve de plus des méthodes profondément manipulatoires du bureau du procureur de la CPI. Finalement, ce témoin dont la fragilité a été "maquillée" pour les besoins de la cause de l'Accusation, s'est rétracté, et a avoué avoir menti et avoir reçu de l'argent pour le faire, ce qui a valu à Francis Muthaura, co-accusé du président Kenyatta, d'être blanchi. La juge Van Den Wyngaert s'est égale - ment étonnée du "nombre impressionnant de témoins post-confirmation" ainsi que de la "quantité de preuves documentaires post-confirmation, ainsi que la remise très tardive de celles-ci". "L'accusation ne donne aucune justification convaincante et suffisamment précise sur les raisons pour lesquelles tant de témoins dans cette affaire ont été seulement interrogés pour la première fois après la confirmation», a-t-elle argumenté. Tout en affirmant que ses réserves ne pouvaient pas à elles seules justifier le renvoi de l'affaire à la Chambre préliminaire ou le retrait des charges contre Kenyatta. Il n'empêche : l'Accusation part profondément handica - pée au procès, dans ce contexte.
Des conséquences sur l'affaire Gbagbo En Côte d'Ivoire, les observateurs se demandent déjà quel sera l'impact de ce retrait fracassant de la juge Van Den Wyngaert sur l'affaire «le procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo». Bien entendu, il ne s'agit pas de la même situation. Cela dit, les critiques émises par la magistrate "démissionnaire" pourraient bien pousser les juges qui vont examiner, jusqu'au 3 juin prochain, les charges contre le président Gbagbo, à avoir un regard plus critique sur la production de l'Accusation, dont les défaillances techniques et juridiques commencent à faire désordre. Le bureau du procureur aura donc plus de mal que prévu à faire confirmer l'ensemble des charges contre l'accusé. Pour se "couvrir", les juges pourraient demander des informations supplémentaires, voire infirmer les charges - même si cette hypothèse est toujours la moins probable. De plus, alors qu'il paraît évident que Fatou Bensouda et ses adjoints, conscients du caractère lacunaire de leur dossier, essaient d'ores et déjà de le compléter par des pièces supplémentaires et des témoignages opportuns, la mise en exergue de leur tendance à se "rattraper" après les échéances normales et à "inonder" la Défense de documents de dernière minute - afin de l'empêcher de les analyser - vaut son "pesant de cacahuètes".

Par Théophile Kouamouo

Source: Le Nouveau Courrier  N°790 du Vendredi 03 Mai 2013




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