Elections municipales et régionales couplées: Les leçons que le régime Ouattara doit tirer

Les chiffres ne plaident pas en faveur du régime Ouat - tara. Il gagnerait à faire en sorte que « la goutte d’eau ne fasse pas déborder le vase ». Quand on est dans une telle posture, on doit pouvoir peser le pour et le contre des actions que l’on pose.

Mercredi 24 Avril 2013 - 07:21


Elections municipales et régionales couplées: Les leçons que le régime Ouattara doit tirer
Que faut-il encore en Côte d’Ivoire, en dehors des élections, pour situer les différents acteurs politiques sur leur popularité ? Quand on remonte le temps, l’élection présidentielle de novembre 2010 est  un véritble baromètre de popularité. Selon la première décision rendue par le Conseil constitutionnel dirigé par le Pr Paul Yao n’Dré, le candidat de Lmp, Laurent Gbagbo, avait obtenu 51,45% et le candidat du Rhdp Alassane Ouattara obtenait quant à lui 48,55%. Mais selon les résultats provisoires rendus par la Commis - sion électorale indépendante (Cei), Alassane Ouattara avait obtenu 54,10% et Laurent Gbagbo 45,9%. Finalement c’est Ouattara l’adversaire de Gbagbo qui va remporter la mise avec l’approbation de la «communauté internationale». Pour les anciens dirigeants ivoiriens, le débat sur le vainqueur de ces élections présidentielles reste ouvert. Depuis la tribune de la Cour pénale internationale (Cpi) où il passait, le jeudi 28 février 2013, en au - dience de confirmation ou d’infirmation des charges qui pèsent contre lui, Laurent Gbagbo avait réitéré sa question de savoir «qui a gagné les élections ?» Tant pour l’ancien chef d’Etat ivoirien le doute persistera tant que le re - comptage des voix qu’il a préconisé pour départager, ne sera pas effectif. Si pendant ce temps, son adversaire Alassane Ouattara possède l’effectivité du pouvoir, les observateurs de la scène politique ivoirienne, continuent quant à eux, d’émettre des doutes sur la côte de popularité des nouveaux dirigeants. En cela, après la tenue de la présidentielle de novembre 2010 qui n’a pas fini de livrer tous ses secrets, les élections législatives, municipales et régionales devraient venir pour situer sur la côte de popularité des dirigeants poli - tiques ivoiriens. Le deuxième rendez-vous électoral, celui des législatives de décembre 2011 arrivait donc à point nommé.

Des législatives qui situent sur les niveaux de popularité

Le 11 décembre 2011, l’on se souvient en effet, qu’ayant fait le constat que «les conditions ne sont pas réunies» , le Fpi, lors des élections législatives a indiqué «ne pas se sentir concerné» et a par conséquent, invité ses militants à ne pas y prendre part. A cette époque, le taux de participation n’avait pas excédé les 15% et il eut fallu attendre deux jours d’arrangement pour que la Cei vienne à la rescousse du régime Ouattara et gonfle le taux de participation à 30%. Mais la vérité était connue de tous, personne, aucun observateur, ne s’était laissé prendre au piège de la guerre des chiffres. Tous savaient que le mot d’ordre du Fpi avait eu un écho favorable auprès des populations ivoiriennes qui l’avaient exécuté à environ 70% si l’on se réfère aux chiffres donnés par la Cei. Mais les nou - velles autorités avaient minimisé l’impact de l’appel du Fpi. Le régime Ouattara avait alors prétexté que «l’important, ce n’est pas le taux de participation mais de tester la capacité du pouvoir à organiser des élections». Don - nant ainsi l’illusion à ses partenaires extérieurs que la «Côte d’Ivoire démocratique est de retour». Avec ce blanc-seing, le régime va alors poursuivre sa vaste opération de répression des dirigeants de l’opposition qu’il qualifie «d’obstacle à la paix et au développement». Mais le Fpi ne s’est pas arrêté aux dénonciations des crimes commis par le régime Ouattara. Tout en remobilisant ses troupes, le parti créé par le Président Laurent Gbagbo interpelle la communauté inter - nationale sur les graves dérives commises contre les droits humains. Pendant que l’ambiance sociale est à la persécution des pro-Gbagbo, le Fpi va s’armer de courage pour multiplier ses tournées et «tuer» la peur en ses militants. L’effet de cette débauche d’énergie de la part des dirigeants du Fpi est immédiat. Les observateurs le consta - teront sur le terrain, le dimanche 21 avril 2013.    

Les municipales et les régio - nales confirment le poids de Gbagbo et du Fpi

Quand plus de cinq millions d’électeurs ivoiriens sont appelés aux urnes, pour désigner leurs conseils municipaux et régionaux. Le constat général qui est fait à l’issue de ces joutes, c’est que l’affluence a fait défaut, les électeurs ayant boudé ces consultations. Le taux de participation oscille entre 14 et 15%, selon les chiffres donnés par l’ensemble des organes de presse qui les ont couvertes. Le Front populaire ivoirien (Fpi), dans l’opposition depuis le 11 avril 2011, qui a appelé à un «boycott républicain» se voit encore conforté dans sa position. Le parti du président intérimaire, Sylvain Miaka Oureto, peut se ré - jouir de la réponse à son mot d’ordre de boycott. Lui aussi parle du taux de participation à ces élections couplées qu’il situe également entre 14 et 15%. Si l’on ne peut passer par perte et profit les actes de vandalisme qui ont émaillé ces scrutins et qui ont fait plusieurs blessés dans les états-majors des candidats et de nombreux saccages dans les bureaux de vote, force est de constater que dans l’ensemble, les Ivoiriens n’ont pas répondu à «l’appel citoyen» lancé par la Commission électorale indépen - dante (Cei) et par les autorités du pays. Au final, l’on dira que c’est le Fpi du Président Laurent Gbagbo qui aura eu gain de cause. L’appel du Président Ouattara arrivé un peu tard aux environs de midi, dimanche 21 avril, le jour même du vote, en violation flagrante des restrictions légales – la campagne étant bouclées et par conséquent interdites-, s’est noyé dans l’abstention qu’ont observée les citoyens ivoiriens. Ceux-ci n’ayant pas voulu se faire complices de la «mascarade». Ce qui s’est passé à ces élections couplées municipales et régionales, on peut le dire, est une réédition de ce qui s’est passé lors des élections législatives de décembre 2011.

Les actes et leurs conséquences

Tant du côté de l’opposition dirigée par le Fpi que du régime au pouvoir dirigé par le Rdr, chacun y récolte le fruit de ce qu’il a semé. Quand le Fpi appelle ses militants et les partisans du Pré - sident Laurent Gbagbo, à un mot d’ordre, c’est à ses risques et périls. Fort heureusement pour le Fpi, c’est pratiquement toute la Côte d’Ivoire qui se sent concernée par ses appels. Ce sont les chiffres qui le disent. Si l’on s’en tient aux résultats des dernières législatives, le Fpi qui n’y a pas pourtant pris part peut s’affubler des 70% du score issu du taux d’abstention. Idem pour les dernières élections couplées des municipales et des régionales. A l’opposé, le régime Ouattara ne peut que récolter que ce qu’il a semé. C’est un régime qui s’entête et qui croit pouvoir gérer la Côte d’Ivoire à sa guise, sans tenir compte d’une bonne partie, sinon de la majorité. Ces trois élections, présidentielles, législatives, municipales et régionales démontrent si besoin en est encore, qu’Alassane Ouattara, à l’instar de ses décisions, est im - populaire dans toutes les couches sociales ivoiriennes. Les chiffres ne plaident pas en sa faveur. Il gagnerait de ce fait à faire en sorte que «la goutte d’eau ne déborde le vase». Quand on est dans une telle posture, on doit pouvoir peser le pour et le contre des actions que l’on pose. Le Rdr devrait se ressaisir plutôt que de bander les muscles à chaque occasion. Car, il suffit tout simplement au Fpi, à tous les Ivoiriens qui continuent de croire aux idées du Président Laurent Gbagbo, de dire : «Ca suffit !» . Tout est question de prise de conscience collective. Peut-être que les résultats des dernières élections nous y conduiront.

Simplice Allard

sallard05@yahoo.fr
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