Economie, justice, droits de l’homme…2013, année de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire

Jeudi 3 Janvier 2013 - 07:24


Economie, justice, droits de l’homme…2013, année de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire
Sombre présage ? En tout cas, la nouvelle année commence dans la tragédie pour le pays des Eléphants, qui fait face à un drame inattendu et pour l’instant non entièrement élucidé – les dizaines de morts de la bousculade d’hier au Plateau. Une chose est sûre : l’année 2013 est celle de tous les défis et de tous les dangers pour la Côte d’Ivoire en tant qu’Etat et pour le régime Ouattara. Passage en revue des batailles à venir.

Cette normalisation politique dont le pouvoir ne veut pas.

Des élections municipales et régionales doivent avoir lieu cette année en Côte d’Ivoire. Alors qu’elle a accompagné le régime dans la mascarade électorale des dernières élections législatives, qui ont vu s’affronter les différentes branches de lancoalition au pouvoir, la «communauté internationale» souhaite que l’oppositionnparticipe aux scrutins à venir, dans l’intérêt strict du pouvoirnOuattara qu’elle a installé et qu’elle sponsorise. Il faut que la dictature ivoirienne prenne des airs de démocrature françafricaine présentable ! C’est ainsi que dans sa résolution 2062, le Conseil de sécurité des Nations unies a plaidé auprès des autorités pour que «les prochaines élections locales soient ouvertes, transparentes, libres et régulières et se déroulent dans le calme, et qu’elles favorisent la représentativité politique et la réconciliation, en choisissant une date opportune, en assurant la sécurité et en procédant aux réformes électorales utiles». Les réformes électorales utiles, c’est notamment la modification de la composition de la Commission électorale indépendante (CEI), qui n’est aujourd’hui qu’une sorte de section du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP)! Inflexible, raffermi par la lâcheté des chancelleries occidentales qui ont pourtant de nombreux leviers de pression à leur disposition, conforté par la complaisance des médias étrangers – les seuls qui l’intéressent ! –, Ouattara refuse, sans le dire, d’engager un dialogue de fond avec son opposition sur la nécessaire normalisation politique. Il ruse, notamment en accordant la liberté provisoire à une infime minorité des centaines de personnes qui croupissent sans jugement depuis près de deux ans dans les geôles de son régime, là où les procès auraient déjà dû commencer en vue de leur condamnation ou de leur acquittement. En réalité, le pouvoir Ouattara, qui fait face à une pression de plus en plus forte de ses cadres intermédiaires qui veulent prendre toute leur place à la «mangeoire nationale», s’est habitué au monopole politique, et se prépare à un scrutin «entre RHDP» qui lui permettra de caser le maximum de personnes en fermant sournoisement laporte à une participation de l’opposition dans des conditions politiquement acceptables. Que feront ses soutiens étrangers ? Assumeront-ils toujours le fait d’être des «concierges» au service d’une dictature tropicale qui ne se masque même plus ? On le saura en 2013. Mais, d’ores et déjà, les Etats-Unis tiennent à se démarquer du soutien aveugle que la France officielle apporte à celui qu’elle considère comme son relais d’influence, notamment dans son désir d’aller faire le coup de feu au Mali pour sanctuariser ses réserves uranifères du nord du Niger.

2013, année judiciaire en Côte d'Ivoire

Huit «libérés provisoires» ne font pas le printemps judiciaire. En 2013, le pouvoir ivoirien devra mener à terme les procédures intentées contre plusieurs dizaines de cadres de l’ancienne majorité présidentielle et contre des centaines de civils arrêtés arbitrairement, torturés puis jetés dans les prisons de l’oubli. Comment prendre le risque d’organiser des procès en bonne et due forme alors que les dossiers de la plupart des personnes incarcérées sont désespérément vides ? Comment continuer à les maintenir en détention sans jugement après que la limite psychologique des deux ans sera atteinte pour la plupart en avril prochain ? Il est fort probable que, pour éviter la honte et communiquer à peu de frais sur sa supposée bonne volonté, Alassane Ouattara finisse par accorder la grâce présidentielle ou «la liberté provisoire définitive» à la majorité des prisonniers politiques. Tout en organisant des procès en sorcellerie (à la «Bruno Dogbo Blé») pour ceux qu’il veut absolument empêcher de réapparaître sur la scène politique. Des procès au terme desquels ces «potentiels rivaux» écoperont de diverses peines de prison mais aussi d’une période de privation de leurs droits civiques et politiques. Les affaires troubles opportunément attribuées aux pro-Gbagbo, et dont le traitement judiciaire n’a pas avancé d’un iota, comme l’affaire Guy-André Kieffer et l’affaire des morts du Novotel, avanceront-elles ? Dans les deux cas, en 2012, l’appareil politico-judiciaire du régime Ouattara a saboté les enquêtes. Le juge Patrick Ramaël, qui aimait à accuser les autorités durant l’époque Gbagbo, n’a pas protesté plus que de raison après avoir été humilié par Fofié Kouakou à Korhogo, qui l’a empêché d’avoir accès à l’une des personnes qu’il voulait interroger. En ce qui concerne les morts du Novotel, l’Etat de Côte d’Ivoire bloque par divers moyens dilatoires la reconstitution du crime, étape cruciale de l’enquête. Pourquoi ? Nous le saurons peut-être en 2013.

Sur le front social, avis de mauvais temps

L’année 2012 s’est terminée dans une atmosphère assez tendue entre le gouvernement et les différents syndicats de fonctionnaires, qui se rendent bien compte que les acquis de leurs luttes des dernières années sont remis en cause par le régime, qui se cache derrière la promesse d’une nouvelle grille salariale pour faire du dilatoire. A peine ouvertes, les universités bouillonnent déjà, et les étudiants, privés du minimum au-delà de la communication officielle mensongère, se révoltent après deux années perdues pour rien. Le « départ nouveau » a pris des airs de faux départ et des allures de tromperie sur la marchandise. En 2013, les batailles syndicales reprendront, dans un contexte où l’exaspération liée aux gaspillages de fin d’année dans des réjouissances mal à propos pourra radicaliser une partie des partenaires sociaux.

Economie: le pari de la redistribution et de la création de nouvelles richesses.

Si l’argent ne circule pas, c’est parce qu’il travaille. C’est par cette curieuse parade qu’Alassane Ouattara a cru bon de répondre à la colère populaire liée à la vie chère et difficile. Mais comment l’argent peut-il travailler sans circuler ? Quand on reprofile des pistes rurales, quand on construit des infrastructures, cela devrait naturellement créer des emplois, des revenus pour les petites et moyennes entreprises, donc de la circulation monétaire ! Qu’à cela ne tienne, en 2013, la question de la redistribution financière, notamment du paiement de la dette intérieure, sera à l’ordre du jour. La capacité du pays à produire de nouvelles richesses, au-delà du recouvrement des équilibres d’avant la crise post-électorale, sera également particulièrement scrutée. Alors que le pays s’est endetté de manière vertigineuse depuis le 11 avril 2011 et continue de le faire, ses réelles capacités de collecte de l’impôt seront regardées de près, notamment par les bailleurs de fonds. Déjà, alors que le régime anticipe une croissance de 10%, les institutions de Bretton Woods parient prudemment sur un taux de 6%. 2013 sera peutêtre l’année de la fin des illusions sur un prétendu second miracle économique ivoirien.

Philippe Brou
Source: Le Nouveau Courrier du 2 janvier 2013




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