Economie ivoirienne: Gros danger sur les finances publiques

Le conseil des ministres du mercredi 4 septembre 2013 a fait des révélations sur l’état de santé de l’économie nationale qu’il faudra prendre avec des pincettes.

Samedi 7 Septembre 2013 - 07:24


Economie ivoirienne: Gros  danger sur les finances publiques
« C’est bien de faire de la communication sur des chiffres. Mais nous ici, nous pouvons témoigner que ça ne va pas ! L’argent ne rentre plus dans les caisses du Trésor comme avant. La situation risque de ne plus être maîtrisable parce que nos partenaires financiers commencent à nous lâcher résolument. On se débrouille pour régler les urgences. Mais pendant combien de temps l’Etat va-t-il  tenir ? Nous sommes en train de mettre en place le budget 2014, et on constate que l’appui budgétaire est important», s’inquiè - tent des cadres du Trésor public, ceux-là mêmes qui sont dans le système des finances de l’Etat, donc qui savent de quoi ils parlent.  De leurs propos se dégagent de véritables préoccupations  pour le corps social ivoirien. Et s’affirme également ce que les experts américains ont prédit récemment : «La Côte d'Ivoire 2013 est en état de banqueroute et la faillite aux portes du pays». De fait, le virement des salaires du mois de juillet dernier s’est effectué dans la douleur. Selon des sources crédibles et des informations soigneusement recoupées, la masse salariale a été en grande partie mobilisée sur les fonds issus de la vente à terme du cacao, des subsides issues des régies financières, et des retenues sur les dépenses publiques. « Le retard constaté au mois de juillet a psychologiquement marqué les fonctionnaires qui ont commencé à émettre des doutes sur la capacité de l’Etat à assurer les prochains salaires. Il fallait donc les rassurer en payant  les salaires du mois d’août un peu plutôt. Surtout que la rentrée scolaire approche. D’abord la Sgbci qui détient le plus grand nombre des fonctionnaires, ensuite les autres banques par ordre d’importance. Finalement, les derniers salaires ont été virés le 31 août.  Pour cela, toutes les options étaient sur la table. Et le gouvernement a choisi de parer à l’urgence en raclant le fonds de la caisse», témoignent-ils. On le voit, dans les rues, dans les administrations, plus qu’avant, les régies financières sont mises à rudes contributions. On leur exige d’aller au- delà des objectifs afin de combler les gaps de recettes non fiscales. Les multiples opérations « Envergure » (là où on demande à chaque équipe de liquider son carnet de contravention de cinquante feuillets à 22500 FCFA le feuillet)  de la police nationale, les nombreux contrôle radar (où même les voitures-tortues sont verbalisées : 2000 FCFA la contravention), la vulgarisation des pré-inscriptions et inscriptions en ligne sans possibilité de remboursement, le paiement des cautions de chambre pour l’année etc. , les taxes imposées à des secteurs économiques etc. participent à la mobilisation des fonds.

Trouver la solution ou périr

Que va-t-il se passer maintenant vu que, structurellement, les mois de juillet-août- septembre sont les mois creux pour l’économie ivoirienne  qui devra attendre  le mois d’octobre (campagne de commercialisation café-cacao avec les implications fiscales qui en découlent) pour espérer rebondir. « Le gouvernement ne peut pas prendre le risque de créer des arriérés de salaires des fonctionnaires. Déjà qu’un simple retard provoque grogne et colère ! Il y aura toujours une solution pour régler l’urgence du moment. Après,  le gouvernement avisera », expliquent-ils. Les Ivoiriens dans leur ensemble  ne comprendraient d’ailleurs pas que cela  arrive aujourd’hui  où le gouvernement crie sur les toits que tout va bien, où on leur ressasse  à chaque discours une croissance à deux chiffres et une émergence à atteindre, des excédents par-ci par-là, de nombreux investisseurs qui frappent aux portes etc., de surcroit dans un pays unifié. En comparaison à l’ancien régime qui assurait facilement les salaires dans un contexte socio-économique difficile avec un pays divisé en deux ! Où sont donc passés les soutiens  de Alassane Ouattara ? La réponse est simple : ils n’ont plus confiance en lui ! Sauf le Fmi qui, dans l’exécution du programme économique et financier, accompagne le gouvernement. Ils avaient espéré que le point d’achèvement qu’ils ont « politiquement » offert à la Côte d’Ivoire allait permettre au gouvernement de mener à bien sa politique économique.  Malheureusement,  le chef de l’Etat se comporte plus en banquier qu’en économiste. Il  endette le pays. Ce qui n’est pas mauvais en soi. Seulement, il le fait sachant pertinemment qu’il ne peut pas s’appuyer sur une production industrielle locale assez solide pour financer le remboursement. Le pays renoue avec la spirale de la dette. Ce qui irrite et décourage ses  soutiens, parce qu’il n’y aura pas un autre point d’achèvement pour la Côte d’Ivoire. « Il pense qu’en faisant revenir la Bad, il va en tirer des profits. Or, la Bad est une banque. Elle a ses méthodes de fonctionnement. Elle fera des prêts à la Côte d’Ivoire si le pays offre de solides garanties, comme le font toutes les banques qui se respectent »,  explique un banquier.  Il faut souligner que la Côte d’Ivoire n’est pas aidée par  la Coface (institution qui réassure les investissements français en Afrique, ndlr) qui lui a attribué la plus mauvaise note en ce qui concerne le risque-pays. Ce qui signifie que le risque pour obtenir une assurance sur une transaction ou sur un investissement en Côte d’Ivoire est très élevé. Du coup, les potentiels  investisseurs se mettent à reculer, leur argent aussi.  Et beaucoup se mettent dans la position de thésauriseurs, même les institutions bancaires. Triste tout ça !

J-S Lia
liasylve@yahoo.fr
Source: Notre Voie N°4511 du vendredi 6 septembre 201 3





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