Ebola: Malgré la psychose, pas de moyens dans les CHU et les hôpitaux pour faire face à l’épidémie

C’est le temps de la méfiance en Côte d’Ivoire où la psychose fait monter tous les jours la crainte du virus Ebola. Le ministère de la santé, dont la communication oiseuse est pour beaucoup dans cette situation, n’a pourtant rien prévu pour que si l’épidémie se déclarait, elle soit circonscrite. Pas de gant, pas de savons, et encore moins de tentes pour isoler les malades dans les CHU et centres de santé du pays… Du coup, les médecins sont les premiers à refuser de recevoir les malades qui présentent les symptômes du virus.

Mardi 26 Août 2014 - 07:33


La ministre de la santé Raymonde Goudou Coffie
La ministre de la santé Raymonde Goudou Coffie
La peur de l’Ebola a même désarticulé certains rites religieux. C’est le cas à l’Eglise Catholique où l’on déconseille, depuis quelques semaines aux fidèles de se serrer les mains au moment de se donner la paix. Les chrétiens sont clairement invités à ne pas se toucher… Symbole d’une peur-panique maximum perturbant tous les ressorts de la société, cette peur est avant tout alimentée par l’absence d’un antidote pouvant freiner les ravages de la maladie. Mais elle est surtout la conséquence d’une communication du gouvernement conçue pour faire peur. Or, aucune mesure concrète n’a été mise en œuvre pour que la vie continue de se dérouler. De sources médicales, la précarité habituelle des centres hospitaliers universitaires, des hôpitaux et des centres de santé locaux n’a pas changé. Malgré la menace de l’invasion du virus, due à la proximité de N’zérékoré la ville guinéenne qui fait frontière avec Sipilou la première ville ivoirienne où le virus est particulièrement actif, le gouvernement continue d’alerter les populations sur les risques de contamination. Mais une fois cela fait, il croise les bras. A preuve, depuis qu’elle multiplie les alertes à Ebola, la ministre de la santé Raymonde Goudou Coffie n’a jamais songé doter les hôpitaux en quelques moyens d’urgence. De sorte qu’à ce jour, CHU et centres de santé ivoiriens manquent toujours de savon, de gant et des tentes pour isoler les malades présentant les symptômes de l’Ebola, puisque le principe reste la mise en quarantaine du malade. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir que pour toute la journée de garde, un infirmier soit doté d’un seul gant  avec lequel il va manipuler tous les malades qu’il reçoit. Le même procédé est utilisé pour les tenues de protection. Ici, le ratio est d’une tenue pour sept infirmiers, chacun devant l’utiliser à son tour. Cette situation rend fébrile les médecins eux-mêmes, en raison de la grande dangerosité du virus. « Lorsqu’un malade présente les symptômes de la maladie, nous refusons systématiquement de le prendre en charge parce que nous devons aussi veiller à notre santé », plaise pro domo un médecin sous couvert d’anonymat. Or de l’aveu de la ministre, depuis mars le gouvernement a décaissé quelque 500 millions, environ 200 millions au début de la campagne et environ 250 millions ces dernières semaines. A quoi ont-ils servi ? La ministre qui recevait les patrons de presse la mercredi dernier, a pourtant mollement justifié le premier décaisse- ment, qui aurait été partagé entre les autorités départementales, c’est-à-dire le préfet et ses collaborateurs. Dans quelle proportion et pour quelle tache ? Raymonde Goudou Coffie ne l’a pas dit dans son adresse visiblement improvisée, dans laquelle elle a d’ailleurs volontairement mis la pression sur les journalistes. Le second décaissement, lui, n’a pas fait l’objet de commentaire. On peut donc se demander s’il ne pouvait pas payer quelques gants, des savons, des tentes et les tenues de protections supplémentaires puisqu’ils sont nécessaires pour rassurer les médecins eux-mêmes ? Mais à côté de cela, la communication du gouvernement continue de verser dans la démagogie. Alors que Raymonde Goudou Coffie se gargarisait d’épithètes pour montrer que son gouvernement est responsable, les bus sont toujours, à titre d’illustration, paradoxale- ment bondés de voyageurs. Le gouvernement préconise  comme solution de ne pas se serrer les mains mais assiste, sans broncher, que les clients des transports en commun soient toujours aussi serrés les uns contre les autres. Pourquoi n’interdit-il pas, ne serait-ce qu’à titre provisoire, que les bus se contentent de remplir les places assises ? Et puis, face à toutes les urgences qui sont signalées, pourquoi madame Coffie ne met-elle pas les millions qu’elle récolte parfois discrètement à la disposition de nos infrastructures sanitaires qui manquent de tout et qui font encore plus peur que le virus Ebola lui-même ?


Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°710




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