Dossier:Comment l’argent donne le vertige à Abidjan

Samedi 6 Septembre 2014 - 04:21


C'est l'histoire d'une élite pour laquelle l'argent n'est pas un problème. Une histoire faite de virées en bateau, de fêtes somptueuses, de greens où pas un brin d'herbe ne dépasse. En cinq chapitres, J.A. vous raconte l'Afrique des grandes fortunes. Pour fêter son diplôme, la fille d'un président d'Afrique francophone donne une réception dans sa propre villa, en plein coeur de la capitale. Derrière l'imposant portail, à l'abri des regards, les 4×4 s'alignent comme à la parade. Des huit-cylindres flambant neufs, mais pas de Hummer, définitivement passé de mode chez ces adeptes du bon goût. La maîtresse des lieux, étudiante à Londres à ses heures perdues, profite de ses vacances pour renouer avec ses amis de la bonne société, sans oublier bien sûr de passer voir papa. Il sait se montrer si généreux. Dès l'ascenseur privé qui dessert les étages supérieurs de l'édifice, la soirée bat son plein. Les portes s'ouvrent sur des bouteilles de dom-pérignon empilées dans les seaux à champagne débordant de glace, pendant qu'une dizaine de jeunes gens s'encanaillent sur la piste au son des meilleurs tubes du moment. Tous éclatants de santé et portant beau le vêtement griffé, à l'instar de leurs aînés, dont ils ne font que reproduire le style de vie, entre outrance et outrage. Pour cette jeunesse dorée et mondialisée, l'argent n'a jamais été un problème. À peine un sujet de discussion. Pourquoi s'abaisser à parler de soucis matériels lorsqu'ils n'existent pas ?

Porshe Cayenne et jet privé

Quelques semaines plus tôt, dans une autre capitale africaine, les proches d'un autre chef d'État décident, d'un coup de jet privé, d'aller fêter l'anniversaire de l'un de leurs, étudiant à Shanghai. La métropole de la Chine populaire est aujourd'hui une destination très prisée des Africains fortunés. Une sorte d'éden pour VIP, sans paparazzis malintentionnés ou scandale de biens mal acquis à l'horizon. Au contraire ! Dans un pays plus que jamais fasciné par l'argent facile et où les grandes fortunes croissent à la vitesse d'une Porsche Cayenne, quoi de plus normal que d'étaler sa richesse ? Voilà donc comment vivent les riches en Afrique, où là aussi ils se multiplient. D'ici à 2023, le nombre de milliardaires augmentera de 52 %, soit la plus forte progression mondiale !
Les spécialistes estiment même que le continent doit devenir l'espace géographique le plus propice à la création de richesse. Le yacht à 43 millions de dollars acquis en 2013 par l'Africain le plus fortuné, le Nigérian Aliko Dangote, pourrait très vite ne plus être l'exception. Prière de ne pas déranger, SVP !!!

Côte d'Ivoire : Quand l'argent donne le vertige

Après les capitales occiden- tales, la fièvre des rooftops, ces bars-terrasses perchés sur les toits, gagne Abidjan. En quelques années, trois établissements ont ouvert leurs portes, avec vues imprenables sur la ville. Idéaux pour un after¬work, ces endroits atti- rent une clientèle moins guindée que les clubs classiques, mais qui reste très haut de gamme, dont notamment les Ivoiriens aisés qui souhaitent retrouver l'atmosphère qu'ils ont pu connaître lors de voyages en Europe ou en Amérique du Nord. La tendance a été lancée avec le Toa, juché au troisième étage d'un immeuble bordant le boulevard Valéry-Giscard-d'Estaing. C'est aujourd'hui le repaire incontour- nable pour voir et se montrer, dans une ambiance des plus feutrées. Pas de coupé-décalé, encore moins de sonorités plus urbaines comme le zouglou : le Toa fait dans le soft. Idem au Zino, installé à l'étage d'une célèbre parfumerie de luxe du quartier des Deux-Plateaux, et au bien-nommé Rooftop de la Riviera-2. Musique électro-chic, oeuvres d'art accrochées au mur, fauteuils Chesterfield, bar à cigares... Les rooftops d'Abidjan respirent l'opulence, voire l'insolence. "Les vues plongeantes nous donnent l'impression de dominer le monde", explique une grosse pointure rencontrée dans l'ascenseur du Toa.

Les lieux de prédilection des riches

En ville ou à la campagne, qu'ils se détendent ou qu'ils travaillent, les plus aisés restent entre eux. Mais leurs goûts changent. Enquête sur les nouveaux lieux de prédilection des riches.

Maroc Casa côté luxe

À Casablanca, celle-qui-ne-finit- pas-de-s'étendre, les quartiers chics s'étirent le long de la mer. Anfa et ses extensions, Val- d'Anfa et Anfa-Supérieur, forment un petit village à l'ombre des palmiers et des hauts murs d'enceinte. Ici se concentrent les plus belles maisons de maître appartenant à des familles huppées de la ville, construites sur une petite colline qui dégringole vers la corniche d'Aïn Diab. Le must : la villa individuelle avec jardins, piscine, voitures... et chauffeurs, à proximité du Royal Golf. C'est ici qu'Aziz Akhannouch, minis- tre de l'Agriculture et magnat de la distribution, a accueilli le couple royal pour un ftour (repas), il y a quelques semaines. Ces propriétés sont ex- trêmement rares et, de ce fait, chères. Très appréciées aussi pour leur calme et leur sécurité, quelques résidences gardées se sont construites sur le modèle sud-africain dans le voisinage d'Anfa. Elles proposent même des aires de jeux pour les en- fants. Le style de vie d'Anfa s'étend aux quartiers de Long- champ, CIL et, surtout - plus au sud -, à ceux de Californie et Bouskoura. D'urbanisation plus récente, ils recèlent des réserves de foncier que les grands groupes immobiliers s'empressent d'exploiter. De leur côté, les jeunes actifs, les célibataires et les budgets - un peu - plus modestes préfèrent les secteurs plus centraux et animés de Racine et Gauthier, qui proposent des appartements de grand standing. Les villas y ont quasiment toutes disparu, sous la pression des promoteurs. Il faut compter de 8 000 à 10 000 dirhams (de 700 à 890 euros) pour louer un quatre-pièces. Avec l'arrivée du tramway, le dernier lieu tendance où résider pour les bobos (bourgeois bohèmes) est le quartier Hassan-II, où quelques immeubles Art déco, qui sont la propriété de compagnies d'assurances, atteignent des loyers à cinq chiffres. Youssef Aït Akdim

Tunisie Quelle révolution ?

Certes, les pillages lors de la révolution - uniquement dans les demeures de proches de Ben Ali - ont poussé bon nombre de propriétaires à sécuriser leur patrimoine. Mais dans le trian- gle doré, entre Sidi Bou Saïd, Carthage et La Marsa, les événements n'ont pas changé grand- chose au quotidien des riches. Derrière les hauts murs qui cachent les jardins des villas, la discrétion est une tradition. Un "retrait" qui a un prix : 1 600 dinars le mètre carré (727 euros) de terrain avec vue sur la mer, soit trois fois la moyenne nationale. Les acquéreurs ont de fait un pouvoir d'achat conséquent qui fait le bonheur des commerçants. Grandes enseignes, marques de luxe et entreprises de services se sont d'ailleurs installées à portée de ces bourses bien garnies. Et pour les nantis qui cherchent encore plus de sécurité, il y a la campagne - devenue, dit-on, la dernière tendance... Frida Dahmani, à Tunis

Afrique du Sud Golf, piscines et barbelés

En Afrique du Sud, où la sécurité est une préoccupation majeure, il est inconcevable de ne  pas vivre dans une résidence ultrasécurisée - à condition d'en avoir les moyens. Problème : les hauts murs surmontés de fils barbelés électrifiés ne constituent pas une vue rêvée pour qui se délasse dans son jardin. Le luxe ultime est donc de posséder une résidence dans une gated community (lotissement sécurisé fermé) suffisamment spacieuse et arborée pour donner à ses habitants l'impression de vivre en pleine nature. Et c'est le complexe de Blair Atholl, situé entre Johannesburg et Pretoria, qui s'est montré le plus doué à ce jeu. Un logement dans le domaine de 600 ha, construit autour du parcours de golf le plus long du pays, se paie au prix fort. Les parcelles à bâtir, d'une surface de 3 700 m2 en moyenne, ne s'échangent pas à moins de 2,8 millions de rands (211 850 euros), et les résidences déjà construites peuvent atteindre dix fois ce montant. Pour leur part, les locataires doivent débourser quelque 45 000 rands par mois - hors charges - pour une maison de 680 m2. Mais pour une telle somme, ils bénéficient de services exclusifs : étable pour les chevaux, piscines, courts de tennis, salle de sport ou encore accès à l'aéroport de Lanseria tout proche, où ils peuvent facilement louer un jet privé. Pierre Boisselet

Côte d'Ivoire Beverly Hills ou presque...

Situé à l'une des extrémités de la commune de Cocody, Riviera 4 Beverly Hills, baptisé ainsi par Théodore Mel Eg, l'ancien maire, est posé sur les bords de la lagune Ébrié. Dans ce triangle d'argent, le mètre carré s'élève à 300 000 F CFA environ (460 euros). Les immenses demeures de style victorien rappellent les cités bourgeoises d'Europe. L'artère principale est large comme un boulevard. Il ne manque plus que les hôtels chics, les restaurants, les bars et les magasins de luxe pour que le quartier soit digne de porter le nom de son célèbre modèle américain. Parmi les heureux propriétaires figurent notam- ment Kipré Digbeu, président du groupe d'assurances Serenity SA, les anciens Premiers ministres Charles Konan Banny, Jeannot Ahoussou Kouadio, Pascal Affi Nguessan, les minis- tres Patrick Achi (Infrastructures), Hamed Bakayoko (Sécurité et Intérieur), la star du football Didier Drogba ou encore Guillaume Soro, le pré- sident de l'Assemblée nationale. Un voisinage de choix.

Baudelaire Mieu, à Abidjan

source: jeune afrique




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