Discriminations dans les opérations d’exhumations de corps: Voici les zones que le gouvernement évite

Mercredi 29 Mai 2013 - 18:00


Discriminations dans les opérations d’exhumations de corps:  Voici les zones que le gouvernement évite
L'opération d’exhumation des corps des victimes de la crise post-électorale de 2010 a été lancée, depuis le  jeudi 4 avril 2013 dernier, dans la Commune de Yopougon. Si cette  opération concerne  en théorie tout le périmètre national, le choix de la commune de Yopougon pour marquer le début de ladite opé - ration n’est pas fortuit. Officiellement pour Gnénéma Mamadou Coulibaly, ministre de la Justice, des Droits de l’Homme et des Libertés publiques, ce choix obéit au fait que dans le District d’Abidjan, Yopougon est la commune qui a payé le plus lourd tribut aux violences pos - télectorales. En effet, le garde des Sceaux a révélé que sur 57 sites découverts sur l’ensemble du territoire national, 36 ont été répertoriés dans cette seule commune. Mieux, au choix du lieu, le ministre adjoint les mobiles politiques qui sous- tendent  les exhumations des dépouilles mortelles. «Elles nous concernent tous, quelles que soient nos situations sociales, nos opinions politiques, nos convictions religieuses et nos appartenances ethniques. De leur succès dépendront en grande partie l’apaisement des cœurs et la réconciliation nationale que nous appelons tous de nos vœux» . Que cela ne tienne à cette rhétorique, il n’y a pas plus bonne intention que de prendre une telle initiative. Mais voilà en revanche, une opération qui n’échappe pas dans les faits à la règle de la dis - crimination, dans  le choix guidé des sites préférés desquels il faut exhumer les corps. Pour ne pas dire, après le volet judi - ciaire, la pratique sélective rat - trape même les morts. Suivons les lieux délibérément choisis par le pouvoir pour en déceler les retombées politiques inavouées escomptées. D’abord le choix de Yopougon, plus pré - cisément la mosquée du camp militaire. Dépouilles  exhu - mées,  des présumées  victimes des miliciens dits pro Gbagbo. La démonstration est faite à cet instant. Le focal est mis sur les sites censés abriter les personnes supposées avoir été tuées par les forces proches du régime Gbagbo. La déclaration  du ministre de la Justice ne cache aucunement  pas cette sélection préméditée : «Yopougon abrite 36 des 57 fosses communes». A ce sujet,  Yopougon étant  le bastion supposé de toutes  les forces combattantes proches de Gbagbo, il va sans dire que les victimes sont par ricochet à l’actif desdites forces répertoriées comme étant des miliciens libériens et autres mercenaires. Bref, le décompte macabre des personnes suppliciées par les hommes de Gbagbo est tout au mieux fait. Ce qui fait frapper de censure certains  sites,  où des fosses communes existent mais qui ont  été  royalement rayés de la liste. Une source bien introduite indique même que les fouineurs du pouvoir savent l’existence de ces sépulcres de fortune, mais la liste aurait été «revue». Et ces fosses communes oubliées par le pouvoir ne sont autres que les plates-formes de la résistance des pro Gbagbo contre l’enva - hisseur. Nous avons le cas de la fosse commune dans les environs de la localité d’Abobo- Doumé. A cet endroit, on se souvient que les hélicos français et onusiens, appuyés  au sol par les forces du régime Ouattara, avaient massacré  au mois d’a vril 2011,  des centaines de jeunes patriotes mobilisés pour leur leader. Des massacres documentés par plusieurs rapports d’Ong internationales. Mais une croix est mise sur cette zone. Certainement parce que ce village Ebrié, selon cer - tains, servait de base arrière aux pro Gbagbo. Sans oublier la base navale de Locodjro, théâtre elle aussi de nombreux massacres de la part des forces coalisées contre le régime Gbagbo. Là encore, les victimes, plus d’une centaine,  ont été ensevelies  dans les environs de la lagune mais dont le site est  tout aussi mis aux oubliettes. Le village d’Anonkouté, prédominé par l’électorat Gbagbo. Dans la nuit du 6 au 7 mars 2011, une meute de rebelles, tentacule du commando invisible,  conduite par le commandant Féré sème la mort et la désolation. Plus de 57 victimes, de nombreux blessés et disparus. Le village a été  assiégé et on y dénombre quelques fosses communes. Un site qui pareillement ne figure pas sur l’agenda des  pisteurs. Avec un tel décor du tableau, il nous est plausible  d’en déceler les objectifs poursuivis par cette opération d’exhumation des corps. Qui n’est autre qu’endosser au régime Gbagbo et à ses hommes la palm d’or  du meurtrier du siècle. Et ce ne sont pas  les preuves qui manquent le moins. Au même titre que  ce sont uniquement les proches qui sont  judiciairement poursuivis,  le régime Ouattara veut brandir à la face du monde, «les massacres que les hommes Gbagbo Laurent auraient commis». Voilà  qui est bien joué en termes de coup de pub politicien. Surtout que  la date du verdict de l’audience de la Haye concernant l’ex-Président approche, le régime cherche désespérément du terreau à offrir aux juges de la Cpi.  Cela ne manquerait pas d’appliquer la même formule à la région meurtrie de l’Ouest. Où de nombreuses fosses communes sont répertoriées.  Où sont sommairement ensevelis tous ceux qui de près  ou de loin ont été soupçonnés de soutenir le régime Gbagbo.

Marcel Dezogno

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