Diplomatie: Charles Gomis en Cheval de Troie. Par Macel Amondji

Lundi 8 Octobre 2012 - 08:05


Diplomatie: Charles Gomis en Cheval de Troie. Par Macel Amondji
Timeo Danaos, et dona ferentes ! Virgile

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Nommé ambassadeur en France, Charles Gomis sollicite le soutien du FPI
Hervé Kpodion - L'Inter 29-30 septembre 2012

Le nouvel ambassadeur de la Côte d’Ivoire près la République française, Charles Gomis, a sollicité le jeudi 27 septembre 2012, au cours d'une audience que lui a accordée Sylvain Miaka Ouretto, le soutien du Front populaire ivoirien (FPI) pour réussir la tâche que lui a confiée le président Alassane Ouattara.
L'audience qui s'est déroulée au siège provisoire du parti de Laurent Gbagbo sis à la Riviera-Attoban, a vu la participation du secrétaire général du FPI par intérim, Dr Richard Kodjo, du Pr Sébastien Danon Djédjé et du Pr Tapé Kipré, tous deux membres du secrétariat général du FPI. « L’ambassadeur nous a fait l’honneur de cette visite pour nous annoncer sa nomination en France et demander notre soutien dans la tâche qui sera la sienne de veiller sur les intérêts de notre pays dans l’Hexagone… Nous avons été touchés par cet acte profondément républicain de S.E.M. Charles GOMIS… Au nom du FPI, nous l’avons accompagné de nos sincères meilleurs vœux. La Direction du Parti mettra tout en œuvre pour l’aider à réussir sa mission en France, au nom de tous les Ivoiriens sans exclusive… », a déclaré le président du FPI, Miaka Ouretto, à l'issue de la rencontre.
Selon Dr Richard Kodjo, c'est la première fois qu'un ambassadeur nommé par Alassane Ouattara pose un tel acte. A l'en croire, c'est un acte d'«humilité » qui est « la preuve qu’au-delà de nos divergences politiques, l’intérêt national doit nous emmener à nous asseoir et discuter ». Charles Gomis faut-il le noter, a été nommé récemment ambassadeur de la Côte d'Ivoire en France par le chef de l'Etat, en remplacement de l'ambassadeur Ali Coulibaly, qui occupe désormais le fauteuil de ministre de l'Intégration africaine dans le gouvernement Jeannot Ahoussou-Kouadio.

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Le président Miaka Ouretto a raison : ça ne s’est jamais vu nulle part ni à aucune autre époque ! On n’a jamais vu un ambassadeur à peine nommé par son gouvernement et à peine agréé par celui du pays où il doit aller prendre fonction, demander à être adoubé par-dessus le marché par des gens que ces deux gouvernements traitent comme des moins que rien…
La démarche de Charles Gomis allant demander aux dirigeants intérimaires du Fpi de l’aider à réussir sa mission à Paris n’est pas seulement sans exemple dans l’histoire, c’est le type même de ce que l’anglais désigne par le mot « nonsens» : une absurdité, une sottise. Mais c’est plus encore que cela. C’est en soi un acte d’une totale inutilité… Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire qu’il est sans utilité pour tout le monde…

Qui est Charles Gomis ? un ouattariste de la première heure, qui fut pour cette raison le ministre des Affaires étrangères de Robert Guéi, et dont le choix comme futur ambassadeur de la Côte d’Ivoire en France relève certainement de la même logique…
Quel genre de bénéfice un tel homme pouvait-il espérer tirer, à titre personnel ou en tant qu’ambassadeur, de son entrevue avec Miaka Ouretto et Richard Kodjo ? Il n’avait pas eu besoin de leur agrément ni même de leur avis pour être nommé par Ouattara ou pour être agréé par Paris. Et il n’a nullement besoin de leur bénédiction pour réussir à Paris. Mais, à supposer que cela lui était absolument nécessaire, par exemple pour se conforter moralement avant d’aborder une tâche pour laquelle il ne se sentait peut-être pas tout à fait de taille, pourquoi a-t-il sollicité seulement le FPI, et pas le RDR, le PDCI, le PIT, etc. ?
Et que gagne dans cette affaire le FPI – que je ne confonds pas avec Miaka et Kodjo, ses actuels président et secrétaire général intérimaires, qui se sont paraît-il senti tellement honorés par la démarche de Gomis – ? Il n’y gagne rien ! Mais c’est encore trop peu dire… En fait, si l’on considère le moment où cette démarche a eu lieu, non seulement le FPI – je veux dire la masse des militants et sympathisants de ce parti, qui, par la magnifique résistance que, depuis le 19 septembre 2002, ils opposent aux marionnettes houphouéto-françafricaines actuellement au pouvoir ainsi qu’à ceux qui les manipulent, donnent corps et âme à ce sigle – n’y gagne rien, mais encore il court le risque de perdre sa raison d’être, s’il laisse le dernier mot de cette folle histoire à des dirigeants intérimaires apparemment résignés à avaler toutes les couleuvres qu’on leur présente.
L’étrange démarche de Charles Gomis, disais-je, n’est pas sans utilité pour tout le monde. Ceux à qui elle va rapporter gros si elle n’est pas battue en brèche par une réaction adéquate des patriotes conséquents, sont au nombre de deux. L’un, c’est le pouvoir ouattariste, qui a tout intérêt à affaiblir le camp de la résistance patriotique ; qui s’y emploie d’ailleurs par tous les moyens dont il peut disposer. Faut-il rappeler le sort de Laurent Akoun et d’Alphonse Douaty qui croupissent actuellement en prison ; ou celui de Justin Katinan Koné que ce pouvoir fantoche poursuit jusque dans son exil ghanéen ?
Parmi les moyens dont ils usent, il y a la diversion. C’est à quoi sont préposés, par exemple, Charles Konan Banny et son CDVR. A ce propos, il est intéressant de noter que dans le même temps où Gomis courtisait la direction intérimaire résiduelle du FPI, Banny associait dans une même opération médiatique les grands patriotes Bernard Dadié, Auguste Daubrey et Bernard Tiabas Oulaï, tous trois membres éminents du CNRD, le temple de notre résistance à ce régime qui nous a été imposé à coups de bombes, avec Camille Alliali ou Jean Konan Banny, dont on sait les affinités quasi-congénitales avec l’houphouéto-foccartisme le plus borné, et aujourd’hui, avec sa variété ouattariste.
Ha ! Si le CNRD était soluble dans le CDVR !… Si tous ceux qui subissent quotidiennement les exactions des FRCI et des dozos sous le regard indifférent de l’Onuci et des Français de la « force Licorne » venaient, alignés humblement derrière Charles Konan Banny, s’agenouiller devant le trône de Ouattara, quel triomphe pour ceux qui, tout en prônant la réconciliation, traquent ceux qui ne pensent pas comme eux jusque dans leur exil !
Et pour la France, donc ! Si l’intention du président Miaka Oureto et du secrétaire général Richard Kodjo d’accompagner gentiment Gomis dans son ambassade parisienne était partagée par tous les expatriés ivoiriens vivant à Paris et alentour, qui sont si prompts à manifester contre les agissements des ouattaristes d’ici et d’ailleurs, et s’ils décidaient de cesser de manifester dans Paris et partout ailleurs en France leur soutien à Laurent Gbagbo et aux autres patriotes emprisonnés ou en exil, qui serait bien content ? Connaissant le degré d’implication de la France dans ce qu’on appelle la crise ivoirienne –crise, en réalité, des relations franco-ivoiriennes telles qu’elles ont été ficelées par Foccart sous le masque d’Houphouët – il n’est pas interdit de penser que la caresse de Gomis au FPI et celle de Banny au CNRD participent d’un plan françafricain visant à désarmer moralement le camp de la résistance patriotique.

Restons vigilants.

Marcel Amondji




Tags : Charles, Gomis

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