Dignité du peuple africain, conflits sur le continent…. Thabo Mbeki dans tous ses Etats

Le 3 mai dernier, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, était à la Fondation Pedro Pires, au Cap Vert, où il a délivré un message fort à l’Afrique. Fidèle à sa logique progressiste, il a exhorté les Africains à prendre leur destin en mains. Le faisant, il trace les sillons à emprunter pour la dignité de l’Afrique. Une dignité qui ne s’accommode pas des dirigeants malhon- nêtes, corrompus, méprisant les intérêts du peuple comme on en voit fleurir ça et là sur le continent…Tout un programme qu’il évoque avec brio, en prenant pour exemple l’ancien président capverdien Pedro Pires, à qui il a adressé un vibrant hommage à l’occasion de la célébration de ses 80 ans. Larges extraits.

Vendredi 9 Mai 2014 - 05:52


Image d'archives -Le 3 mai dernier, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, était à la Fondation Pedro Pires, au Cap Vert, où il a délivré un message fort à l’Afrique.
Image d'archives -Le 3 mai dernier, l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, était à la Fondation Pedro Pires, au Cap Vert, où il a délivré un message fort à l’Afrique.
Je suis particulièrement honoré de saisir cette occasion pour rendre hommage à un fils remarquable de l'Afrique. Tout au long de sa vie, le président Pires est un exemple pour nous tous du genre de leadership dont notre continent a besoin. À la fois comme l'un des leaders du PAIGC et plus tard, le PAICV , et donc un éminent combattant pour la libération de l'Afrique , et un homme d'État exceptionnel intimement impliqué dans le développement politique et socio-économique réussi d’un Cap-Vert  libre, le président Pires a été guidé par l’impératif exclusif de servir le peuple . L'exemple du président Pires nous enseigne que ce que nous devrions attendre de nos dirigeants est la loyauté à un système de valeur éthique qui prescrit que nos dirigeants ne doivent pas abuser de leur accès au pouvoir d'État pour s’enrichir. Il nous enseigne aussi que nos dirigeants doivent respecter le peuple, chercher constamment à les impliquer dans le processus visant à déterminer leur avenir, et par ailleurs travailler avec des gens conscients du fait que le peuple est son propre libérateur. (…) Il nous informe que le leadership réussi exige de nos dirigeants qu'ils se fixent et poursuivent des objectifs stratégiques clairs, cohérents avec la mission historique d'atteindre le résultat révolutionnaire de la Renaissance de l'Afrique. Ce fut une grande chance et un grand privilège pour nous l'année dernière lorsque le président Pires a spontanément accepté de venir en Afrique du Sud pour prononcer une conférence à la Fondation Thabo Mbeki, à la faveur de la célébration du 50e anniversaire de la création de l'Organisation de l'unité africaine, l'OUA. Au cours de sa conférence très instructive, qui a donné des indications claires sur les défis auxquels nous, Africains, devons répondre, il a dit: "En fin de compte, l'objectif de notre lutte est la poursuite incessante de l'avenir. Mais quel avenir ? «Ce n'est pas un avenir où nous sommes tous de simples sujets et subordonnés aux décisions et aux désirs des autres. Au contraire, nous aspirons à un avenir dans lequel nous sommes aussi les protagonistes, un avenir dans lequel nous avons un mot à dire et une place au soleil dans les forums mondiaux, un avenir qui nous rend plus forts, plus libres, plus qualifiés, prospères, justes et fraternels, dans un monde plus juste, plus sécurisé, plus équilibré, paisible et prévisible".

L’objectif stratégique

 Ainsi le président Pires nous a fixé l’objectif stratégique, à tous à travers l'Afrique, au moment où nous célébrions le 50e anniversaire de la création de notre organisation continentale d'antan, l'OUA. La question se pose naturellement - l'Afrique a-t-elle le leadership pour mener la lutte pour l'avenir que le président Pires décrit ? Et que devons-nous faire pour nous assurer que nous avons ce leadership ? À cet égard, le président Pires a appelé à renforcer la capacité de notre leadership politique, économique et social.
Je pose ces questions parce que de toute évidence la vision de l’avenir, citée par le président Pires, ne peut être atteinte que si nous avons à la fois un leadership engagé pour rechercher cet avenir et nécessairement le même engagement de masses du peuple africain pour le même objectif.

Le leadership africain à affirmer

J’imagine que les plus de cinq décen- nies de libération de l'Afrique du colonialisme nous ont appris des leçons sur le rôle essentiel du leadership en termes de réalisation des objectifs de transformation de notre Continent.
Je crois que ces leçons impliquent que les individus jouent un rôle important de leadership, que les organisations de masse soient aussi des acteurs importants, et que les masses africaines attendent de leurs dirigeants, à la fois comme individus et des organisations, honnêtes pour servir leurs intérêts. Pendant les années de lutte pour la libération totale de Afrique et immédiatement après la réalisation de cet objectif, diverses organisations de masse ont émergé sur notre continent, toutes partageant globalement une vision commune de la reconstruction et du développement de l'Afrique. (…) Le document historique fondateur de l'Union africaine, l'Acte constitutif, pré- voit la création du Conseil économique, culturel et social, ECOSOCC. Il serait composé d'organisations non gouvernementales populaires qui représentent vraiment les masses africaines.  L'Acte constitutif déclare que notre ECOSOCC serait "composé de différents groupes sociaux et professionnels des États membres de l'Union." Encore une fois, à mon avis, notre ECOSOCC, a failli à sa tâche. Tout cela signifie qu’un échelon très impor- tant de dirigeants africains représentés à la fois dans les organisations que j'ai mentionnés, et l'ECOSOCC de l'UA, ne jouent aucun rôle efficace en termes de leadership progressiste dont notre continent a besoin. (..) Il est difficile de comprendre pourquoi cela est arrivé. Une explication pourrait être que les fonds qui avaient financé ces organisations ont tari. Cela souligne la nécessité de l'autonomie en matière de financement de nos propres organisations africaines. Cela inclut même l'Union africaine qui, malheureusement, continue de s'appuyer sur le financement des bailleurs de fonds pour financer ses programmes. Je pense que la conclusion doit être que l'une des tâches les plus urgentes auxquelles nous sommes confrontés est de reconstruire et réactiver les organisations progressistes que j'ai mentionnées, de sorte à renforcer l'impact de l'opinion populaire sur l'effort continental historique de parvenir à la renais- sance de l'Afrique.

Les grands défis à relever

 J'ai soulevé la question du leadership parce que pour atteindre l'objectif de la transformation progressive de notre continent, il faut une intervention soute- nue par un leadership progressiste. Quel doit être alors l’agenda en Afrique? Dans un article publié par le magazine "The Thinker" cette année dans sa première édition trimestrielle je l'ai dit: "Immédiatement, sans intrusion, même par notre propre intelligentsia, les partis politiques et la société civile organisée, le tout avec leurs idéologies et les pro- grammes en lice, les masses d'Africains savent que certains des grands défis auxquels nos pays sont confrontés, constituant l'intérêt national et, par conséquent africaine stratégique, sont :
 • établir des systèmes véritablement démocratiques de gouvernement, y compris les systèmes d’État qui vont rendre des comptes;
• enraciner la paix, la sécurité et la stabilité;
 • réaliser la cohésion nationale et sociale ainsi que le développement social; • éliminer la pauvreté et le sous-développement par le biais d’une croissance économique durable et le développement économique équitable;
 • assurer l'intégration et l'unité africaine; et,
• assurer la juste place de l'Afrique dans la communauté mondiale des nations. Tous ces résultats, qui sont essentiels à la réalisation de la transformation sociale fondamentale à laquelle j'ai fait allusion, ne peuvent être réalisés que par une action consciente, délibérée et concertée par nous-mêmes en tant qu'Africains. Je soutiens fermement et propose que les objectifs que j'ai énumérés ci-dessus constituent le cœur de l'agenda africain contemporain progressiste. Il s'ensuit donc que pour les atteindre les forces progressistes africaines doivent s'acquitter de leurs responsabilités. Dans ce contexte, je souhaiterais que nous portions une attention particulière à la mise en œuvre de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance. Il faut aussi s'assurer une utilisation plus efficace du Mécanisme d'évaluation intra-africaine. (…)

Gérer durablement les conflits

 Et en effet, je dirais que l'une de nos tâches principales est d'étudier et de comprendre les causes de conflits et d'instabilité sur notre continent. En pratique, dans nos derniers efforts de résolution de conflit, nous nous sommes concentrés principalement sur la fin de la violence et les moyens de parvenir à la coexistence entre les anciens belligérants. Ce sont en effet des objectifs importants qui doivent être recherchés. Toutefois, la résolution des conflits ne doit pas s'arrêter là. Elle devrait s'étendre à la compréhension des causes profondes du conflit. Celles-ci doivent alors être traitées de sorte à assurer la durabilité de la paix qui a été acquise, tout en militant contre la reprise des conflits. Une agrégation de notre compréhension des causes profondes des conflits en Afrique, tirées des différentes expériences de violents conflits où ils se sont produits pourrait aussi aider grandement à améliorer notre possibilité de s'engager dans la diplomatie préventive pour empêcher les conflits violents avant qu'ils n'éclatent. Plus tôt, j'ai aussi mentionné la cohésion nationale et sociale ainsi que le développement social comme l'une des questions importantes à l'ordre du jour en Afrique. Il est aussi important que nous ayons une meilleure compréhension de l'impact ou du moins de la lutte pour éradiquer la pauvreté et le sous-développement des taux plus élevés de croissance économique soutenue. Mon estimation est que nous n'en avons pas vu assez. Ce qui pose la question urgente suivante : qu’est-ce qui doit être fait ? À cet égard, je suppose que l'un des effets des taux de croissance les plus élevés a été en outre d'augmenter le degré de richesse et de l'inégalité des revenus dans nos sociétés. Dans ce contexte, nous devons égale- ment mentionner le fléau de la corruption que nous devons combattre par tous les moyens à notre disposition, car elle entraîne le détournement de ressources destinées à bénéficier aux gens ordinaires dans les poches de l'élite qui a accès à l’état, à l’entreprise et au pouvoir social.
(…)


Ce que doit nous enseigner l’exemple libyen

J'ai cité l'exemple du Plan d'action du G8 pour souligner l'impératif, surtout en cette période de mondialisation contemporaine ; nous devons rester vigilants pour défendre l'indépendance de l'Afrique, y compris notre droit effectif à déterminer notre avenir. Je suis certain que les événements en Libye en 2011, lorsque le Conseil de sécurité de l'ONU et l'OTAN ont pris des mesures pour apporter des changements de régime dans ce pays africain, contrairement aux décisions spécifiques de l'Union africaine, devraient à nouveau nous faire insister sur la nécessité pour nous de défendre notre indépendance et sinon prendre notre place légitime dans la communauté internationale. Permettez-moi de terminer en trans- mettant mes félicitations et mes meilleurs voeux au Président Pires qui célèbre son 80ème anniversaire et l’exhorter à persister à aider l'Afrique à réaliser son renouveau en continuant à bénir notre Continent avec son intelligence exceptionnelle et une grande expérience en tant que libérateur d'Afrique et homme d'État. Merci.

Traduction de Benjamin Silué

Source:  Le Nouveau Courrier N° 1025 Du jeudi 08 Mai  2014




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