Diabolisée par ses adversaires: L’hommage du prof Séry Bailly qui restitue la vraie image de Simone Gbagbo

Samedi 28 Février 2015 - 03:05


Sollicité pour intervenir à la cérémonie du 4 avril 2014, organisée par les femmes du Front Populaire Ivoire, à Moossou, le professeur Sery Bailly, ami de longue date de Simone Gbagbo a tenté,  par la magie du verbe, de présenter l’ex première dame sous un angle qui tranche avec les diatribes, mensonges et méchancetés des détracteurs et bourreaux de cette dernière.

«Peut-on parler de Simone Gbagbo aujourd’hui ? » interroge Sery Bailly. Pour lui,  la démarche cartésienne que nous impose la problématique de cette interrogation, nous invite à revisiter l’histoire d’Alain Tourain qui a écrit à propos des Chiliens en disant ceci : « Ecrasés par l’histoire, ils ont perdu la mémoire » Nous ne devons pas perdre la mémoire. Gardons le souvenir de ce que nous avons fait de beau, de bon et de bien. Tout ce qu’on fait sera reconnu tôt ou tard. Le passé, nul ne peut l’effacer. Le passé de chacun parle pour lui et le fait entrer ou non dans la mémoire collective. Mais ce passé est toujours complexe car chacun joue plusieurs rôles sociaux et les itinéraires ne sont pas toujours rectilignes. On peut regarder un monument, une histoire à partir de plusieurs lieux. Chacun et chacune de vous connait Simone Gbagbo, sous différents rapports. Mais vous voulez que j’ajoute ma part de lumière afin que le personnage soit mieux éclairé encore. Quoique mes souvenirs ne soient pas aussi précis que je le souhaiterais, ma mémoire peut être utile. Pour se faire, elle doit être fidèle et objective. Je parle de ma mémoire parce qu’il s’agit de témoigner. J’égrènerai d’abord quelques souvenirs. C’est sans doute à cause de ceux-ci, publier dans Porteur d’espoir, mon dernier livre, que j’ai été sollicité pour intervenir dans le cadre de cette cérémonie. Selon l’universitaire, cette question à laquelle il est appelé à répondre et qui parait  banale, est au cœur de notre actualité écartelée entre le désir de réconciliation et tentation de vengeance. Enfin, dit-il, j’évoquerai quelques valeurs  que Simone Gbagbo a incarnées à un moment de notre histoire et dont la pertinence n’échappe à personne. L’Attougblan dit : « l’éléphant pose le pas, la biche pose le pas ». Pour moi, elle est le tambour biche qui doit à la fois se distinguer du tambour éléphant et composer avec lui…Je peux  débuter par les souvenirs du Lycée Classique d’Abidjan et de la Jeunesse Etudiante Catholique (JEC) dont Simone a eu à diriger la section féminine. Vérité, Justice, Partage, telles sont les valeurs que la JEC, nous a enseignés, elle qui nous demandait de voir, juger et agir. Au sujet de la JEC, j’ai écrit : « Elle a travaillé à faire acquérir à ses membres le sens de l’engagement et de l’organisation, l’aptitude à l’encadrement des congénères. Cette capacité de leadership, comme on dirait aujourd’hui, inclut la gestion des hommes et les contradictions qui peuvent les opposer, celle du temps et au total donc de l’harmonie et de l’efficacité » (Porteur d’espoir, p.124). Je peux ensuite évoquer le SYNARES. Membre du bureau du premier congrès ordinaire de 1981 et du BCA qui en a résulté, tous deux présidés par Sangaré Aboudrahamane, je suis bien placé pour savoir combien le rôle de Simone Gbagbo a été décisif dans la survie du syndicat pendant la crise de 8283. Il en va de même pour la Lidho. Membre fondateur comme elle, je sais comment elle a participé à la naissance de cette première structure ivoirienne de défense des droits de l’homme.
N’étant pas publiée, peu de personnes ont lu sa Thèse de doctorat. Elle porte sur le thème « Le langage tambouriné chez les Abouré ». C’est une contribution importante à la connaissance du passé mais aussi des exigences du progrès de la société. En tant qu’étudiante, elle avait déjà pris une part active dans la bataille pour l’africanisation des programmes de notre université. Chaque organisation est une école. Elle enseigne diverses valeurs et chacun retient ce qui lui parait important et utile. Nous avons fréquenté la même école de la vie, nous sommes des produits du même temps. Nous pouvons donc témoigner les uns pour les autres. Poursuivant son témoignage sur l’ex première dame, le professeur Sery Bailly fait remarquer que : « On médite avec le silence mais on réconcilie avec la parole de retenue et d’apaisement. Il vaut mieux parler et se parler ! Le langage tambouriné dit « la langue, si tu ne sais pas la posséder, elle brise ton clan, la langue si tu sais la posséder, elle conserve ton clan ». La  nation est représentée ici par le clan. A en croire le compagnon de lutte de Simone Gbagbo, parler d’elle au moment où elle est en prison , serait la considérer comme innocente dans l’absolu et provoquer le courroux d’une partie des victimes de la crise ivoirienne, comme si sa vie à elle ne montre pas en quoi elle aussi a été victime dans notre histoire nationale. Ne pas non plus parler serait la condamner d’avance en violation du principe de la présomption d’innocence ou s’autocensurer par lâcheté…Nous pouvons nous diaboliser mutuellement. Mais la conséquence, c’est que si nos concitoyens sont des monstres, nous sortons de l’histoire et entrons dans l’ordre de la nature… Avant de dire ce que représente la biche parmi les éléphants, puisqu’elle n’a pas vocation à décorer l’Attougblan, voyons comment elle a été diabolisée et réhabilitée par ses geôliers. Voici ce que nous avons appris sur Simone Gbagbo. « Deux semaines après qu’elle eut été coiffée, après qu’on eut retiré de sa tête les fils qui n’étaient en réalité que des nerfs humains, elle a été libérée. Il y a une transformation radicale si bien qu’aujourd’hui, nous qui étions l’incarnation du diable sommes devenus fréquentables » L’intelligent d’Abidjan ; Et le journal Nord-Sud du 5 janvier 2012 d’ajouter « …Elle est devenue plus humaniste…Ce n’est pas la Simone que nous connaissions » Il nous apprend qu’elle parle malinké, porte au dos le bébé du gardien, et alpha bétiserait même la femme de ce dernier. Dit de cette façon, c’est comme si c’est à Odienné qu’elle a appris le malinké et le sens du partage. Même si c’était pour tromper son ennui, ces faits ne renvoient pas à une abdication. Entre l’ « ogresse » sorcière et la femme humaniste, qu’elle est l’authentique Simone Gbagbo ? Ici, le professeur Sery Bailly a préféré retenir que deux dimensions de la biche, la promotion de l’identité et celle de la liberté. L’enseignant sery Bailly affirme que : « Elle a fait la promotion de l’identité et grâce à sa maitrise des langues ivoiriennes, elle a donné une impulsion à la tradition orale. Et son double refus « césairien » de la dissolution dans l’universel et de l’enfermement dans le particulier. Simone Gbagbo, dit le professeur, a fait également la promotion de la liberté en tant que point d’encrage dans les moments de turbulences, par son courage face à ce que  Pascal Kokora appelle le « TOUT Houphouët » et Ousmane Dembélé « L’Etat Houphouet Boigny » Elle est au nombre de ceux qui ont porté la grossesse de la démocratie dans notre pays. Pour tout dire, elle est la digne héritière d’Amangoua Botodjra. Le procès en nationalisme qui lui est fait est un débat qui se poursuivra tant que l’universel sera l’alibi des forts pour faire taire l’Attougblan. Naître Abouré et épouser la Côte d’Ivoire et l’Afrique, élever ses enfants et faire grandir la nation, faire la cuisine et faire l’histoire, voilà les défis que Simone Gbagbo a relevés… Elle sait d’où elle vient, elle sait où elle va. La biche sait évoluer dans les ronces, pourvu que, devenant tous des « fendeurs de brousse », nous arrivions tous à une clairière inédite et fertile, c'està-dire la Côte d’Ivoire nouvelle… Voilà l’histoire de Simone Gbagbo telle qu’éclairée par le professeur Sery Bailly.

PIERRE KALOU

Source: Aujourd’hui / N°836
 




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