Devoir de mémoire: Le 18 février 1992 Ouattara avait avait imposé un black-out total à la RTI sur la marche du FPI. Par Ben ZAHOUI-DEGBOU

Vendredi 19 Février 2016 - 08:33


Le 18 février 1992, il y a aujourd’hui vingt-quatre ans, en l’absence du président HOUPHOUET en France, OUATTARA avait mis en place un vrai plan commun pour bruler la Côte d’Ivoire, en éliminant physiquement Laurent GBAGBO, leader charismatique du Front Populaire Ivoirien (FPI). Entre autres dispositions, il avait donné des instructions fermes à la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI), à travers Auguste MIREMONT, Ministre de la Communication d’alors, pour un black-out total sur la marche du 18 février 1992, organisée par les partis d’opposition notamment le FPI.

Pour cet homme dont les mains sont tachées de sang et qui est malheureusement aujourd’hui à la tête de la Côte d’Ivoire, il ne devait avoir aucune image sur la marche du FPI. Cette manifestation majeure, constituait pourtant l’une des matérialisations concrètes, sur le terrain, des libertés individuelles et collectives dans une démocratie naissante, comme celle qu’avait retrouvée la côte d’Ivoire en 1990. Justement, la manifestation du FPI faisait suite à une descente musclée des militaires à la cité universitaire de Yopougon où, il y avait eu des viols et des morts. Elle devait faire normalement, l’objet d’une couverture médiatique de la part de la RTI, organe de l’Etat de Côte d’Ivoire. OUATTARA qui n’a jamais été démocrate avait imposé un black-out total à la maison bleue.

En ma qualité de Chef de la Rédaction de TV2, deuxième Chaîne publique ivoirienne, j’avais demandé au service des reportages dirigé par Zéguedoua N’GUETA, deux volontaires courageux, un cameraman et un preneur de son. DRAME Lamine et N’dri Lambert, s’étaient portés volontaires pour m’accompagner couvrir cette marche du FPI, une aventure périlleuse, ceci contre la volonté de ma hiérarchie qui ignorait mon appui. En effet, le président HOUPHOUËT m’avait mis en mission. Sans entrer dans les détails qui seront l’objet de mon prochain livre, j’avais été totalement briffé, sur ce qui allait se passer, ce jour du 18 février 1992, par un agent de la présidence en vie, sur instruction du « Vieux » « depuis l’Hexagone.

Une fois au Plateau où les marcheurs devaient arriver, mes compagnons qui ne comprenaient pas ma démarche et moi, nous nous sommes directement rendus au palais de justice pour attendre. Laurent GBAGBO qui savait qu’il courait un réel danger et ses amis marcheurs, étaient encore à la mairie d’Adjamé. Des Loubards commis à la tâche par OUATTARA, avec des sachets d’essence, sous nos yeux, mettaient le feu aux véhicules stationnés dans le parking du palais de la justice. DRAME et N’DRI, mes deux compagnons de fortune, ne comprenaient absolument rien. Très courageux, ils avaient quand même réussi à filmer tout ce qui s’était passé au Plateau, ce jour du 18 février 1992.

Le feu devait tout détruire et créer un grand cafouillage devant le palais de justice où des membres de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) allaient être jugés. A cet endroit, justement, des dizaines de voitures avaient été brulées. Les casses des Loubars de service dans les rues du Plateau, dans le parking du sous-sol de la Banque Africaine de Développement (BAD), la voiture de commandement de Laurent GBAGBO et ceux qui y avaient mis le feu, l’immeuble où il s’était mis à l’abri, et sa sortie avec les gendarmes, tout avait été filmé (ces images existent. Elles sont sécurisées quelque part, dans la patrie de Kwame NKRUMAH, mon pays adoptif).

Il faut signaler à ce niveau que DRAME et N’DRI qui ne faisaient que leur travail, sans arrière-pensée, avaient été violemment pris à partie par un groupe de commandos gendarmes. Ils avaient confisqué la camera et le magnétoscope, leurs outils de travail.

Après de longues discussions avec leur chef, à qui je me suis ouvert par obligation, mes deux compagnons avaient pu terminer de prendre les images. Les gendarmes qui avaient sauvé et protégé Laurent Gbagbo savaient les raisons de ma présence en ces lieux. Le même jour, vers 22 heures, j’avais fait parvenir au président HOUPHOUET des copies VHS du gros montage de OUATTARA sur les prétendues casses de Laurent GBAGBO et des militants du FPI.

Auguste MIREMONT, Ministre de la Communication, Sy SAVANE, Directeur Général de la RTI, Serges Pacôme AOULOU (paix à son âme), Directeur de TV2, avaient certainement compris par la suite pourquoi j’avais passé outre leurs instructions et par ricochet celle de OUATTARA. Depuis Paris, le « Vieux » avait demandé que mon reportage sur la marche du 18 février soit diffusé sur les deux chaînes de la RTI. A leur corps défendant, mes images avaient été récupérées par ceux qui ne voulaient pas que la marche soit couverte. La RTI, première Chaîne, en avait fait un autre évènement avec des commentaires invraisemblables, venus tout droit du cabinet du Premier des ministres du président HOUPHOUET.

J’ai failli être renvoyé de la RTI par ce Monsieur qui, à cette époque voulait carrément fermer TV2. Il ne le pouvait, parce que le « Vieux » s’y était fermement opposé. Tous les anciens de la Chaîne en mouvement, sont au courent de cette affaire, mais, naturellement, tout ce que j’ai écrit dans ces lignes ne les engagent nullement. Beaucoup d’entre eux sont devenus les « nouveaux amis » de OUATTARA que nous avons crânement combattu, hier, ensemble. Ils se connaissent et sont en ce moment pour certains, à des postes de responsabilité à la RTI, et pour d’autre, dans des ministères et à la présidence.

En conclusion, je suis formel, ce jour du 18 février 1992, OUATTARA avait mis en place un plan commun, pour parler comme son amie Fatou BENSOUDA, il voulait éliminer physiquement Laurent GBAGBO. Il avait été sauvé de justesse par les gendarmes d’AGBAN. Beaucoup de témoins de cet assassinat déjoué, du célèbre prisonnier de la HAYE qui a dû faire six mois à la MACA à l’époque pour rien, vivent encore.

Le « Vieux » qui était au soir de sa vie, ne voulait pas que la Côte D’Ivoire brûle. Dans ce sens, il avait pris des dispositions utiles. Après sa disparition, Alassane DRAMANE OUATTARA a continué l’exécution de son plan commun pour se retrouver aujourd’hui à la tête de la Côte d’Ivoire après avoir tué des milliers d’Ivoiriens. Nul doute qu’il sera forcément jugé un jour, de son vivant ou après sa mort.

 

Ben ZAHOUI-DEGBOU

Géographe, Journaliste Spécialiste de Géopolitique et de

Médiation Institutionnelle. Directeur Fondateur de L’AGENCE GLOUZILET

Ancien Directeur de RTI/TV2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





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