Détention arbitraire du rastaman Jah Prince à la Maca: Sa conjointe dénonce le mutisme des autorités ivoiriennes et françaises

Vendredi 13 Septembre 2013 - 06:37


Jah Prince, arbitrairement détenu à la MACA
Jah Prince, arbitrairement détenu à la MACA
Il était rentré en Côte d’Ivoire, en provenance de France où il réside, dans le but de faire  la promotion de son nouveau disque «Prisonniers de Babylone»  avec le tournage d’un clip de soutien. Le reggaeman binational (français et ivoirien) Jah Prince, de son vrai nom Prince Saint Florent Serry, leader du groupe The Prophets, a été arrêté le 21 novembre 2012  «pour consommation de cannabis», à son domicile de Yopougon-Niangon-Lokoua, à Abidjan. La procédure à l’issue de laquelle il est détenu depuis le 28 du même mois, à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), a été menée sans mandat d'arrêt ni mandat de perquisition.

Elle réclame justice et indemnisation

Selon Lucille Masson, conjointe du reggaeman prisonnier du pouvoir Ouattara, par ailleurs présidente de l’Association Jahps qui lutte pour sa libération, c’est effectivement ce  mercredi 21 novembre 2012 que des éléments du Commandant Binaté Aboudramane, ont fait irruption à son domicile sans mandat d’arrêt ni de perquisition. «Ils ont bousculé et frappé M. Prince Serry, avant de l’emmener de force jusqu’à «la Centrale» où il a été gardé cinq jours, bien plus des 48 h prévues dans le code pénal interna - tional» , témoigne-t-elle, dans un courrier, adressé aux autorités ivoiriennes et françaises, en date du 5 février 2013. La Française ajoute que le 23 juin 2011, des agents de la douane ivoirienne, sous la responsabilité du commandant Bouaket Touré, chef de bureau, et de M. Kouassi Kouamé Michel, chef de section vente aux enchères publiques, ont dépossédé totalement Jah Prince, sociétaire de la Sacem enregistré sous le n°44 02 33 010, de son matériel et de la production de CD de son œuvre musicale protégée par sa maison. «Cela s’apparente à du vol et à du piratage par des représentants de l’Etat de Côte d’Ivoire» , estime-t-elle. Dans le même courrier, Lucille Masson mentionne qu’avant son arrestation, Jah Prince qui a déjà injustement purgé plus de 10 mois de sa peine avait adressé une lettre ouverte par voie de presse, au chef de l’Etat ivoirien. Dans la correspondance, il demandait au nouveau gouvernement en place de lui restituer son matériel ou de le dédommager de «l’injustice que les douaniers lui ont faite, ainsi que la corruption et les malversations générales des agents de l’Etat ivoirien» . La lettre est demeurée sans suite, s’indigne la Française qui ne démord pas. «Aujourd’hui, nous sommes face à une situation urgente où un artiste binational, français et ivoirien à part entière, est arrêté et détenu illégalement. Et, malgré les conversations téléphoniques entre la famille de M. Serry, à Paris, et le Consulat de France en Côte d’ivoire, Mme Véronique Jolyot, Consule adjointe et responsable du service des affaires sociales ne s’est pas encore déplacée pour s’entretenir avec M. Serry lors de ses visites mensuelles aux détenus français. M. Prince Serry souhaite être indemnisé et libéré. Aujourd’hui, Jah Prince espère que les dirigeants de la République de Côte d’Ivoire lui rendent justice en restituant ce qui lui appartient ou en l’indemnisant. Il attend donc dans sa cellule, une réponse claire des gouvernements français et ivoirien» .

Une pétition en faveur de Jah Prince

«Je viens m'adresser à vous en tant que membre du comité de soutien à Jah prince et en tant que sa conjointe. Par ailleurs, l'ONG Freemuse défend Jah Prince au niveau des administrations étatiques. Ainsi une lettre a été envoyée au président français, François Hollande, et au ministre des Affaires Etrangères Laurent Fabius, à Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l’Etranger,  Alain Sterbik, consul de France, Son Excellence Georges Serre, ambassadeur de France en Côte d'Ivoire, ainsi qu’aux autorités ivoiriennes, pour qu'au moins les procédures de justice soient respectées. Et que soit libéré le musicien Jah Prince» , martèle la Française avec qui Jah Prince a deux enfants dont Tom Prince (5 ans) et Jaynan (23 mois), et qui a régulièrement résidé à Yopougon pendant la période allant du 7 avril 2010 au 28 juillet 2012. La conjointe du reggaeman rentrée à Paris avec les enfants depuis juillet 2012 signale, en outre, qu'une pétition en faveur de l’artiste est ouverte en ligne sur Change.org, tout en  recherchant le nom Jah prince pour y arriver. Comme l’indique Lucille Masson, c’est en avril 2010, juste avant la guerre pos - télectorale ivoirienne qui a renversé Laurent Gbagbo et a précipité l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, qu’elle rentre à Abidjan avec son conjoint. Le couple y a débarqué avec un container de matériel de musique et 3000 Cd de l’album «Prisonniers de Babylone ». L’objectif premier était de faire la promotion du disque et d’investir sur le territoire ivoirien, sur conseil, précise Lucille Masson, de Mme Khady Diallo de l’ambassade de Côte d’Ivoire en France. Ce matériel a été convoyé par bateau, du port du Havre à Abidjan. Il se compose en tout de 3 véhicules et de matériel de musique (instruments, pièces d’éclairage et de sonorisation.) Le tout, pour une valeur de 300 000 euros. Soit environ la somme de 200 millions Fcfa. Le premier procès  de Jah Prince  a eu lieu le 5 décembre. Le leader du groupe The Prophets  qui a fêté ses 50 ans en prison, le 14 février dernier, a été jugé et condamné par le parquet de Yopougon-Abidjan à une peine d’un an de prison ferme, assortie de 5 ans d'interdiction de séjour sur le territoire national ivoirien «pour consommation de cannabis». Jah Prince qui a déjà purgé plus de la moitié de sa peine, a interjeté appel. Mais depuis le report de son procès, le  mercredi 10 juillet 2013, l’inquiétude va grandissante chez sa conjointe Lucille Masson, prési - dente de l’Association Jahps qui lutte pour la libération l'artiste, selon elle, il - légalement détenu et pour tous les au - tres prisonniers, qu'ils soient politiques ou de droit commun, sous le régime Ouattara. Auteur-compositeur-interprète, Jah Prince s'est exprimé, en décembre et janvier 2011 dans la presse et à la radio ivoirienne. En effet, dans le quotidien gouvernemental Fraternité Matin, le reggaeman soutenait : «Je suis venu demander aux politiciens de s’effacer et de laisser le peuple travailler. Il faut, pour cela, désarmer les consciences violentes, repartir sur de nouvelles bases et éviter de brûler le pays» . Même message de l’artiste, dans le quotidien Le Temps. Deux chansons de son album ont été, en outre, diffusées à la RTI.  Jah Prince a de nouveau appelé à la paix. Quelques semaines après, en juin 2011, au port d'Abidjan, son container contenant du matériel de musique et 3000 CD de son album «Prisonniers de Babylone» a été vendu aux enchères. «Et pourtant, il a été déclaré comme effets personnels» , dénonce Lucille Masson.

Le parcours du combattant

Après plusieurs années durant lesquelles il compose ses chansons et arrange le son de certains groupes et artistes, ses fans lui demandent de réaliser son propre support afin de faire mieux connaître son talent. Il décide alors de réaliser son premier album, au milieu des années 90,  sous le titre, «First Mystic Revelation in the Roots». Mais ses chansons ne seront jamais entendues, le point d’enregistrement qui l’accueillait, le Studio Akwaba, étant littéralement parti en fumée avec sa maquette dont il n’avait aucune copie. «Prisonniers de Babylone» , une production personnelle, est donc en quelque sorte son second album enregistré dans l’un des meilleurs studios parisiens Kos and Ko. Il est sorti dans les bacs, depuis août 2003. Après maintes années de tribulation, c’est un album de grande maturité que Jah Prince offre au public. La qualité du son et les sujets traités incitent au respect. L’œuvre est, en effet, très représentative du rythm & folk africain de par son groove, dans un beat up-tempo suffisamment syncopé. La musique de Prince Serry navigue entre la soul des jazzmen et le balancement expressif et langoureux du reggae. En somme, sa musique est progressive  et fusionne différents styles : ska, blues, soul, rock steady, afro beat… Jah Prince a choisi le Reggae, pour libérer ses messages de paix et d’amour qui lui coûtent sans doute aujourd’hui le courroux de certains extrémistes. Malgré les appels de Freemuse et de l’Association Jahps, le gouvernement ivoirien reste insensible. Et le reggae - man reste prisonnier, après que le pou - voir lui a tout arraché. «Je vis entre les deux continents, l’Europe et l’Afrique. Il faut dire que pour tout artiste, il y a un champ de bataille qui prend du temps. C’est tout un parcours et c’est en fonction de ça que l’artiste arrive à s’affirmer. Donc si pour certains, je suis underground, semi- pro pour d’autres, je suis avant tout un professionnel», déclarait un jour à la
presse le guitariste qui a successivement participé à des concours d’orchestre et concerts en Côte d’Ivoire, tels que  Podium 91 de la RTI, Tambo 93, Cocody Rock Star 94, Rockin’ Malbhoro 95 avec Tiken Jah Fakoly, Bassam Plage (97) et Mémorial Bob Marley(98).

Le Prince de Niazarako

Prince Serge Saint Florent Serry est né dans la sous-préfecture de Niambéza - ria, région de Lakota. Son père, chef coutumier de Niazaroko du pays dida, le baptiste Prince, le désignant ainsi comme son successeur. Il arrive en France à l’âge de 12 ans, où il poursuit l’école avec brio. Alors qu’il se destine à des études d’architecture, Jah Prince décide de tout plaquer pour se consacrer entièrement à la musique. A 21 ans, il retourne sur sa terre natale pour y étudier les rythmes africains. C’est le «Back to Zion, Motherland Africa» pour Jah Prince qui a fait ses premiers pas dans la musique, en 1977, mais monté son premier groupe «Cen - ter of fire» après la disparition brutale, en 1981, de Bob Marley, le Pap du reg - gae, le rastaman en qui l’Ivoirien se reconnaît.

Schadé Adédé

schadeci@yahoo.fr

Notre voie / N°4517 du jeudi 12 septembre 2013




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