Des naturalisations en catimini ?

Vendredi 12 Avril 2013 - 07:54


Des naturalisations en catimini ?
Il n’y pas très longtemps, j’ai suggéré que les naturalisations dans notre pays épousent la forme américaine de manière que tout le monde, à la télévision et à la radio, connaisse ces nouveaux Ivoiriens qui ont solennellement renoncé à leur nationalité d’origine et adopté la nôtre.

Il semble que ce message n’ait pas été entendu puisqu’il nous revient que c’est par milliers que de nouveaux Ivoiriens sont fabriqués tous les jours par le jeu d’une simple signature d’un document administratif. A l’allure où vont les choses et si nous n’y prenons garde, dans une dizaine d’années, les Ivoiriens, vrais propriétaires de ce pays seront devenus la minorité, tandis que ceux qu’on naturalise à tour de bras seront devenus l’immense majorité. Et plus jamais un Ivoirien d’origine n’osera prétendre occuper la magistrature suprême de ce pays parce que tout simplement ceux qui détiennent la majorité en auront décidé autrement en sachant bien qu’ils ont acquis cette majorité à coup de documents administratif et non par le droit que donne la naissance. Surtout que déjà, à bien des égards et en observant les postes tels qu’ils sont occupés, nous ne pouvons pas ne pas penser à «la couronne aux enchères » d’Amon d’Abry, la fortune, pas toujours bien acquise, donnant tous les droits à ceux qui la possèdent, sur ceux qui pensent naïvement que l’occupation de la terre par le premier occupant suffit à leur garantir la possession de leur pays et de leurs terres. Encore une fois, il est bon de rappeler que la naturalisation est un sujet trop sensible et trop sérieux pour qu’on l’abandonne à quelques individus qui agiraient suivant leur humeur et leur inclinaison. Or ce n’est pas se vanter que de dire que la nationalité ivoirienne est particulièrement prisée et qu’ils se bousculent au 
portillon  ceux qui veulent avoir le fameux sésame. En outre, cette naturalisation donne lieu à trop de suspicion pour qu’on fasse comme s’il ne se passe rien et qu’on peut continuer comme d’habitude. Certains n’hésitent pas à dire que ces naturalisations sont faites aujourd’hui dans un but strictement électoral, le nouvel Ivoirien ne pouvant manifester sa reconnaissance qu’à l’endroit de celui qui lui a si facilement offert cette nationalité.

Pareil calcul serait à mon sens une grosse et grossière erreur car les Ivoiriens se connaissent et nous risquons d’assister à des rixes lors des votes, lorsque des visages inconnus viendront se mettre dans le rang pour accomplir leur devoir ( ?) civique. Afin que ces doutes et ces suspicions n’aient plus cours, il est plus que souhaitable que nous fassions d’autres expériences qui ont le mérite de la clarté et d’éliminer les octrois de nationalité par complaisance comme cela se faisait dans un lointain passé en matière de football. On n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau disait l’autre et on ne doit pas user de textes et de manœuvres opaques pour faire croire ensuite que tout a été fait dans la transparence et la clarté. Qu’on nous rassure donc en rendant les opérations de naturalisation bien compréhensibles pour tous de manière à ce qu’aucune trace de soupçon ne subsiste quant à la clarté de ce qui est entrepris et réalisé. Refuser d’instaurer une véritable transparence et un éclairage vrai donnerait à penser qu’on a quelque chose à cacher et qu’on poursuit la naturalisation massive et difficilement contrôlable à des fins non avouées et difficilement avouables. « La Côte-d’Ivoire appartient à toute l’Afrique » disait quelqu’un à la fin des années 1990 sur une radio du monde. Que cela est pathétique : le Liberia est aux Libériens, le Mali aux Maliens, le Burkina Faso aux Burkinabés, le Bénin aux Béninois, le Togo au Togolais…mais la seule Côte-d’Ivoire est celle qui appartient à toute l’Afrique et où chacun peut se faire établir la nationalité sans problème majeur puisqu’il est chez lui. Ceux qui sont tentés par la constitution d’un bétail électoral doivent dès maintenant se raviser car ils ajouteraient une autre guerre à celle à laquelle nous n’arrivons pas à mettre fin depuis plus de deux ans. Ne pas tenir compte des remarques ci-dessus serait suicidaire car je ne pense qu’un autre Henri Konan BEDIE, taisant son ego et ne tenant compte que de l’intérêt supérieur de la nation, accepterait de passer de la première place à la troisième, se faisant voler près de 600 000 voix pour que celui qui est réellement arrivé en troisième position occupe la première.

Ne faisons donc rien pour mettre ce pays davantage en lambeaux quand on sait que déjà, de nombreux crimes restent sans jugement alors qu’on en connait les auteurs. Heureusement que les crimes de sang sont imprescriptibles ! Pour en revenir à la naturalisation, la situation particulièrement tendue que nous vivons en ce moment ne permet pas qu’on joue avec le feu ! On risque non seulement de se brûler les doigts, mais surtout de se brûler soi-même avec toute la maison. Ceux qui se livrent à des naturalisations à la tire larigot sans retenue aucune doivent mettre un bémol à leur actions qui, si elle est avérée, donnerait à la Côte-d’Ivoire la position de quelqu’un qui est assis sur une poudrière ! 

Maximus Léo




Publié le jeudi 11 avril 2013  |  Boigny Express




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