Des extraits des grandes révélations du Pr Gbagbo sur le complot de la France contre son régime- A Lire l'intégralité dans son nouveau livre

En exclusivité pour ses lecteurs, PoliticoMag publie quelques bonnes feuilles du livre-événement "Pour la vérité et la justice" co-signé par l'ex-président Laurent Gbagbo et le journaliste français François Mattei.

Vendredi 20 Juin 2014 - 09:22


Dans ces derniers extraits du livre, l'ancien chef d'Etat aborde tour à tour l'accueil glacial que lui a réservé la France dès son accession au pouvoir, le coup d'Etat de du 19 septembre 2002 et les motivations des parrains de la rébellion. Enfin, il fait pénétrer le lecteur au coeur de ce qui apparait encore aujourd'hui comme la plus vaste opération de déstabilisation des institutions d'un Etat souverain : les accords de Linas-Marcoussis et la conférence de Kléber en janvier 2003 à Paris.
Comme le rappelle l'éditeur en ouverture de l'ouvrage (320 pages, 33 chapitres), le texte en gras est celui de Laurent Gbagbo.

Chapitre 7 - « Qu'on s'occupe de vérifier les faits ! »

**(...) Les 18 et 19 septembre 2002, j’étais en voyage officiel à Rome. À peine arrivé, qui est-ce que je vois, à l’hôtel ? Robert Bourgi. Bien sûr, j’ai trouvé la coïncidence curieuse, et pour tout dire, ça ne pouvait pas en être une. Nous avons dîné ensemble.
J’ai rencontré le président de la République, puis j’ai rencontré Silvio Berlusconi, qui était à l’époque président du Conseil. On parle politique, projets: il m’a brillamment entretenu sur «l’e-gouvernement », et m’a proposé la collaboration de son pays pour l’informatisation de notre administration. Il m’a dit qu’il avait perdu beaucoup d’argent en France. Il m’a raccompagné à la voiture en me tenant le bras, et quand nous avons été seuls, qu’il a été certain que personne ne l’entendrait, il m’a dit : « Tu me plais, toi. Si je peux te donner un conseil : méfie-toi de Chirac. Il est très sympathique, comme ça, mais il poignarde dans le dos. »**

Après cela, j’ai vu le maire de Rome, et je devais voir le pape, le lendemain. Je suis rentré à l’hôtel. Vers 3 ou 4 heures du matin – il était 2 heures à Abidjan – j’ai été informé par un coup de fil de l’attaque militaire massive déclenchée dans tout le pays. Je décide de rentrer immédiatement. Robert Bourgi apparaît à ce moment et insiste : « Passe à Paris voir ton grand frère [Chirac] ». Sur le moment, j’ai pensé à tous ces chefs d’États, en Afrique, qui étaient partis en voyage, et n’avaient jamais pu rentrer... Je n’avais pas vu le pape, je ne suis pas allé à Paris, voir Chirac. Je suis rentré à Abidjan.

Il y a eu un problème avec le plan de vol, les pilotes n’ayant pas été prévenus assez tôt. Je n’ai pas pu quitter Rome le jour même. Je suis rentré le 20 septembre. Le ministre de la Défense et le Premier ministre m’attendaient à l’aéroport. Ce sont eux qui m’ont appris la mort d’Émile Boga Doudou, le ministre de l’Intérieur assassiné alors qu’il tentait de fuir son domicile, seul et sans arme.

J’ai fait une intervention à la télévision ivoirienne, le jour même de mon arrivée. J’ai appelé au rassemblement face au coup d’État. J’ai rappelé nos objectifs de progrès. J’ai souligné que nous étions passés, du jour où j’avais prêté serment, le 26 octobre 2000, d’un taux de croissance négatif à moins 2,3 % à moins 0,9 % à la fin de 2001, et que nous allions vers les 5 à 6 %, selon les prévisions des experts. Notre place dans les institutions internationales était rétablie. Il n’était pas question que l’on vienne nous voler le fruit de nos efforts, et que l’on remette en cause l’avenir du pays pour le seul bénéfice de quelques-uns. J’ai évidemment condamné l’action des putschistes.

Chirac m’a téléphoné pour me reprocher d’avoir été trop dur dans mes propos : « Tu les as traités de terroristes ! » « Mais enfin, lui ai-je dit, si vous vous réveillez et qu’on vous dit que des rebelles viennent d’attaquer la capitale, qu’est-ce que vous dites ? » Il m’a dit : « Il faut négocier avec eux. » Je me doutais que les rebelles avaient été entraînés au camp de Pô, au Burkina. Des bruits avaient couru. Mais, le jour où j’en avais parlé à Villepin, quelque temps avant le coup d’État, il m’avait répondu : « Blaise [Compaoré, le président du Burkina Faso] ne ferait pas ça ! »
Le coup a échoué, laissant des centaines de morts sur le terrain. Les rebelles ont occupé plus de la moitié du pays. La France a envoyé une force d’interposition, et instauré une «zone de confiance ». J’ai décrété une amnistie générale, c’était un message de paix.


Dominique Galouzeau, plus connu sous le nom de Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères de Chirac, met en place la Table Ronde de Linas-Marcoussis, en France, en janvier 2003. Une conférence qui se présente comme une initiative française pour rétablir la paix, réussir le désarmement, et organiser la cohabitation avec les rebelles. Je n’y suis pas invité, c’est-à-dire que l’État ivoirien n’est pas convié à une discussion sur l’avenir de la Côte d’Ivoire! Je ne suis convoqué qu’à la réunion de l’avenue Kléber, qui doit suivre, où doivent être signés les accords. Je ne participe pas, je n’ai pas mon mot à dire, mais on me demande de venir signer... C’est la grande affaire de Galouzeau de Villepin, qui m’a toujours paru si sûr de lui! Autour de la table, il y avait tous les partis politiques ivoiriens, dont certains, issus de la rébellion, ont été ainsi reconnus par les Autorités françaises comme des interlocuteurs valables, placés sur le même plan que les partis parlementaires et démocratiques. Entre les trois partis rebelles, et ceux de l’opposition, qui marchaient ensemble, les partis du pouvoir gouvernemental se sont trouvés, d’entrée, minoritaires. Au début, j’ai cru que la France voulait juguler la rébellion. Je me suis trompé.

J’ai toujours choisi de parler avec tout le monde... Pour trouver une sortie de crise, il y a eu des réunions à Lomé, au Togo, à Accra, au Ghana, à trois reprises, à Pretoria, en Afrique du Sud, à Marcoussis, en France, puis à Ouagadougou, au Burkina Faso... Sans compter toutes les réunions à Abidjan, le Forum de la réconciliation de 2001, les élections régionales que j’ai organisées en dépit des obstacles, et les rencontres informelles consacrées à la recherche de solutions pacifiques et négociées.

Je suis historien, je n’ai jamais vu dans l’histoire un « dictateur » négocier avec ses adversaires, et mieux, leur faire autant de concessions.
Dans mon propre camp, tout le monde n’a pas toujours compris que j’aille aussi loin dans le dialogue, après la guerre qu’on nous a faite en 2002. Est-ce la marque d’une dictature? Eh bien! à Marcoussis, la France m’a fabriqué une opposition armée... avec laquelle on m’a demandé de gouverner. Dominique de Villepin et Pierre Mazeaud ont même essayé de donner le ministère de l’Intérieur et celui de la Défense aux rebelles! Alors qu’ils venaient de faire un putsch militaire contre le Président élu, et tué des centaines d’Ivoiriens! Ils avaient perdu la partie et la France les a remis en selle sur le même plan que le pouvoir légitime... Villepin appelait ça « la diplomatie de mouvement », moi, j’y vois plutôt un coup d’État en gants blancs
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