Dérapage de Turin: Un résistant répond à Abel Naki

Mercredi 12 Septembre 2012 - 06:27


Abel Naki, président fondateur du Cri-Panafricain
Abel Naki, président fondateur du Cri-Panafricain
A travers les lignes du journal numérique Ivoirebusiness du 6 septembre 2012, suite à la dérive de Turin, Catherine Balineau, à travers cette lettre, tenait des propos qui contiennent pour nous, ambiguïtés et autres paradoxes. L’usage de certains paradigmes cognitifs nous invite à répondre à ces propos. Loin de voir dans cette libre expression une espèce de complaisance dont Catherine Balineau ferait preuve, nous entendons rappeler tout d’abord que contrairement à ce qui est avancé, un leader est celui qui, à travers le temps et l’espace, par les actes qu’il a posés, a, par sa conduite, fini par convaincre ceux qui l’entourent de la possibilité de porter leur voix. A travers cette confiance qui s’est établie par les circonstances, ceux-ci reconnaissent en lui la possibilité de modifier leur conduite. De telle sorte que, rarement, la somme des individus, qui est plus importante que le leader, bien que soumise à ses vues, s’oppose difficilement à ce dernier lorsqu’il lance des appels ou des mots d’ordre. L’exemple nous est donné, lorsqu’au plus fort de la crise en Côte d’ivoire, le camarade Charles Blé Goudé a lancé un appel spontanément suivi par toute la galaxie patriotique et les résistants ivoiriens. A la différence du chef, avec qui l’on est contraint de collaborer sans pour autant l’apprécier, l’on voue un culte au leader à qui l’on s’oppose difficilement. D’autre part, le courrier fait cas de la création du CNL (Conseil National de Liberation), vocable qui suppose que cette entité existe, et plus loin, le paradoxe est qu’il avance que cela était une proposition. Ce qui semble une hérésie pour nous est que selon les mots de Catherine Balineau « qu’il aurait pu consulter ses amis avant de parler par courtoisie, mais cela n’est pas une obligation ». Cela nous semble surprenant, car lorsque l’on prétend s’exprimer au nom d’un groupe, ceci nécessite d’une part un degré d’entente relativement élevé sur certaines questions avec un consensus ontologique, et d’autre part un accord épistémologique sur le sens des actions à mener. Aujourd’hui, dans ce combat que nous menons, les interactions et autres efforts mis en place concernent des entités souveraines que sont les Associations et autres partis politiques. Dans une lutte qui se mène en communion, nul ne saurait prétendre énoncer des lois de symbiose et nier l’impératif de concertation de vue qui présuppose de telles actions.
La liberté d’expression, nous en convenons, consiste à dire ce que l’on pense, principe fondamental que nul ne saurait nier. Cependant, le risque d’engager un ensemble de personnes dans une dérive verbale, peut être patent. C’est ainsi que sans avoir la prétention de découvrir la volonté des dieux à travers le vol des oiseaux, nous présumons qu’il existe un lien de causalité entre cette dérive de Turin et les titres de certains journaux , pour ne pas parler du quotidien « La Matinale » qui, après cette déclaration, mettait à sa Une des photos de certains acteurs de la résistance patriotique en France , avec en titre « les ennemis de la démocratie ». Cela devient, contrairement à ce que prétend Catherine Balineau, une obligation, quand de tels propos peuvent mettre en danger, non seulement la vie de certaines personnes sous ce régime ethno-fasciste de Dramane Ouattara, et surtout briser l’élan de la résistance, qui s’inscrirait ainsi dans une posture de clandestinité, par la lutte armée.

De Gédéon à Turin


Fidèle au principe qui veut que nous pensions par les mots, la notion même de résistance ne peut être comprise que par rapport à une entité, comme ce qui s’oppose à un ordre, injuste, à une force qui nous contraint et nous opprime de diverses façons contre notre volonté. Quant au concept de libération, il pourrait sous-entendre de donner à la lutte une posture autre que légitime et prôner l’emploi de tous les moyens nécessaires, qu’ils soient légaux ou pas, pour arriver à ses fins. En d’autres temps, l’Organisation de Liberation de la Palestine de Yasser Arafat, le Front de Liberation Nationale en Algérie, et le Mouvement Populaire pour la Liberation de l’Angola d’Agostino Neto, ont illustré avec des fortunes diverses la lutte armée. Sans nier l’apport des autres capitales dans la résistance, l’essor de la résistance ivoirienne a fait de Paris un véritable épicentre quant à la lutte que nous menons. Cette dérive pourrait contraindre les autorités françaises et autres pouvoirs publics à interdire ces Associations qui se détourneraient de leurs fins initiales. Tout récemment, nous avons ouïe dire que le préfet de Police de PARIS aurait convoqué un certain nombre de responsables de mouvements afin de s’entretenir avec eux. Sans présumer de l’objet de cette convocation, nous parions que cela s’inscrit dans la suite de cette déclaration faite certes à Turin, mais dont les Associations sont domiciliées en France. Rappelons qu’en sa qualité de représentant du Ministère de l’intérieur, le préfet qui a entre autres pouvoirs celui de veiller au maintien de l’ordre public, dispose en tant que puissance publique d’un contrôle de légalité sur les actes posés par les personnes qu’elles soient physiques ou morales. En cette période, où un véritable imbroglio juridico-diplomatique bat son plein au Ghana s’agissant du Porte-Parole du Président Laurent Gbagbo, le Ministre Justin Koné Katina, d’autres procédures d’extradition ne pourraient-elles pas voir le jour suite à cette déclaration d’Abel Naki? La France, qui lutte contre les mouvements indépendantistes qu’ils soient basques, bretons, corses, ou kanaks, mouvements dont les membres sont pourchassés, peut-elle accepter d’héberger sur son sol une mouvance qui prendrait des allures de lutte armée ? Ce métabolisme, aurait pour conséquence de discréditer la résistance, qui s’est depuis les premières heures inscrite dans une posture de légalité et de transparence s’agissant des actions menées. En son temps, en sa qualité de démocrate, le Président Laurent Gbagbo, après son élection à la magistrature suprême, a décidé de ne plus abriter les membres de l’UNITA de Jonas Savimbi, dont Abidjan hébergeait certains responsables depuis le Président Houphouët Boigny, jusqu’au Général Guehi. Une telle déclaration, lourde de conséquences à n’en point douter, devrait-elle se faire en public, dont l’on ne connaît ni la position des différents participants, ni l’écho que cette déclaration pourrait avoir. Aussi, cette sortie du camarade Abel Naki, viendrait-elle corroborer l’accusation de déstabilisation portée contre sa personne par Ahmed Bakayoko le sulfureux ministre de l’intérieur de la dictature d’Alassane Dramane Ouattara, ce pourfendeur des libertés publiques, et justifier les arrestations arbitraires, aujourd’hui légion en Côte d’ivoire. Notons par ailleurs qu’une manifestation du CRI-PANAFRICAIN devant se tenir dans la ville de Mougins, manifestation qui impliquait les mouvements de résistance a essuyé un refus de la préfecture de Nice. A défaut d’être un acte administratif unilatéral, cette lettre de refus qui est, ne l’oublions pas, une correspondance adressée à titre privé, à l’association CRI-PANAFRAICAIN dont Abel Naki est le Président, s’est retrouvée dans les colonnes du journal Nord-Sud de Guillaume Soro publiée à la Une, le lendemain. Comment cela a-t-il pu se faire ? Ce qui revient à dire que de nombreuses duplicités existent au sein de la résistance patriotique parisienne. La propagande ne doit perdurer car certains, en quête de gloriole semblent vouloir fanfaronner au détriment de l’intérêt général. Tel est le cas de certains pseudo-leaders tel qu’Abel Naki, qui bien avant sa sortie hasardeuse de Turin feignait d’avoir été enlevé à Nice. Comme quoi dans une résistance, il y en a qui la déclenchent, ceux qui la font, et ceux qui entendent en tirer profit, comme c’est malheureusement souvent le cas. Gardons-nous d’obéir à la contagion affective et aux sensibleries ; car être parfois mû par l’enthousiasme du nouveau converti n’est pas un gage de clarté et de bonne foi en politique, où le non-dit a beaucoup plus de sens que ce qui est dit.
 
Nogbou Kacou A.
 
PARIS LE 11 SEPTEMBRE 2012




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