Depuis Paris/ Mr Djédjé Mady, président du Conseil régional du Haut-Sassandra, parle du développement de sa région: "Nous menons des actions de lutte contre la pauvreté".

Le professeur Alphonse Djédjé Mady, président du Conseil régional du Haut-Sassandra séjourne en France depuis quelques jours. Un séjour qu'il met à profit pour mener différentes actions dans la perspective du développement de sa région. C'est dans ce sens que s'inscrivent ses rencontres avec la diaspora issue de la région du Haut-Sassandra et certains investisseurs et hommes d'Affaires français. C'est dans ce cadre que le président de la région du Haut-Sassandra a bien voulu nous accorder une interview pour parler du développement de sa région, de ses projets et des actions qui y sont menées. Le professeur Alphonse Djédjé Mady a également répondu, sans faux fuyant, à nos questions sur la politique nationale. Interview...

CIVOX.NET
Samedi 11 Juin 2016 - 07:41


Le Professeur Alphonse Djédjé Mady
Le Professeur Alphonse Djédjé Mady


 Civox : Pourriez-vous nous présenter la région du Haut Sassandra pour ceux qui ne la connaissent pas ? 

 Alphonse Djédjé Mady : La région du Haut-Sassandra est l'espace territorial qui regroupe quatre départements : les départements de Daloa, Issia, Vavoua et Zoukougbeu. C'est une superficie d'environ 17700 km2 , la population est d'environ 1500000 habitants.Voilà en gros comment se présente la région géographiquement. 

Civox : Pourriez-vous nous parler aussi du fonctionnement et des compétences du Conseil régional du Haut-Sassandra ? 
  
 A.D.M : La mission assignée à la décentralisation qui a pour but de rapprocher l'administration des administrés relève d'une des compétences du ministère de l'interieur avec la création des mairies, hier des conseils généraux, et aujourd'hui des conseils régionaux. C'est donc une politique qui a pour but de rapprocher la gestion de ces localités, que ce soit les mairies, que ce soit les régions, des administrés. Que ceux qui gèrent ces régions soient plus proches des administrés pour savoir quels sont leurs besoins les plus actuels et les plus urgents pour qu'avec l'aide du gouvernement et les recettes propres que ces collectivités peuvent engranger, qu'ils puissent établir un programme de développement, de travail, soumis à l'autorité de tutelle, comme je l'ai dit tantôt, qui est le ministère de l'intérieur. Le ministère de l'intérieur, après avoir donc adopté ce budget que le Conseil élabore, lui permet de l'exécuter en suivant les procédures administratives avec des engagements, avec des contrats passés avec des opérateurs économiques selon les secteurs. Dans nos régions aujourd'hui, les secteurs clés qui nous préoccupent ce sont les infrastructures économiques, les problèmes de routes, les infrastructures sociales, la santé, l'école, les infrastructures économiques pures comme l'agriculture, le commerce, le transport, enfin , toutes les activités. Il y a des besoins de base qu'il faut aussi vite chercher à résoudre. C'est le problème de l'eau potable et le problème de l'électrification. Voilà donc en gros les problèmes saillants qu'on a à résoudre et qu'on traite d'une manière relativement indépendante, puisque ce sont des élus qui gèrent ces structures là, mais sous la responsabilité, sous la tutelle du ministère de l'intérieur. 

 Civox : On ne peut pas parler de Conseil régional sans parler de développement. On ne peut pas parler de développement sans parler de moyens financiers. A ce sujet, quel est le montant du budget affecté par l'Etat au Conseil régional du Haut-Sassandra ? 
  

A.D.M : Nous n'allons pas rentrer dans la guerre des chiffres, parce que ce budget peut varier. L'année dernière il a par exemple été diminunié de 33 %. Donc c'est le principe que l'Etat donne une subvention aux conseils régionaux qui ont le devoir eux-mêmes de faire des recettes propres, sur les marchés, sur les impôts, sur un certain nombre de choses. Les deux sources de revenues accumulées permettent aux conseils régionaux justement d'élaborer leur budget d'action . Mais le montant varie . Je pense qu'il est aujourd'hui dans l'ordre de 850 millions, en ce qui concerne en gros la région du Haut-Sassandra. Cette base de subvention générale est égale pour toutes les 31 régions... Voilà donc en gros ce que l'Etat dégage et qu'il met à la disposition des régions, quitte à ces régions de faire des recettes propres selon les procédures administratives pour arriver à bâtir leurs budgets. 

 Civox : Vous venez de parler de recettes propres de la région en dehors du budget alloué par l'Etat.Avez- vous une politique pour l'amélioration de ces recettes ? 

 A.D.M : Oui bien sûr. Vous ne pouvez pas être amené à faire des encaissements de fonds auprès des populations, auprès des acteurs économiques sans avoir une politique de recouvrement de ces fonds. Aujourd'hui , vous savez, le territoire quelque fois est vaste, en tout cas pour ce qui concerne le Haut-sassandra ; il faut donc trouver des jeunes qui puissent aller sur les marchés, dans les boutiques pour placer les tickets que le Conseil émet et que les commerçants doivent payer. Il faut donc multiplier le nombre de ces encaisseurs sur les marchés. Il faut leur mettre des superviseurs, parce qu'on a jamais pris suffisamment de précautions, et au dessus de ces superviseurs, il faut des coordinateurs pour qu'au niveau des quatre départements l'action soit suffisamment coordonnée. Donc cela demande des moyens de déplacement, quelques fois des moyens modernes de communication comme font les western union, pour que ceux qui sont dans les villages éloignés puissent envoyer leurs recettes au service financier de la région. C'est cette politique que nous essayons de dégager en trouvant les moyens de locomotion, d'encadrement tant sur le plan matériel que sur le plan humain, pour que les agents de collectes puissent correctement faire leur travail. 
  
 Civox : Dans le cadre de la gestion de ces recettes, n' y a t-il pas de conflit de compétences entre vous et les municipalités? 


A.D.M : Chacun a son territoire. Il ne peut donc pas y avoir de conflit de compétence. Dans la région du Haut-Sassandra, il y a 7 communes. mais la commune a un territoire bien déterminé. Et la commune travaille sur le territoire qui lui est attribué , et là où l'action de la commune n'arrive pas, c'est le Conseil Régional qui prend le relais. Donc il n'y a pas de conflit de compétences. Même sur le territoire communal il y a des compétences qui reviennent à la commune et d'autres qui reviennent au Conseil régional. Par exemple les hôpitaux, les lycées, les universités qui sont situés sur le territoire communal relèvent de la compétence du Conseil régional, parce que la maire ne s'occupe pas de l'enseignement secondaire, de l'enseignement supérieur, des hôpitaux, mais s'occupe des dispensaires, des maternité de quartiers et des écoles primaires. 

Civox : Quelles sont vos réalisations depuis que vous êtes à la tête du Conseil régional ? 
  
A.D.M : Je pense que la question est tellement vaste que nous pouvons passer toute une journée à énumérer les réalisations du Conseil régional. 
  
Civox : Vous pouvez citer quelques unes.. 

 A.D.M : Ecoutez , nous faisons le reprofilage; ce que nous ne pouvons pas faire pour le moment c'est le bitumage, parce que  nous n'avons de fonds consistant pour bitumer les rues. Mais nous faisons et l' ouverture et l'entretien des voies en terre qui doivent relier les chefs- lieux de Sous -préfecture aux départements, les lieux de production aux chefs -lieux de sous préfecture . Nous faisons cette politique du mieux qu'on peut pour que la circulation 12 mois sur 12 soit aisée pour les transporteurs pour la sortie des produits, pour la circulation dans le domaine de l'éducation, dans le domaine de la santé. Donc il y a ces infrastructures économiques, faire des routes, dont nous nous occupons dans les 4 départements. Il y a l'école, qui sans être la priorité numéro 2, mais constitue la priorité numéro 1en terme d'absorption du montant du budget. Il y a la réhabilitation de tous les établissements primaires et secondaires, il y a la construction de nouveaux établissements, de nouveaux collèges, d'établissements spécifiques à l'université Jean Lohourougnon Guédé à Daloa. Au plan de la santé c'est la même énergie qu'on essaie de développer en essayant de construire des centres de santé, ou des dispensaires ou des maternités ou les deux à la fois, en essayant d'apporter quelques soutiens aux hôpitaux qui en ont besoin, ils en ont tous besoins, mais qui ont des besoins les plus urgents. Nous essayons d'être présents et de les occuper généralement en bâtiments et en matériel de travail. Il y a l'encadrement des jeunes agriculteurs sur lequel nous devons faire beaucoup d'efforts, parce que cela suppose la mécanisation de notre agriculture, ce qui n'est pas encore aisé dans la mesure où l'acquisition des terres par toute une équipe de jeunes est un autre problème, parce qu'il n'y a pas en Afrique de terre sans propriétaire. Même les forêts vierges, on sait qu'elles s'appartiennent à un village et non à tel autre village. Et quand vous faites un regroupement d'un ensemble de jeunes, la terre de qui allez vous prendre pour faire une extension de champ qui peut aller à des dizaines d'hectares ? Donc, on a tous ces problèmes à résoudre. Il y a les relations que nous entretenons avec ceux qui font le commerce, qui sont de secteurs très importants dans la vie de chaque jour dans nos villages, dans nos quartiers. Donc dans tous les domaines, on pourrait citer les efforts que nous faisons mais qui ne sont pas encore suffisants, parce que les attentes son tellement importantes et nombreuses, qu'il faut innover dans tous les domaines avec le peu de moyens qu'on a . 


 Civox : Justement parlant des attentes des populations, pensez-vous qu'elles sont satisfaites de votre travail ? 

A.D.M : C'est elles qui vous le diront. Je ne peux pas dire, moi, qu'elles sont satisfaites. J'ai fait ce que je peux. 

 Civox : Vous avez certainement des échos sur le terrain... 


 A.D.M : Je crois qu'il faut se prémunir de l'autosatisfaction. Vous poserez cette question à ceux qui observent ce que nous faisons, ils seront les mieux placés pour dire si oui ou non ils sont satisfaits ou ne le sont pas. 

 Civox : Avez-vous des projets pour les années à venir, et quels sont ces projets ? 

 A.D.M : Tout ce que j'ai cité rentre dans le domaine des projets. Dans tous les domaines les besoins sont importants, que ce soit dans le domaine des infrastructures. Prenez seulement les routes: quand vous venez d'ouvrir une voie ou de la reprofiler, quand il y a deux ou trois fortes pluies, la voie est dégradée et il faut recommencer. C'est un perpétuel recommencement. Dans le système scolaire, quand il y a des intempéries, on vient vous voir pour vous dire que "notre école a été décoiffée par le vent", et dans ce cas il faut intervenir d'urgence parce que ces enfants doivent aller à l'école. Il y a la politique de rapprochement de l'enseignement secondaire de l'enseignement primaire, puisqu'il y a de jeunes enfants qui sont obligés de quitter leur village pour aller loin de leurs parents pour recevoir l'enseignement secondaire. Les infrastructures d'accueil au plan du logement des élèves sont aujourd'hui difficiles à trouver. Et une des premières conséquences qu'on note ce sont les grossesses à l'école. Ces jeunes filles qui vont en 5 ème, en 6 ème et en 4 ème, qui n'ont pas la famille tout près pour s'occuper de leurs besoins de tous les jours, se livrent à un certains nombres de comportements qui font que les grossesses commencent au collège. Bon, il y a donc le rapprochement des infrastructures scolaires des familles. Nous au niveau du Haut-Sassandra, le Conseil a décidé pour le moment de construire 7 établissements secondaires dans 7 villes différentes, principalement au niveau des sous préfectures. Mais l'Etat de Côte d'Ivoire a décidé lui-même de construire des collèges de proximité qui seront des collèges à base 2, c'est -à -dire composés de classe de 6ème, 5 ème etc, qui seront dans des villages centre pour que l"école soit plus proche des familles et que les parents continuent de s'occuper de leurs enfants, qui aujourd'hui arrivent trop jeunes en 6ème et qui , comme je le disais tantôt, et dont l'éloignement des parents produit des conséquences qu'on ne mesure pas. Donc dans tous ces secteurs là, les paris sont encore réels et évidents, et ce qu'on fait n'est encore qu'une goutte d'eau qu'on enlève sur cette mare en crue. Il y a donc des projets multiples en tout et pour tous les secteurs. 
  
Civox : Aujourd'hui il est vrai que la pauvreté frappe une bonne partie de la population ivoirienne. Alors , à votre niveau quelle politique menez -vous pour réduire la pauvreté dans votre région, le Haut-Sassandra? 
  

A.D.M : De toutes les façons, tout ce que je viens d'évoquer ne sont que des mesures de lutte contre la pauvreté. Quand vous ouvrez une route pour aller d'un village à un autre village, d'un village à un centre de santé, d'un village à une école, d'un village au chef lieu de Sous- préfecture ou du village au lieu de production, vers les plantations d'où il faut faire sortir les productions, c'est une lutte contre la pauvreté en tant que telle. C'est donc bien le cas quand vous construisez des infrastructures économiques, des infrastructures sociales comme l'école, que ce soit le primaire, que ce soit le secondaire, du supérieur, quand vous construisez des centres de santé, vous savez l'organisation mondiale de la santé a fixé une règle qui souhaite que chaque population soit au moins proche d'une formation sanitaire située à 5 km de son lieu d'habitation. Donc quand il faut faire ces maternités, quand il faut faire ces dispensaires et secondairement ces centres de santé urbains ou ces hôpitaux, cela participe de la lutte contre la pauvreté. Mais il y a le fait que le citoyen lui-même doit apporter sa contribution dans cette lutte: c'est dans l'encadrement de l'outil de production. En Côte d'Ivoire, Dieu merci, on a encore des zones qui sont potentiellement riches. Il faut promouvoir l'agriculture, il faut faire en sorte que les jeunes se regroupent, qu'il y ait une irrigation des zones de culture, qu'il y ait une mécanisation de ces cultures . Car, comme Houphouët Boigny l'a dit depuis fort longtemps, "si nous voulons que les jeunes restent à l'agriculture, ce n'est pas avec la machette ou la daba. Il faut mécaniser cette agriculture là, il faut apporter les produits phytosanitaires nécessaires pour que la production augmente. On essaie de faire cela, mais comme je l'ai dit tantôt, cela pose d'autres problèmes. Le premier, c'est le problème de terre: quand vous prenez des jeunes d'un même village , chaque jeune a son père qui a sa parcelle de terre. Et quand vous voulez regrouper tous ces jeunes pour les faire travailler sur une superficie de plusieurs hectares, il faut bien occuper le patrimoine de quelqu'un qui va accepter que tous les jeunes viennent travailler sur ces terres là , en étudiant les conditions dans lesquelless cela pourrait se faire. Donc on a ces problèmes à résoudre. On a les problèmes de la sédentarisation des jeunes dans les villages à régler: qu'ils aient le courage de s'adonner à l'agriculture, parce que s'ils ne sont pas décidés à le faire, vous pouvez envoyer toutes les machines, cela ne donnera rien. Donc il y a toute cette politique d'encadrement à faire pour permettre à ce que chaque citoyen prenne conscience de ce qu'il doit faire lui-même, par son travail, pour sa propre réussite, pour la réussite de sa famille. Nous ne pouvons que les encadrer, et c'est ce que nous tentons de faire. 
  
Civox : Vous parlez de politique d'encadrement. Avez -vous aussi une politique de financement des micro-projets pour ces jeunes qui sont prêts à travailler mais qui manquent de moyens de financement? 
  

A.D.M : Bien sûr! Quand on encadre, il ne s'agit pas de prendre des fils de fer pour délimiter une zone. L'encadrement c'est cela, les aider matériellement, les aider financièrement, les aider en conseils, en tout, pour qu'ils puissent y arriver. Vous voulez installer les jeunes pour labourer par exemple 10 hectares de terre, mais ils ne vont pas le faire à la machette simplement, il faut pouvoir arriver à trouver des machines qui pourront labourer cette terre pour la rendre plus productive, et c'est cela qu'il faut trouver. Il faut leur trouver les engrais, il faut leur trouver tous les produits phytosanitaires, il faut donner des subventions à ces jeunes . Mais il ne faut pas non plus leur donner l'argent dont on ne peut contrôler la gestion. Donc l'encadrement consiste aussi en l'utilisation des moyens que nous dégageons, que vous mettons à leur disposition. 

 Civox : Vous séjournez depuis quelques jours en France où réside bien sûr une diaspora issue de la région du Haut -Sassandra. Avez -vous des attentes de cette diaspora ? 
  
A.D.M : Cette diaspora qui vit en France ou ailleurs, si elle même accepte d'être appelée diaspora, c'est parce qu'elle sait qu'elle n'est pas de là où elle se trouve, mais a une origine où elle a laissé sa famille, des amis. Cette diaspora vit dans un autre pays où le degré de développement est différent du pays d'origine. 
 Le message que nous lançons c'est de vous poser la question à vous qui vivez hors de la Côte d'Ivoire: "qu'est ce que vous pouvez apporter pour aider vos parents à se trouver dans des conditions adéquates, pas pour faire à leur place, mais pour les aider à faire quelque chose qui entraine le vrai développement". Mais nous attendons par exemple que cette diaspora au moins se fasse un toit chez elle. On ne sait jamais, la retraite venue, on peut être appelé à aller résider dans son village d'origine, dans sa ville d'origine. S'ils on déjà un pied à terre, ce serait une bonne chose. Mais pour l'heure, quand par exemple nous construisons un centre de santé ou des hôpitaux, le personnel administratif affecté par l'Etat doit pouvoir être logé. Et le villageois, qui lui même n'a déjà pas assez de place dans sa case, ne pourrait louer cette case à un fonctionnaire qu'on vient d'affecter dans un chef lieu de Sous- préfecture. Et puis le fonctionnaire, n'est peut-être pas prêt à se loger dans cette case . Donc on demande à la diaspora de se réunir, de s'entendre , de trouver les moyens nécessaires pour investir dans le domaine du logement du personnel qu'on affecte dans les Sous- préfectures, pour enseigner nos enfants dans les collèges, pour soigner nos parents. Ce serait un apport concret. Mais cette diaspora a aussi des contacts là où elle vit, avec des hommes d'affaire, avec des structures sociales qui peuvent accompagner l'action des régions en matière de développement économique et social. Donc ce sont des contacts que cette diaspora peut créer, peut établir avec ceux qui sont chargés de gérer une maire, une région. 
  
 Civox : Vous êtes un acteur politique majeur en Côte d'Ivoire, on ne serait terminer cette interview sans aborder le sujet de la réconciliation. Pensez -vous que les ivoiriens sont réconciliés aujourd'hui? 
  

 A.D.M : De toutes les façons, personne n'est réconcilié une fois pour toute. Il faut que les ivoiriens comprennent que c'est une nécessité pour toute la Côte d'Ivoire qu'on ne peut rien faire dans la discorde. On est des hommes et on doit s'en réjouir. Des mésententes peuvent s'installer. On dit généralement que la famille est la cellule de la société, mais je ne connais pas une famille où il n'y a pas de mésentente. Si les membres de la famille ne font pas l’effort de dépasser les domaines d'incompréhension ou d'essayer de s'expliquer pour trouver une voie à emprunter, cette famille se disloque, le divorce s'installe et quand les enfants sont peut-être trop jeunes, ils en font les frais. Donc dans une société humaine, qu'il ait des moments d'incompréhension, ce sont des choses qu'on a vu sous tous les cieux. Malheureusement, la Côte d'Ivoire n'a pas échappé à cette règle. Nous avons connu notre guerre. Aujourd’hui nous devons comprendre que nous ne pouvons pas rester dans la guerre, dans la mésentente, dans l'opposition les uns aux autres. Nous devons pouvoir dépasser toutes les blessures que nous avons subies et faire en sorte qu'ensemble, la main dans la main, quelles que soient nos conceptions, qu'on soit de tel ou tel parti, on est d'abord ivoirien et on peut toujours apporter quelque chose. Et puis de toutes les façons, la critique, elle peut être positive, les critiques ne sont pas à exclure, au contraire, le doyen et sage Amadou Hampâté Bâ disait que c'est la contradiction qui fait le mouvement: si vous restez les deux pieds joints debout quelque part, vous ne bougerez pas; mais il faut que vos deux pieds se mettent à se contredire, qu'un pied passe devant, que l'autre qui est resté derrière dise que "moi je ne reste pas derrière, je vais passer devant", et ainsi de suite, c'est ce qui fait que vous avancez. Mais si vos deux pieds sont restés d'accord à se fixer sur place, c'est l'immobilisme, vous ne bougez pas. Donc dans une société, qu'il y ait des points de vues différents sur un sujet donné, cela ne doit être qu'enrichissant, parce que personne ne possède la vérité absolue. Donc je pense que nous devons faire l'effort pour que la réconciliation se réalise, que la paix soit de retour et qu'ensemble nous battissions notre pays
  
 Civox : Sur ce sujet de la réconciliation vous êtes resté dans la généralité. Concrètement ,que proposez vous pour que les ivoiriens soient réconciliés? 

 A.D.M : C'est pas une question de rester dans la généralité ou d'être concret. Aujourd'hui il y a des ivoiriens qui sont allés, qui n'étaient pas dans la diaspora, qui ne sont pas dans la diaspora positive. Il y a des ivoiriens qui sont à l'extérieur qui travaillent , qui y sont de par leur volonté. Il y a des gens qui sont en exil. Il faut que pour ces populations qui sont en exil le gouvernement déploie des efforts et envoie des émissaires au Ghana, au Libéria , en Guinée, là où il y a une forte concentration d'expatriés pour parler avec ces ivoiriens et leur demander de rentrer en Côte d'Ivoire. On connait des acteurs majeurs de la politique ivoirienne qui n'étaient pas avec ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui mais qui sont en Côte d'Ivoire et qui ne sont pas tous traqués. Donc je pense qu'il faut avoir la volonté de revenir en Côte d'Ivoire. Et avant que je ne vienne en France pour ce que je suis venu faire, Madame la Ministre de la Solidarité était au Ghana pour parler avec des ivoiriens et leur demander de rentrer. 
  
Civox : Là vous parlez des exilés politiques. Il y a aussi des prisonniers politiques en Côte d'Ivoire... 

 A.D.M : Il y a des prisonniers politiques en Côte d'Ivoire, il y en a qui sont en exil à la Haye, on le sait ,et c'est pour tous ces problèmes qu'il faut rentrer pour qu'on cherche à les résoudre. La solution ne doit pas venir d'un seul camp et je pense qu'il ne faut pas qu'on responsabilise un seul camp. La réconciliation est l'affaire de tout le monde. Il faut que chacun, il y a peut être plus ou moins d'effort à faire à gauche ou à droite, mais chacun doit faire un effort pour retrouver l'autre, pour parler avec l'autre, pour chercher un terrain d'attente et qu'on puisse enfin vivre ensemble dans l'harmonie, dans nos différence. 
  
 Civox : Une dernière question pour finir. Bientôt s'annoncent des élections locales et législatives. Y aura t-il des candidats PDCI ou RHDP ? 
  
 A.D.M : Pourquoi il n'y aurait pas de candidat du PDCI ou du RHDP aux législatives pourquoi ? 

 Civox : A partir du moment où le PDCI fait partie du groupement politique dénommé RHDP, est ce qu'il y aura des candidats PDCI ou se présenteront-ils en tant que candidats RHDP ? 
  
 A.D.M : Le moment venu, venez en Côte d'Ivoire, vous verrez comment ça va se passer. 
  
Interview réalisée par Claude Ossadi ( CIVOX)




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