Depuis Paris, Blaise Pascal Logbo, président du NPR: "Bensouda a failli, elle doit démissionner"

Blaise Pascal Logbo, président du NPR (Nouveau parti pour le Rassemblement) , premier parti politique ivoirien issu de la diaspora, a accordé une interview au quotidien LG infos dans sa publication de ce jour (25 juin 2013). Dans cette interview -vérités, le président du NPR aborde plusieurs questions d'actualité, entre autres, la gouvernance d'Alassane Ouattara, la dernière décision des juges de la CPI dans l'Affaire "Le Procureur contre Gbagbo", la vie de son parti. Nous publions pour vous l'intégralité de cette interview du président du NPR, tenant toujours un discours incisif et sans détour.

Mardi 25 Juin 2013 - 10:58


Blaise Pascal Logbo, président du NPR (Nouveau Parti pour le Rassemblement)
Blaise Pascal Logbo, président du NPR (Nouveau Parti pour le Rassemblement)
LG infos: Quels sont vos premiers commentaires après la décision de la Cpi ?

Blaise Pascal Logbo: Les juges de la CPI ont, à travers leur décision, désavoué la procureure Fatou Bensouda. Ils ont confondu tous les détracteurs du président Gbagbo,qui lui imputent tous les graves crimes post-électoraux commis en Côte d'Ivoire depuis le 28 novembre 2010. Cette décision montre aussi bien que Gbagbo est victime d'un complot. Ce qui nous marque le plus, c'est que cette décision fait renaître l'espoir d'une probable libération du président Gbagbo, au nom du droit et de la justice. Car nous croyons impossible pour la Procureure, de produire par miracle de nouvelles preuves à même de faire confirmer ses charges contre Gbagbo.

LG infos: Vous attendiez-vous à une telle décision de la part de la Cpi ?

B.P.L: Sincèrement, nous nous y attendions le moins. Car jusque là, la CPI n'avait pas posé d'acte fort capable de nous rassurer quant à son impartialité, à son attachement  à dire et faire appliquer le droit dans le sens de la justice. Nous ne voulons pas cependant dire que la CPI est redevenue du coup crédible, suite à cette décision. Nous attendons de voir la fin du film pour apporter un jugement plus objectif. Car, comme nous ne cessons de le dire, dans cette affaire, la CPI joue sa crédible et son avenir en dépend. Nous pensons qu'elle en a pleinement consciente.

LG infos: Les juges soutiennent que les preuves contre le Président Laurent Gbagbo ne sont pas solides. Qu’en pensez-vous ?

B.P.L: Nous avons suivi de près les audiences de confirmation ou d'infirmation des charges. Après avoir vu ce que nous avons vu, même bien avant, en considérant ce que nous savons en qualité de témoin de l'histoire, nous pensons que les juges ont raison de dire ce qu'ils ont dit. Quelle preuve solide peut-il exister, quand la Procureur se contente de mener une enquête en se fondant sur des médias manipulés et spécialisés dans l'intoxication. Quelle preuve solide peut -il exister quand il n'y aucun rapport de médecin légiste ni d'analyse balistique joint à l'acte d'accusation. Quelle preuve crédible peut-il exister quand la Procureur fait une interprétation superficielle et ridicule de slogans de campagne pour prouver son accusation. La preuve doit avoir un caractère indubitable, elle doit forcer la conviction du juge et non susciter en lui l’incertitude. Bensouda n'a pu prouver la culpabilité du Président Gbagbo.

LG infos: On demande d’envoyer de nouvelles. Est-ce à dire que ce qui a été brandi par l’accusation pendant l’audience de confirmation et d’infirmation était du faux…

B.P.L: Cette demande a été formulée dans des termes très polis; en notre sens, les juges ont simplement voulu lui signifier, dans un langage courtois, qu'elle n'a encore rien prouvé. Son incapacité à fournir les preuves de son accusation l'a poussée à produire du faux. Nous avons encore en mémoire cette photo de l'homme calciné au Kenya brandie lors des audience. Ce mensonge grossier montre que la Procureur n'a pas véritablement enquêté, malgré tous les moyens dont elle dispose. Ce fait jette un lourd discrédit sur son réquisitoire. La justice implique un devoir de vérité! Bensouda a failli à son devoir! Elle doit démissionner pour son honneur ainsi que celui de la Cour.

LG infos: Selon vous,  est-ce que le régime est  en mesure d’avoir  des preuves en moins de 5 mois ?

B.P.L: Nous pensons qu'il n'appartient pas au régime d'apporter des preuves! Cette tâche incombe à la procureure, qui peut solliciter la collaboration du régime dans ce sens. Mais de quelle preuve ce régime dispose t-il encore qu'il n'a pu mettre à disposition de la procureure et de son prédécesseur? Nous pensons aussi qu'il ne faut pas poser la question en terme de délai. Il faut plutôt se demander si les preuves existent réellement. Et nous pensons que non! Incapable de fournir des preuves en deux ans, nous  pensons que la Procureure ne saura produire le miracle d'en trouver en 5 mois. Car effectivement il n'existe pas de preuves. La seule issue possible c'est la fabrication de fausses preuves, et la présentation de faux témoignages. Mais là encore le scandale éclatera, et la vérité triomphera!

LG infos: Après la décision de la Cpi, des voix s’élèvent pour demander la libération pure et simple du Président Laurent Gbagbo. Partagez-vous cet avis ?

B.P.L: Nous pensons que c'est un principe de justice qu'un détenu soit relaxé,s'il n'y a aucune preuve de l'accusation dont il fait l'objet! C'est une question de logique, de bon sens. C'est pourquoi nous condamnons cette disposition pernicieuse  et injuste incluse dans l'article 61 du statut de Rome, qui donne la possibilité d'ajourner une décision, même quand aucune preuve n'existe contre l'accusé.


LG infos: La Cpi soutient que le Président Laurent Gbagbo est populaire. Il a réseau puissant. Il peut prendre le pouvoir…

B.P.L: La popularité, en notre connaissance, n'a jamais été un crime. Donc cet argument ne saurait justifier le refus de lui accorder une liberté provisoire, et même définitive. C'est normal que Gbagbo soit populaire! C'est normal qu'un démocrate de sa carrure soit populaire! C'est normal que le fils de peuple qu'il est soit populaire; Dire qu'il peut prendre le pouvoir c'est au moins reconnaitre qu'il est loin d'être un imposteur dans un jeu démocratique de conquête du pouvoir.


LG infos: D’aucuns estiment que la Cpi entend maintenir le Président Laurent Gbagbo jusqu’en 2015 afin qu’il ne puisse pas vouloir se présenter aux élections…

B.P.L: Gbagbo étant victime d'un complot international, il y a évidemment matière à faire une telle analyse de la situation. Mais depuis la dernière décision de la Chambre préliminaire I, nous pensons plutôt qu'il y a de bonnes raisons d'espérer qu'il recouvra la liberté bien avant. Les juges ont été clairs avec Bensouda. Ils lui ont  signifié qu'une accusation est une chose suffisamment grave qui nécessite de véritables preuves, et non des articles de presse et des rapports d'ONG. Ils lui ont démandé des preuves rationnelles et scientifiques de ses allégations. Il lui ont tracé une feuille de route pour que son requisitoire soit pris au sérieux. Ils lui ont , en quelque sorte, appris son métier, c'est une véritable honte pour une Procureure. Nous pensons qu'elle ne sera pas à mesure  de faire le travail herculéen que lui demande les juges. Et, sans doute, cela sera à l'avantage du président Gbagbo. La balle est dans le camp de Bensouda. Mais les démocrates et les défenseurs des droits de l'homme doivent veiller à ce que de fausses preuves et de faux témoignages ne soient pas brandis pour inculper Gbagbo.

LG infos:L’Union africaine a dénoncé le complot de la Cpi contre les chefs d’Etat africains. Que pensez-vous de cette démarche ?

B.P.L: Nous saluons cette démarche! Mais nous invitons par la même occasion les chefs d’États africains à ouvrir les yeux et d'être plus conséquents. Plusieurs Etats africains ont ratifié le statut de Rome. Ces États doivent dératifier ce statut de Rome! Les chefs d'Etats africains doivent se poser la question  suivante:"A qui le tour, la prochaine fois?" Et quand on est pas sûr d'être à l'abris des griffes de l'impérialisme occidentale, on sait ce qu'il reste à faire! Il ne faut prêter à l'adversaire l'arme de sa domination.

LG infos: A Abidjan, le régime mobilise déjà des « victimes » qui disent que si la Cpi libère Gbagbo, la Côte d’Ivoire va bruler…

B.P.L: Ceux qui soutiennent de tels propos montrent bien qu'ils n'ont pas d'argument contre Gbagbo, s'agissant des crimes dont ils l'accusent. Qui a mis le feu au pays depuis le 19 septembre 2002? Ce n'est ni Gbagbo, ni ses partisans qui ne sont pas des hommes de guerre. Gbagbo a montré aux yeux du monde entier qu'il est un homme de paix! c'est pourquoi il est dans cette situation.

LG infos: Pensez-vous que la Cpi est raciste comme le dit l’Ua ?

B.P.L: Au stade actuel et au vu de toutes les affaires traitées par cette Cour depuis sa création, nous pouvons répondre par l'affirmative.  Il n'y a que des africains qui font l'objet de procès à la CPI. Cependant, à travers le monde, il existe des occidentaux impliqués dans de graves crimes contre l'humanité, des crimes de guerre. Les tueries des civils non armés causées par l'armée française en novembre 2004 devant l'hôtel Ivoire aurait pu interesser la Procureure de la CPI, si elle voulait démontrer qu'elle n'est pas raciste.


LG infos: On constate  toujours qu’aucun chef rebelle n’a été traduit devant une juridiction…

B.P.L: Ouattara est bien dans une logique houphouétiste, qui est celle de l'impunité!Nous rappelons encore que les évènements du 18 février 1992 ont eu pour cause la protestation contre l'impunité que Houphouët avait accordée à des soldats qui ont commis de gravissimes violations des droits des l'homme dans la cité universitaire de Yopougon. Ouattara est redevable à ses chefs de guerre, qui depuis 2002 ont combattu pour l'installer au pouvoir. Leur impunité est la plus grande marque de gratitude qu'il peut leur exprimer, mais nous croyons au temps, deuxieme nom de Dieu, le droit fera son travail.

LG infos: On parle de justice des vainqueurs …

B.P. L: La justice des vainqueurs est belle et bien une réalité en Côte d'Ivoire! Mais dans ce cas, peut-on véritablement parler de justice? Parler de justice des vainqueurs c'est exprimer autrement le fait qu'il y a pas de justice dans notre pays! La justice ne doit pas être ce qui est avantageux au plus fort.Les plus faibles ont des droits qu'il faut respecter. La vérité, comme le disait Jean Jacques Rousseau, est que le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujour le maître. Que les vainqueurs du moment ne perdent pas de vue cette réalité, pour faire preuve de sagesse. Nous condamnons cette instrumentalisation de la justice servant à poursuivre l'oppression.

LG infos: Un mot sur la gouvernance d’Alassane Ouattara…

B.P.L: La gouvernance Ouattara, c'est la catastrophe, de la fanfaronnade gouvernementale.  ADO solution a promis des pluits de milliards sur la Côte d'Ivoire. Et depuis plus de deux ans de gestion du pouvoir, aucune goûte ne tombe. Aucun signe dans le ciel pour ressusciter le sourire perdu, l'argent ne circule pas dans notre pays mais ça travaille, dixit le président économiste . C'est le chômage galopant, la chèreté vertigineuse de la vie, le manque de logement, une politique sanitaire désastreuse. A tout cela il faut ajouter les graves violations des droits de l'homme, le musellement de l'opposition, l'oppression, les emprisonnements de journalistes et les menaces sur la presse, les emprisonnements politiques. Cette triste réalité nous amène à faire  cette conclusion: ADO solution est devenue un véritable problème pour les ivoiriens.
                                                                                      
LG infos: Il soutient qu’il n’est pas en mesure d’assurer le développement économique du pays dans les années à venir…

B.P.L: C'est un aveu d'impuissance! Dans ce cas, qu'il démissionne. Quand on n'est pas à mesure de tenir ses promesses politiques, il faut avoir le courage de démissionner. Pensais-t-il réussir, après avoir plongé le pays dans le chaos? Il dit vrai parce qu'il  est le pion de l'impérialisme incarné par les multinationales. Il s'agit pour lui d'assurer à celles-ci leur prospérité en Côte d'Ivoire, et non celle des ivoiriens. Sa déclaration est un aveu de sa véritable mission. Donc ceux qui l'ont fait roi, les ivoiriens, en l'occurence, sont désormais informés. Ado solution était un appât. Ils ont mordu à l'hameçon. Mais ils ont encore la possibilité de se débattre et de se battre pour ne pas se retrouver dans la casserole.

LG infos: Et pourtant il veut postuler à un second mandat en 2015…

B.P.L: Il est libre de postuler à un second mandat. Mais le plus important est qu'il le fasse en créant les conditions d'élections démocratiques, libres et transparentes. Or il ne montre aucun signe dans ce sens. Il prépare déjà son bétail électoral pour la prochaine présidentielle, en décidant de naturaliser des millions d'étrangers, sous prétexte qu'une telle naturalisation massive avait été prévue par les accords de Marcoussis. Quand on parvient au pouvoir dans les conditions qui sont les siennes, on n'est plus préoccupé par le nombre de mandat, on pense plutôt à assurer son règne à vie. Parler de mandat, suppose qu'on est dans un ordre démocratique normal. Or ce n'est pas le cas.  Depuis longtemps, Ouattara n'a cessé de nous montrer qu'il ne veut pas de la démocratie, mais de la conquête et de la pérennisation du pouvoir. Mais il nous appartient de nous battre pour empêcher le recul démoctratique dans notre pays. Nous devons tout faire pour empêche le crime contre la démocratie, qui doit avoir droit de cité dans notre pays. Le NPR est engagé dans ce combat là. C'est pourquoi, au nom de la démocratie, notre parti aura son candidat à la prochaine présidentielle.

LG Infos: Et sa politique de rattrapage ?

B.P.L: Sa politique de rattrapage est une politique de destruction et de deconstruction de la nation. C'est une grave violation de la Constitution ivoirienne qui interdit de tels discriminations ethniques, tribales, religieuses et politiques. Nous avons en face, le président d'un parti se dénommant Rassemblement des Républicains, qui de surcroit se dit président de la République. Mais de quelle République s'agit-il, d'une République du Nord? Ouattra est le président d'un clan et non de la République. La Notion de République implique la considération des individus comme citoyens libres et égaux en droit,et non la consécration d'une discrimination ethnico-politique et religieuse.

LGinfos: Pour les élections de 2015 vous appelez à une union pour le départ d’Alassane Ouattara…

B.P.L: Effectivement, nous appelons à une forte union de toutes les forces démocratiques, progressistes et patriotiques pour mettre fin à l'illusion et à l'imposture nommées Alassane Ouattara. C'est la seule voie pour sauver la Côte d'Ivoire. S'en détourner, c'est la maintenir pour longtemps dans sa galère actuelle qui ne fait que s'empirer.  Quand l'intérêt supérieur de la nation est en jeu, il faut faire fi des clivages idéologiques et politiques pour s'engager dans une Union forte capable de sauver la nation en péril. C'est pourquoi, je demande au PDCI de faire montre de sagesse. Faut-il sauver une alliance, dont l'un des acteurs a montré ses limites et s'est transformé en cauchemar pour la nation, ou celui de sauver la Nation en péril à travers une nouvelle alliance forte? Le PDCI a un choix à faire, entre celui de maintenir les ivoiriens dans la situation tragique actuelle ou celui de les aider à en sortir. Le plus grave n'est pas de trahir une alliance politique, mais de trahir son peuple. Le peuple saura en juger.

LG infos: Avez-vous fait des démarches dans ce sens ?

B.P.L: Nous y travaillons, nous avons des contacts sérieux avec lesquels nous en discutons.  Et au moment venu, nous nous réunirons pour davantage mûrir le projet et travailler à sa réalisation.

LG infos: Quelle a été la réaction des autres ?

B.P.L: Ils sont tous conscients qu'il n'y a qu'une telle union qui posera les bases de salut des ivoiriens. Il est donc tout à fait normal que les déterminations des uns et des autres commencent à se faire sentir. Mais c'est autour d'une table, qu'il nous faudra mener les discutions et définir les stratégies. Les ivoiriens nous regardent, nous n'avons pas le droit de les decevoir. Certes beaucoup d'entre eux sont déçu de la politique, après ce qu'ils ont vécu chacun à son niveau, par la faute des politiques. Mais nous avons encore une chance de leur redonner espoir à travers une telle union au fond et au contour clairement définis

LG infos: A quand le premier congrès de votre parti ?

B.P.L: Le NPR tiendra son premier Congrès ordinaire du 12 au 19 avril 2014. Ce Congrès marquera un tournant décisif pour le parti. Plusieurs délégations de nos représentations européennes seront là. Nous aurons des personnalités politiques invités, de la Côte d'Ivoire comme de l'étranger, qui seront là pour nous soutenir. Une occasion  de donner au parti une assise véritablement nationale, même si déjà, nos camarades sur place, que nous tenons par ailleurs à féliciter, font un travail très remarquable pour implanter le parti. Les ivoiriens doivent savoir que leurs compatriotes de la diaspora ont créé un parti composé d'hommes , de femmes et de jeunes nouveaux, aux idées nouvelles, et prêt à se mettre au service de leur pays. Nous proposons le changement, parce que nous pensons qu'il est possible.

LG infos:Où va-t-il se tenir ?

B.P.L: Notre Congrès se tiendra à l'hôtel Pullman au Plateau., au coeur d'Abidjan. Tous les démocrates y sont invités.


Source: LG infos du mardi 25 juin 2013
 





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