Déportation de Laurent Gbagbo à la Cpi: Il y a 2 ans, Ouattara flinguait la réconciliation

29 novembre 2011-29 novembre 2013. Il y a deux ans, le duo Sarkozy-Ouattara déportait le président Gbagbo à la Cpi. Mettant ainsi en péril, la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Retour sur un acte ignoble qui a marqué le triomphe du mal sur le bien. Il restera sans doute gravé dans la mémoire collective des Ivoiriens et des Africains. Comme ce fut le cas pour Nelson Mandela en 1963.

Samedi 30 Novembre 2013 - 11:16


« Président Affi, c'est vrai que nous avons souffert le martyr pendant la guerre qui a été faite à la Côte d'Ivoire. Mais nous ne demandons rien à personne. Seule la libération du Président Gbagbo et son retour au pays peuvent soigner nos meurtrissures » . Ces propos du porte-parole des populations de Guitrozon et petit-Duékoué à l'endroit de Pascal Affi N’Guessan, lors de la récente tournée du président du Fpi dans l’Ouest du pays, traduisent éloquemment l'état d’esprit de nombreux Ivoiriens depuis que le duo Sarkozy-Ouattara a déporté le président Gbagbo à la Cour pénale internationale (Cpi), le 29 novembre 2011. Les populations à l’Ouest ont dit à Affi que le retour de Gbagbo est la condition fondamentale pour la réconciliation nationale et la paix véritable en Côte d’Ivoire. Cette position  n’est pas uniquement celle de ceux qu'on pourrait considérer comme les partisans de Gbagbo. Même des partisans de Ouattara sont également du même avis et souhaitent ardemment que Gbagbo soit libéré. Hier, jeudi 28 novembre 2013, un élu du Rdr, le parti d’Alassane Dramane Ouattara, qui a souhaité garder l'anonymat a avoué que « la déportation de Gbagbo est l'acte de trop que Ouattara a posé et qui l'empêche aujourd'hui de gouverner dans la sérénité » . Cette même personnalité estime « qu'en tant qu'Africain, la déportation du président Gbagbo chez les Blancs est moralement inacceptable.  Par conséquent,  seul son retour peut apporter  la paix dans  le pays ». Pour dire vrai, la déportation du président Gbagbo à la Cpi a tout compromis en Côte d'Ivoire : la réconciliation, le processus démocratique, la paix etc. Le film de cette déportation est digne d’un polar de mauvais goût. Tout s'est passé en quelques heures, le 29 novembre 2011,  comme si le duo Sarkozy-Ouattara avait peur de quelque chose. Le régime Ouattara a fait croire au président Gbagbo qu'il devait être entendu  par un juge dans le cadre de la procédure judiciaire le concernant. C'est dans ce cadre que Gbagbo a été conduit au tri - bunal de Korhogo. De là, contre toute attente, il est conduit nuitamment à l'aé - roport de la ville où l’atten - dait déjà un avion pour le déporter à La Haye (Pays- Bas-Pays). Le président Gbagbo ignorait tout de ce traquenard. C'est par la presse que les Ivoiriens ont été informés de sa déportation. Une atmosphère de deuil national s’est automa - tiquement abattue sur le pays. Pour déporter Gbagbo à la Cpi, Ouattarra avait argué que s'il le faisait juger en Côte d'Ivoire, on le traiterait de partialité. Pour lui, c'était pour garantir un jugement dénué de tout soupçon de partialité qu'il a conduit Gbagbo à la Cpi. Le deuxième argument avancé par le régime Ouattara à travers son ministre de la Justice, Gnénéma Coulibaly, c'est que l'éloignement de Gbagbo garantirait la paix et la récon - ciliation en Côte d’Ivoire. Deux ans après, le constat est amer. La division en Côte d'Ivoire s’est approfondie et la réconciliation totalement plombée. Qu'est-ce qui lie tant les Ivoiriens à Gbagbo ? La réponse se trouve dans le parcours politique de l'homme. Si le combat politique de Gbagbo a contraint Houphouët à réinstaurer le multipartisme en Côte d'Ivoire, le 30 avril 1990, c'est surtout la candidature de Gbagbo à la présidentielle en octobre 1990 qui a véritablement libéré les Ivoiriens de la terreur dans laquelle les avait installés le parti unique depuis 1960. Pour en arriver-là, Gbagbo a payé de sa liberté. Il a fait plusieurs fois la prison. On se souvient également que le président Gbagbo est le père de la pluralité de l'opinion en Côte d’Ivoire. C'est lui qui a créé les premiers journaux libres, dont l’Alternative en 1988 dans la clandestinité, Le Nouvel Horizon en 1990 et La  Voie en 1991 qui deviendra plus tard Notre Voie. Le président Gbagbo ne s'est pas seulement contenté d'ouvrir la voie à la liberté de la presse. Il s'est employé à la protéger en faisant voter, une fois au pouvoir, une loi qui dépénalise les délits de presse. C'est également Gbagbo qui a impulsé avec ses amis, la liberté syndicale en contribuant à la création des centrales syndicales Dignité et Fesaci. Avant la création de ces deux centrales, tous les syndicats des travailleurs étaient embrigadés au sein de l'Union générale des tra - vailleurs de Côte d'Ivoire (Ugtci) en dehors des syndicats des enseignants.
Notamment le Synesci et le Synares. Mais ce n'est pas tout! La guerre qui a été faite à la Côte d'Ivoire a révélé aux Ivoiriens une autre face du président Gbagbo. Celle du défenseur de la souveraineté de la Côte d'Ivoire et de la dignité du continent africain. A toutes ces valeurs s'ajoutent la générosité de l'homme ainsi que sa connaissance profonde de la Côte d'Ivoire et de ses réalités tant politiques, culturelles que sociologiques.

Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr

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L’acte de trop
Laurent Gbagbo, humaniste, combattant historique de la démocratie et des lib - ertés, père du multipartisme en Côte d’Ivoire, est emprisonné à la Cpi, depuis le 29 novembre 2011, comme un vulgaire criminel. C’est l’exploit réussi par le régime Ouattara sous la poussée de ses parrains  conduits par Nicolas Sarkozy. Le fait dépasse l’entendement des esprits raisonnables, indigne l’Afrique digne et tétanise les Ivoiriens nourris à la sève de la paix. Ces derniers, attachés aux valeurs humaines, avaient espéré qu’après la guerre postélectorale, la Côte d’Ivoire, dans sa diversité, allait se retrouver sous l’arbre à palabres pour panser ses plaies et trouver,  à travers un dialogue inclusif, les voies de la paix et de la réconciliation nationale. C’était sans compter avec la méchanceté et le plan diabolique des hommes qui se sont coalisés contre le régime Gbagbo. Jetant ainsi une épaisse voile d’incertitude sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. L’avènement du Rdr et de son mentor, Alassane Ouattara, sur la scène politique nationale, a propulsé la Côte d’Ivoire dans la spirale de la violence politique. L’ambiance de paix sociale, de fraternité, d’amour du prochain et du dialogue, la bataille politique  avec les moyens démocratiques ont fait place à un environnement sociopolitique électrique. Le Rdr a institué la violence, les coups d’Etat, la rébellion armée avec son cortège d’assassinats, de viols et d’exactions. Fort du soutien de certaines puissances occidentales, soucieuses de faire main-basse sur les richesses de la Côte d’Ivoire, le parti de Ouattara s’est accroché à la violence comme moyen de conquête du pouvoir. L’on comprend dès lors que des gens qui n’ont pas hésité à mettre le feu à la Côte d’Ivoire pour prendre le pouvoir ne trouvent aucune gène à déporter un Ivoirien, quel que soit son statut, à la Cpi.  Mais, le régime Ouattara et ses parrains doivent certainement réaliser, deux ans après le transfèrement de Gbagbo à La Haye, que cela constitue l’acte de trop qu’ils n’auraient jamais dû poser. C’est une faute grave qui a des conséquences lourdes pour la Côte d’Ivoire. La preuve, la réconciliation que le monde entier appelle de tous ses vœux ne peut se réaliser pour la simple raison que Gbagbo, l’enfant du peuple, est à la Cpi. Sans cette paix et cette réconciliation, aucun développement ne peut se faire. C’est cela, le prix de la méchanceté et de la haine. Jean Khalil Sella

 Source: Notre Voie N°4579 du vendredi 29 novembre 2013




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