Déplacement du ministre français de la sécurité en Côte d’Ivoire/ La face cachée de la visite de Manuel Valls à Abidjan

Le ministre français de l’intérieur a séjourné le week-end dernier en terre ivoirienne. Dans ses malles, outre le matériel de sécurité offert aux forces du maintien de l’ordre, Manuel Valls était porteur d’un message clair et net de son patron, au chef de l’Etat ivoirien. Un message dans le genre qu’on n’aime généralement pas entendre du côté de la présidence ivoirienne.

Mardi 19 Novembre 2013 - 19:34


Le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et de la sécurité, Hamed Bakayoko, tenait à ce déplacement de son homologue français, sur les bords de la lagune Ebrié, comme la prunelle de ses yeux. Ceux qui sont dans sa confidence,  ont encore en mémoire l’enthousiasme débordant  qui fut le sien le jour où il alla porter la bonne nouvelle de l’arrivée du français à Abidjan, à Alassane Ouattara. Il y avait de quoi, l’illustre visiteur n’est- il pas le dirigeant politique  le plus populaire de France, loin devant François Hollande et le premier ministre, Jean-Marc Ayrault ? Echanger et poser aux  côtés d’une telle personnalité, est forcément un bon point de marqué dans la course au positionnement dans l’entourage du chef de l’Etat ou même dans la perspective de l’après Ouattara, où les clients ne manquent pas, Guillaume Soro notamment, qui tisse discrètement sa toile de soutiens dans l’hexagone.  Ainsi donc, quand Valls débarque vendredi dernier, en provenance de Dakar, Hamed Bakayoko, tient entre ses mains le trophée le plus prestigieux que le pouvoir Ouattara lui ait jamais  permis de glaner jusque-là. Impressionné par la carte de visite du ministre préféré des français, le premier policier ivoirien, abordant un inhabituel ton solennel, a du mal à sortir la voix, le lendemain à l’occasion de la sobre cérémonie de remise de 500 pistolets automatiques à la police et à la gendarmerie ivoiriennes. A l’opposé, Valls, bien rodé à l’exercice, a laissé couler son message. Celui de la coopération entre la Côte d’Ivoire et la France qui selon le visiteur, vont bâtir un dispositif de renseignements et d’échanges d’informations pour anticiper sur les actes de terrorisme, avant d’inviter les pays  de la sous-région à ne pas baisser la garde dans la lutte contre ce fléau. De soutien massif et total du régime français au pouvoir Ouattara, comme espéré par le ministre Hamed Bakayoko, il n’en fut point question, l’hôte parisien préférant plutôt se projeter dans une perspective continentale. « L’Afrique est un continent qui représente tellement de potentiel. Et l’Europe et la France doivent, en ce 21ème siècle construire cette relation avec l’Afrique. Cette relation a existé dans les circonstances historiques très différentes », a déclaré, par exemple, Manuel Valls, à l’issue d’une audience avec  Alassane Ouattara.  Une vision  déclinée, quelques heures plus tôt  à  l’école nationale de police. Pouvait-il en être autrement ? Absolument pas, car pour qui connait le franc-parler du  securocrate de la maison Hollande, sait que l’homme n’a pas pour habitude de dire ce qu’il ne pense pas. Et sur la Côte d’Ivoire, selon des sources diplomatiques, Valls aurait une lecture  bien différente de celle de son collègue, Laurent Fabius, grand  soutien reconnu de Ouattara auprès de l’Elysée. Mais le ministre de la sécurité lui, a l’avantage de partager la position  avec le président François Hollande dont il était justement porteur d’un message  « sans ambages », destiné au n°1 ivoirien. Celui-ci, rapporte la source, est relatif à la batterie de mesures que devra prendre Alassane Ouattara, au plus tard  fin décembre 2013, à l’effet de créer les conditions d’une paix durable en Côte d’Ivoire, à l’effet de permettre la tenue d’élections transparentes, démocratiques et crédibles en 2015. Il s’agit notamment de la libération des prisonniers politiques, le retour sécurisé des exilés politiques, la liberté d’expression et de réunion pour l’opposition et la refonte de la commission électorale indépendante (CEI), pour ne citer que les plus importantes. Alassane entendra-t-il cette fois le message, lui qui passe de plus en plus, dans les allées du Quai d’Orsay, pour un dirigeant qui n’écoute personne et qui en fait plutôt à sa tête ? Peut-être que la qualité du facteur dépêché à Abidjan lui fera perdre, pour une fois, cette mauvaise habitude.  On imagine bien que pour masquer ce semi revers diplomatique, les communicants du régime ne manqueront pas, dans leurs journaux, de mettre de gros titres sur  « le soutien indéfectible de la France à Alassane  Ouattara » qu’ils décrypteront à travers la visite de Manuel Valls à Abid - jan. C’est de bonne guerre, seulement, le mensonge ne résistera longtemps, pas au temps, cet autre nom de Dieu. ▄

Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°505 du Lundi 18 Novembre 2013







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