Déguerpissement des forêts classées à l’ouest Mont-Péko : le jeu trouble du pouvoir ivoirien

En prélude au sommet ivoiro-burkinabé qui se tiendra le 28 juin prochain à Ouagadougou, les autorités des deux pays qui plancheront sur la situation des clandestins – 99% des habitants – du Mont-Péko se sont lancés dans une cam- pagne sournoise pour amener ceux qui œuvrent pour la protection de la forêt, notamment la Suisse à renoncer à «sa pression», mais surtout pour obtenir un délai supplémentaire pour les migrants.

Mercredi 25 Juin 2014 - 08:21


Le Mont Péko
Le Mont Péko
Les gouvernements ivoirien et burkinabè veulent-ils abandonner leur plan commun de déguerpissement du Mont- Péko seulement quelques mois après la campagne de sensibilisation des clandestins qui y pullulent ? Au regard d’une cam- pagne de communication – semblable à un ballon d’essai – qui vient d’être lancée par un quotidien très proche de Ouattara, Le Patriote (voir parution n°4370 du vendredi 20 juin 2014), visant à mettre l’accent sur le caractère précipité et déshumanisant de l’opération, il ne serait pas hasardeux de répondre par l’affirmative. Dans son enquête auprès des clandestins du Mont-Péko, le quotidien pro-Ouattara plante le décor à tra- vers certains propos qui démontrent que le pouvoir ivoirien, si cela ne tenait qu’à lui seul, n’y serait pas allé délibérément. «Le gouvernement ivoirien subit la pression de la Suisse qui est propriétaire du parc. Sinon nous ne voyons aucune urgence à chasser tout ce monde maintenant. Ils vivent là depuis dix ans, on pourrait bien encore leur laisser quelques années le temps d’un bon plan de recasement. A Bouaflé, le parc est plus important en superficie que le Mont- Péko mais ceux qui l’ont infiltré ne sont pas inquiétés», relève, selon le confrère, un officier des eaux et forêts sous le couvert de l’anonymat. Ce dernier, poursuit toujours le confrère, affirme par ailleurs que le reboise- ment du parc du Mont-Péko ne prendrait pas moins de trois ans, même si les populations le quittaient aujourd’hui. «Le dossier du Mont-Péko est inscrit au sommet du traité d’amitié et de coopération entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire prévu le 28 juin prochain à Ouagadougou. A cet effet, une récente mission conjointe Burkina Faso – Côte d’Ivoire, effectuée du 4 au 7 mai 2014, avait établi que 99% des populations du Mont-Péko étaient des Burkinabè. Les gouvernements ivoirien et burkinabé sont conscients que le déguerpissement des milliers de d’occupants du Mont-Péko ne sera pas une opération facile. Car, il ne s’agit pas ici de trouver tout simplement des villages pour accueillir tout ce monde. Il faudra veiller à leur trouver de quoi survivre en les délogeant des lieux. Et c’est là que réside toute la délicatesse de ce dossier. Mais au moment où les autorités des deux pays réfléchissent à des solutions pour éviter que ce déguerpissement ne tourne à un drame humanitaire, les occupants eux-mêmes affichent leur «volonté de collaborer». Mieux, ils proposent eux-mêmes une solution. Et la voici : que l’Etat leur confie le pro- gramme de reboisement qui est prévu sur ce site sur les 2 ou 3 années que le projet est censé durer. De sorte qu’ils remplacent progressivement, par portion, au fil des récoltes, les plants de cacao par les plants d’arbre à reboiser (…) », écrit le quotidien pro-Ouattara qui insiste sur les suicides qu’il y a déjà eu du fait des premières opé- rations de déguerpissement menées.

Opération présenter la Suisse comme responsable des misères des clandestins

 Diaboliser la Suisse en la présentant comme ce pays qui n’a pas d’égard pour la situation humanitaire des 30.000 clandestins du  Mont-Péko, diriger contre elle une cam- pagne de diabolisation afin de la contraindre à surseoir à la pression qu’elle met sur le gouvernement ivoirien et accepter le délai de 3 ans souhaité par les clandestins du Mont-Péko. C’est en filigrane l’objectif que semble clairement viser le gouvernement ivoirien, à quelques jours de la réunion conjointe de Ouagadougou où seront débattues les questions liées aux 99% des Burkinabè du Mont-Péko. Pour y parvenir, les clandestins ont été organisés au sein d’une structure formelle : le Conseil repré- sentatif des populations du Mont-Péko (Crpmp). C’est avec cette plate-forme qu’ils discuteront désormais avec toutes les autorités qui leur feront injonction de déguerpir les lieux. Pourtant, le gouvernement ivoirien a déjà élaboré un plan qui est clairement établi : la sensibilisation, le recensement et l’évacuation. Il a officiellement donné le feu vert à l’Office ivoirien des parcs et réserves, selon des sources proches de cette structure, pour détruire toutes les nouvelles plantations. Au demeurant il est archi-faux d’affirmer que la Suisse est le propriétaire de la forêt du Mont-Péko.     

Pourquoi il faut déguerpir le Mont-Péko maintenant

Rien ne justifie que ce parc fasse l’objet d’exploitation illégale depuis qu’il a été érigé en forêt classée. Mieux, il avait même été déclaré «zone naturelle» pour la survie de l’humanité. Le fleuve Sassandra a huit principaux affluents qui sortent, en plus du Mont-Kahoué, du Mont-Péko. Et l’exploitation abusive du Mont-Péko a pris des proportions telles que le fleuve Sassandra fait aujourd’hui l’objet d’une crue malgré la présence d’une saison pluvieuse. Par ailleurs, en prélude à la construction d’un barrage hydro-électrique en amont du fleuve Sassandra, une étude y a été menée par le Bureau national d’études techniques et de développement (Bnetd) qui relève, selon des indiscrétions, l’urgence de déguerpir et de reboiser les lieux. Le constat est que la forêt a été dévastée sur plusieurs kilomètres par la création de villages, de plantations, des activités d’orpaillage, etc.

Par   Benjamin Silué

Source: Le Nouveau Courrier




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