Décoration du journaliste de Rfi: L’Etat crée une suspicion sur le rôle de Jean Hélène dans la crise ivoirienne

Mardi 22 Octobre 2013 - 13:37


Le journaliste français de RFI, Jean Hélène
Le journaliste français de RFI, Jean Hélène
21 octobre 2003-21 octobre 2013. Voilà exactement, jour pour jour, 10 ans que le journaliste Jean Hélène, de son vrai nom Christian Baldensperger, a été tué aux abords de la Direction de la Police nationale ivoirienne. Il était le correspondant permanent de Radio France internationale (Rfi) en Côte d’Ivoire. Le sergent de police Séri Dago Théodore, reconnu coupable de l’assassinat du journaliste français, a été condamné par la justice ivoirienne à 19 ans d’emprisonnement ferme. Aujourd’hui 21 octobre 2013, l’Etat de Côte d’Ivoire, le régime Ouattara pour être plus précis, commémore les 10 ans de la mort de Jean Hélène. Le point culminant de cette commémoration est la décoration qui va être décernée à titre posthume au journaliste français. Christian Baldensperger dit Jean Hélène va être décoré à titre posthume dans l’Ordre national de la République de Côte d’Ivoire. La plus haute distinction de l’Etat ivoirien. Cette décoration est, par principe, destinée à récompenser le mérite personnel et les services rendus à la Nation ivoirienne. Bien que nous ayons condamné en son temps et que nous continuons de condamner l’assassinat de Jean Hélène dans l’exercice de ses fonctions, nous sommes amenés à nous demander ce qu’il a fait de si important pour l’Etat de Côte d’Ivoire pour qu’on commémore les 10 ans de sa mort et qu’on lui décerne la plus haute décoration de la Nation ivoi - rienne. Pour dire vrai, la commémoration des 10 ans du décès de Jean Hélène et sa distinction à titre posthume dans l’Ordre national par le régime Ouattara posent problème. Ces faits créent manifestement une suspicion qu’on peut qualifier de légitime autour du rôle joué par ce journaliste français dans les débuts de la grave crise que la Côte d’Ivoire a vécue pendant 9 ans. Jusque-là, ce que le commun des mortels retenait de Jean Hélène, c’était l’image d’un journaliste sauvagement assassiné dans l’exercice de ses fonctions. Lequel assassinat avait été condamné par l’ensemble des organisations de défense de la liberté de la presse et des Droits de l’Homme. La décoration qui va lui être décernée par le pouvoir Ouattara ce jour- même nous interpelle sur le rôle que Jean Hélène a joué dans la rébellion. Elle ne lui rend pas service. Elle vient plutôt ternir considérablement son image. Cela est su de tous, depuis que Ouattara a accédé au pouvoir d’Etat, son régime s’est inscrit dans une logique de récompense de tous ceux qui l’ont aidé à se hisser au sommet de l’Etat de la manière que nous savons. De sorte qu’il ne décore que ses partisans. A preuve, tous les journalistes qui ont été décorés depuis son avènement au pou - voir sont ceux qui ont soutenu sa rébellion. On se souvient que, dès qu’il s’est installé à la tête de l’Etat, Ouattara a organisé une cérémonie de décoration à l’Elysée pour le compte des membres du cabinet de Sarkozy. Juste pour les remercier de leur rôle dans son installation au sommet de l’Etat ivoirien. La décoration de Jean Hélène entre dans ce cadre. Elle est une récompense à titre posthume pour le rôle qu’il a joué pour le compte de la rébellion qui a porté Ouattara au pouvoir. Sinon qu’est-ce que Jean Hélène a fait de si important pour l’Etat de Côte d’Ivoire pour mériter la plus haute décoration de la Nation ivoirienne? Si c’était seulement parce qu’il a été tué dans l’exercice de ses fonctions, ce que nous condamnons tous, alors Sylvain Gagnéto, journaliste ivoirien à Radio Yopougon et tué lui aussi dans l’exercice de son métier par les hommes de Chérif Ousmane, devrait recevoir la même distinction. Il n’était pas moins journaliste que Jean Hélène. Franchement, avec l’avènement de Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire, l’Etat laïc a fait place à l’Etat tribaliste et exclusionniste. Le pouvoir Ouattara ne travaille que contre ceux qu’il a baptisés «pro-Gbagbo» au profit de ses partisans. C’est dans ce contexte qu’il a mis en place ce qu’il a lui-même qualifié de politique de rattrapage au profit des ressortissants du nord, du moins au profit de ceux qui sont de son bord. Et ils sont les plus nombreux. Sous Ouattara, des postes de responsabilité dans l’administration sont octroyés selon cette notion abjecte de rattrapage ethnique. Les décorations se situent elles aussi dans le cadre de cette politique de rattrapage. Ne sont décorés que les partisans de Ouattara. Et Jean Hélène était manifestement un partisan de la rébellion de Ouattara. Avec cette politique d’exclusion, il est compréhensible que Ouattara ne parvienne pas à réconcilier les Ivoiriens.

Boga Sivori bogasivo@yahoo.fr

Source: Notre Voie N°4549 du lundi 21 octobre 201 3




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