Déclaration du Front populaire ivoirien relative au point de presse de Mme Camara KANDIA, Ministre de l'éducation nationale.

Dimanche 2 Octobre 2016 - 13:32


Déclaration du Front populaire ivoirien relative au point de presse de Mme Camara KANDIA, Ministre de l'éducation nationale.
DECLARATION DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN RELATIVE AU POINT DE PRESSE DE Mme CAMARA KANDIA, MINISTRE DE L’EDUCATION NATIONALE


 
Mardi 20 septembre 2016, nombreux sont les ivoiriens qui assistent, au spectacle ahurissant, largement relayé par les médias, de la ministre de l’Education Nationale  de Côte d’Ivoire, se livrant avec force gestes et invectives, à une diatribe enflammée à l’endroit  du nommé Mesmin Comoé et « ceux de son bord » à qui elle promet une « riposte sauvage et inoubliable », en réponse à un mouvement de grève qui aurait été qualifié de « sauvage et illimité ». Au-delà de la question de fond à l’origine de cette sortie pour le moins incongrue et inconvenante de Mme Kandia Camara, le Front Populaire Ivoirien tient à souligner et attirer l’attention sur ce qu’il considère comme une autre et nouvelle forme de la dérive dictatoriale dans laquelle, jour après jour, le pays ne cesse de s’enliser depuis le 11 Avril 2011. LES FAITS :    Suite à la décision prise en conseil des ministres (par arrêté N°0086 du 12 août 2016) de rétablir au cycle primaire, les cours du mercredi, faisant ainsi passer la semaine de travail des élèves et personnels enseignants à 4 jours et demi, le Mouvement des Instituteurs pour la Défense de leurs Droits (MIDD), réuni en Assemblée Générale décide d’une grève immédiate et illimitée afin de contraindre la ministre de rapporter cette décision que le syndicat juge « précipitée et inappropriée dans le contexte actuel ». En réaction, la ministre de l’Education Nationale convoque un point de presse le lundi 19 septembre 2016 à son cabinet.   De ce qu’il en est ressorti, nous retenons les propos suivants, que nous transcrivons littéralement.  Mme la ministre : «  Allez dire à Comoé Mesmin que si lui et les enseignants de son bord décident de lancer une grève sauvage et illimitée, la riposte sera sauvage et inoubliable »; « allez lui dire (écrivez cela noir sur blanc) que la ministre Kandia Camara dit que si lui et ses sbires lancent une grève sauvage, la riposte sera sauvage », (…) A partir d’aujourd’hui, j’ai décidé d’affecter Mesmin Comoé dans un établissement de l’intérieur (…) « à Odienné » NOTRE ANALYSE Sur la forme :  Le Front Populaire Ivoirien (FPI) s’insurge contre la violence verbale dont a fait preuve Mme la ministre dans des propos indignes d’un représentant de l’Etat, qui plus est, en charge de l’Education Nationale.   Le FPI réprouve totalement l’usage des termes et expressions tels que « sauvage », « inhumain », « méchant » « allez dire à Comoé Mesmin que si il lance cette grève, ça va être sa dernière grève »  « si un syndicaliste touche à un seul cheveu d’un enseignant…» « ici à Abidjan, Comoé Mesmin (…) se promène… » et la gestuelle qui les accompagnait, indices qui relèvent plus de la bagarre de rue, que d’une argumentation menée dans un cadre démocratique, comme on est en droit de s’y attendre. Car c’est de cela qu’il s’agit dans le différend qui oppose le ministre de l’Education Nationale aux syndicalistes du MIDD. C’est de cela qu’il devrait s’agir et non d’une séance de règlements de compte digne des plus grands westerns hollywoodiens. Car à la vérité, en exhibant ainsi le spectacle désolant – et c’est peu dire- auquel nous avons assisté, le message qu’envoie la ministre à la jeunesse dont elle a la charge n’est ni plus ni moins que celui d’une société où la violence sous toutes ses formes est l’arme par excellence de résolution des contradictions. Et après cela, faudra-t-il s’étonner encore de la banalisation de la violence telle que répandue par le phénomène des microbes ? Il est vrai que depuis le coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002 (coïncidence troublante, le point de presse de madame la ministre a aussi lieu un 19 septembre) la Côte d’Ivoire est entrainée malgré elle dans un cycle de violence initié par ceux-là mêmes qui nous gouvernent aujourd’hui et dont madame la ministre est. Mais nous tenons à rappeler qu’être ministre, ce n’est pas qu’être en charge d’un portefeuille ; être ministre renvoie à une fonction relevant des plus hauts niveaux de l’Etat et cela impose une obligation de mesure et de réserve, autant dans l’expression que dans les actes. En outre, le Front Populaire Ivoirien (FPI) dénonce la tendance qu’a madame la ministre à personnaliser le débat sur la semaine de 5 jours, en le réduisant à une querelle entre elle, Kandia Camara et le nommé Comoé Mesmin. – comment, sinon, comprendre le sens de ces invectives et apostrophes directes du genre « Allez dire à Comoé Mesmin, que la ministre Kandia Camara dit… la riposte sera sauvage ».  A ce que nous sachions, la décision d’entrer en grève aurait été prise en Assemblée Générale et Monsieur Comoé agit et parle en sa qualité de Secrétaire Général du MIDD, syndicat des enseignants du primaire. De ce fait, les pôles de la contradiction ne sont nullement Kandia Kamissoko Camara et Comoé Mesmin, mais deux structures appelées à collaborer – du moins en théorie : le ministère de l’Education Nationale et un Syndicat d’enseignants- qui plus est, concerné par une mesure sur le fond de laquelle nous nous réservons le droit de réagir – dans un autre cadre. Alors, si madame la ministre estimait la grève initiée par le MIDD injustifiée, qu’elle active les procédures légales en pareilles circonstances, plutôt que de se livrer à une mise en scène digne d’un téléfilm de seconde zone. Sur le fond :  Le FPI s’interroge sur les raisons véritables de ce déchainement de colère qu’il juge disproportionné eu égard aux motifs officiels. De mémoire d’ivoirien, ce n’est pas la première fois qu’un syndicat entre en lutte contre sa tutelle, ni que les antagonismes se durcissent au point où le dialogue s’en trouve rompu. Mais jamais, au grand jamais, l’on n’a assisté à un tel déploiement d’invectives et d’attaques directes y compris sur la vie privée de l’une des parties. Extraits : « les enfants de Comoé Mesmin étudient à l’étranger (…) il a une Mercedes classe S et un 4x4 de marque américaine »… L’analyse des termes employés par madame la ministre, certaines allusions  du genre « Allez dire à Comoé Mesmin que si lui et les enseignants de son bord » portent à croire que les motivations profondes sont à rechercher ailleurs. A moins que l’on veuille noyer le poisson et détourner l’opinion de l’essentiel en cette timide rentrée 2016/2017 : à savoir la carence chronique en infrastructures et matériels didactiques de première nécessité dont souffrent les établissements publics et que l’on tente de masquer à coup de distribution de kits scolaires et autres décisions impopulaires. Par ailleurs, Le Front Populaire Ivoirien s’inquiète des purges annoncées et de la chasse aux sorcières menée parmi les syndicalistes qui obéiraient au mot d’ordre de grève du MIDD. Le FPI rappelle à madame la ministre qu’une telle décision, si elle était appliquée, serait en violation flagrante de la loi portant code du travail (plus précisément en son article 51.8 relatif aux droits des représentants syndicaux en matière de licenciements et/ou mutations punitives).
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Au demeurant, le FPI, le parti du président Laurent Gbagbo, s’offusque des propos pour le moins irresponsables qui tendent à faire valoir le département de Minignan (nord du pays) où le syndicaliste Comoé aurait été affecté en représailles, comme un enfer - national - lieu - d’expiation - des pires - fautes.  Si cela était, que madame la ministre nous dise : quelles fautes ont donc commis tous les enseignants et agents de l’Etat qui travaillent dans cette région? Au moment où le pays tente résolument d’avancer sur la voie du développement durable par la mise en place d’une politique de décentralisation et de mise en valeur des collectivités locales, de tels propos sont totalement irresponsables, révoltants, choquants, surtout de la part d’un représentant de l’Etat.  Le FPI interroge madame la ministre : qu’est-ce qui vaut à Minignan d’être ainsi indexé comme une sorte de « Camp Boiro » réservé aux récalcitrants opposants du régime ?  Dans une nation qui se respecte, tous les espaces se valent et il ne saurait être question d’en désocialiser certains, en leur accolant la connotation péjorative d’un goulag créé expressément pour torturer et faire souffrir (quoique…) En tout état de cause, l’opinion tient là l’occasion de constater que, contrairement à ce que l’on a voulu faire croire, le FPI n’est pas l’auteur de la prétendue marginalisation des populations issues du Nord de la Côte d’Ivoire. NOTRE POSITION Face à cet autre risque d’embrasement du front social, Le Front Populaire Ivoirien:  
1. Dénonce la tonalité belliqueuse et va-t-en-guerre de l’adresse de madame la ministre de l’Education Nationale et appelle à plus de modération et de courtoisie dans ses propos – au moins par respect pour le peuple de Côte d’Ivoire ;
2. S’insurge contre la manœuvre qui consiste à brandir le spectre des sanctions en lieu et place d’un débat démocratique, ouvert et constructif ;
3. Demande à madame la ministre de l’Education Nationale de revenir sur les menaces de mutation qu’elle fait valoir à l’encontre de monsieur Comoé et d’éventuels autres enseignants et syndicalistes ;
4. S’élève contre les purges annoncées et se réserve le droit de réagir le cas échéant ;
5. Réaffirme sa solidarité à tous ceux qui se battent pour le triomphe et le respect des libertés démocratiques ;
6. Invite madame la ministre à tout mettre en œuvre pour faire retomber la tension suscitée par la virulence de ses propos et ramener tous les partenaires de l’Education Nationale à la table d’un dialogue constructif.  Il en va de l’avenir des enfants de ce pays ;
7. Se réserve le droit de réagir en temps voulu sur les implications de la mesure de rétablissement des cours du mercredi dans le cycle primaire.  


Pour le Front Populaire Ivoirien
La Secrétaire Nationale Chargée de l’Education Nationale
ADOM Marie-Clémence
 




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