Déchets toxiques: l’incroyable hold-up de la justice sur les 4,6 milliards

Le verdict tant attendu dans le procès des déchets toxiques est finalement tombé hier peu après midi et a eu l’effet d’une douche froide pour les nombreuses victimes qui avaient accouru, tôt le matin, dans la grande salle d’audience du palais de la justice. Les accusés, qui n’avaient d’ailleurs pas fait le déplacement se sont vu confirmer le verdict du procureur mais sans mandat de dépôt. Quant à la question de l’indemnisation, nœud gordien de l’affaire, les juges ont sorti le grand jeu en restant muets sur le sujet. Access Bank devenue Afriland First Bank, justement pour échapper aux poursuites, s’en est même sorti avec une image redorée, puisque le juge, contre l’avis du procureur, a estimé que la seconde n’a rien à voir avec la première. Telles sont finalement les conclusions d’un procès qui avait donné beaucoup d’espoir d’indépendance aux victimes et, au-delà, à tous les Ivoiriens. Mais le rêve était trop beau pour être vrai.

Jeudi 15 Janvier 2015 - 15:09


Contexte:

Tête basse, la plupart des victimes des déchets toxiques, qui avaient envahi la salle d’audience de la chambre des délits économiques du tribunal correctionnelle d’Abidjan, sont reparties chez elles désappointées par la décision des juges après avoir écouté le président du réseau qui les défend Charles Koffi.

Enjeu:
Les 4,4 milliards qui devaient servir à indemniser quelque 6.624 victimes dont l’argent avait été indument transféré à Access Bank devenue Afriland First Bank ont ainsi disparu du vocabulaire des juges.

Difficile hier pour les victimes des déchets toxiques, qui attendent depuis des années de procédure pour se faire indemniser, de relever la tête après le coup de massue que leur a administré les juges de la chambre des délits économiques du tribunal correctionnel d’Abidjan. Ces derniers ont en effet clairement botté en touche sur le fond de l’affaire en confirmant, mais sans mandat de dépôt, les réquisitions du procureur de la république contre Claude Gohourou, président d’un collectif acculé par plus de 23.000 victimes, et Koné Cheick « injugeable » depuis de nombreuses années. Tous les deux  ont certes été condamnés à 20 ans de prison mais le tribunal a éludé la question cruciale des indemnisations pour laquelle courent des milliers de victimes des déchets toxiques depuis trop longtemps. En effet, là où le procureur avait bien évité le piège à c… dressé par Afriland First Bank, anciennement Access Bank au moment du transfèrement des 4,656 milliards pour distraire l’auditoire, les juges ont estimé que les deux établissements représentent bel bien deux entités distinctes. Justifiant ainsi clairement la perte des 4,656 milliards avec la « disparition » d’Access Bank. Mais ce dénouement, pour le moins inattendu, n’est pas seulement brutal ; il tue visiblement toutes les avancées auxquelles les victimes croyaient avoir parvenu au fil des quatre longues années de procédure. La collusion avec tous les accusés est d’autant plus effarante que ceux-ci n’ont guère daigné se déplacer au tribunal du Plateau où était attendu le verdict. On aurait surtout dit qu’ils avaient été prévenus à l’avance et le tribunal ne s’en est d’ailleurs pas senti offusqué, puisqu’aucun mandat de dépôt n’a été pris contre les concernés. Le régime mène pourtant, par justice interposée, une guerre effroyable contre  ses opposants, au nom du principe que tout coupable de délit, même inventé, doit être jugé. Or le sulfureux homme d’affaires Koné Cheik, convaincu de prise illégale d’intérêts de plusieurs milliards dans cette affaire, continue d’échapper à la justice. Condamné, hier,  à seulement 3 millions d’amende comme son congénère Claude Gohourou, de la coordination qui a été convaincue de détournement de plusieurs milliards des déchets toxiques, son jugement montre bien que les victimes ont eu tort de vite trop tôt crier victoire après avoir été rassurés par les dirigeants du RDR, qui avaient alors promis de ne pas protéger ses cadres concernés par cette affaire. A part Afriland First Bank, la SGBCI continue de s’offrir une image de banque au-dessus de tout soupçon, puisque l’enquête de la police économique n’a jamais pu franchir les portes de son immeuble en dépit des réclamations des victimes qui revendiquent une ardoise de 18 milliards. En revanche, le ministère de l’intérieur a donné un coup de pouce aux accusés en bloquant l’agrément du réseau des défenseurs. Ce qui a servi hier d’argument au juge du procès pour contester la qualité de partie civile au réseau de Charles Koffi.

Source: Aujourd’hui / N°806




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