De retour de La Haye, Agoh Marthe fait le grand déballage : « Gbagbo m'a dit... »

Lundi 23 Février 2015 - 08:40


Agoh Marthe au milieu de la table de séance
Agoh Marthe au milieu de la table de séance

Nommée Secrétaire national chargée de la coordination des actions pour la libération de Laurent Gbagbo, c'est le 20 septembre 2014 que Agoh Marthe a été pleinement investie pour accomplir sa mission. Sa nomination à ce poste répondait, selon elle, à la volonté du FPI de faire davantage bouger les lignes pour obtenir la libération de Laurent Gbagbo.
Mais une chose est d'être nommée, une autre est de bien accomplir sa mission. Agoh tient à réussir sagement la tienne. Pour y parvenir, il lui fallait absolument rencontrer Laurent Gbagbo dans la prison de Scheveningen. Cette rencontre, dont les premières démarches remontent à octobre 2014, a finalement eu lieu le jeudi 19 février dernier. Elle avait pour but de soumettre à l'approbation de Laurent Gbagbo son programme d'actions et de recevoir de lui des directives essentielles pour accomplir sa lourde mission.Selon Agoh Marthe, l'enjeu de sa démarche est de faire en sorte que Laurent
Gbagbo soit libéré dans l'honneur et la dignité, et non dans le déshonneur et la compromission. C'est en ces termes qu'elle a exposé les raisons qui l'ont conduite à La Haye. Elle s'exprimait à l'occasion d'une conférence publique tenue ce week-end à Paris, en présence d'un auditoire majoritairement composé de militants et sympathisants du Front populaire ivoirien, dans une salle refusant du monde,  où étaient  présents Stéphane Kipré, président du l'UNG (Union des Nouvelles générations) , et  Bernard Houdin, Conseiller de Laurent Gbagbo.
Les préoccupations de l'auditoire ont naturellement détourné la conférencière du thème initial de la conférence ainsi libellé : « Le sang des enfants de Côte d'Ivoire crie justice ». Un thème en rapport avec l'actualité des enlèvements et tueries d'enfants en Côte d'Ivoire . La tentative de madame Hortense Adé Assalé, Représentante du FPI en France, pour recentrer le débat sur ce thème, fut vaine. La conférencière elle-même avait déjà donné le ton en passant sous silence ce thème dans son propos liminaire. Un thème qui finalement ne fut qu'un prétexte pour parler d'une situation judiciaire plus générale impliquant la justice nationale et la justice internationale. La question de la justice nationale étant dominée par la situation des prisonniers politiques, et la justice internationale par la situation de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé.

 

Une stratégie basée sur la communication.

 

Selon la conférencière, il y a nécessité de communiquer pour sensibiliser les citoyens occidentaux sur la véritable raison de l'incarcération de Laurent Gbagbo . Cette raison n'est rien d'autre que son respect de la Constitution. Gbagbo l'avait dit aux juges de la Cour pénale internationale : «  La démocratie, c’est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit qui est la Constitution. Qui ne respecte pas la Constitution n’est pas démocrate. Madame, c’est parce que j’ai respecté la Constitution qu’on veut m’amener ici. Je suis là ... » Il faut, selon Agoh Marthe, dire aux occidentaux que leurs dirigeants ont violé la Constitution ivoirienne en ne respectant pas la décision du Conseil constitutionnel. Décision faisant de Laurent Ggagbo vainqueur de la présidentielle du 28 novembre 2010 sur la base de la véracité des résultats du scrutin. En foulant aux pieds cette décision, les dirigeants occidentaux, sous le manteau de la Communauté dite internationale, ont fait incarcérer Laurent Gbagbo à La Haye sous le prétexte qu'il aurait commis des crimes contre l'humanité dans la guerre consécutive à son refus de quitter le pouvoir après la fameuse « certification » de l'ONU le désignant perdant de la présidentielle. Or Laurent Gbagbo n'a rien fait d'autre que respecter la constitution en se soumettant à la décision du Conseil constitutionnel.

Selon la conférencière, les occidentaux doivent comprendre que les actes posés par leurs dirigeants en Côte d'Ivoire visent à rétrograder les ivoiriens au règne animal. Cette rétrogradation, marquée par le refus du droit aux ivoiriens de respecter leur Constitution, est une volonté de les déshumaniser. Une déshumanisation qui ferra de tout ivoirien, partout où il se trouve, un danger pour l'humanité. Tel est , selon Agoh Marthe, entre autres sens, le sens profond des actes posés par la Communauté internationale en Côte d'Ivoire.

Mais en dehors de cette stratégie de communication que font les avocats de Laurent Gbagbo ? Tel était la préoccupation de l'un des intervenants. A ce sujet, Agoh Marthe a fait remarquer qu'ils font leur travail, qu'ils font ce qu'ils doivent faire. Mais la réalité, selon elle, est que la détention de Gbagbo est politique, elle ne relève pas du droit.
 

Gbagbo dans une posture de combat.
 

Agoh Marthe a révélé que Gbagbo demeure dans une posture de combat. « Gbagbo m'a dit, « gardons la même posture, la posture de combat ». Lui, il n'a pas fait la reddition , il est notre général. On n'a perdu la bataille militaire, mais on n'a pas perdu la guerre, parce que la guerre c'était de recoloniser la Côte d'Ivoire. A ce niveau nous sommes nombreux à être libres. », a laissé entendre la conférencière .

Répondant à une question posée par l'une des intervenants, Agoh Marthe a abordé le sujet de la candidature de Laurent Gbagbo pour la présidence du FPI . C'est parce qu'il demeure dans une posture de combat que Laurent Gbagbo a décidé de reprendre la direction du Front populaire ivoirien. Agoh Marthe a laissé entendre que Laurent Gbagbo lui a dit qu'il reproche à Affi N'Guessan ses actes de déviation des objectifs du FPI. Voyant cette déviation, il ne pouvait rester indifférent . Elle a souligné par ailleurs que Laurent Gbagbo lui a confirmé avoir signé lui-même sa lettre de candidature en présence du Représentant du notaire Robert Buurke, pour répondre favorablement à l'appel de Mama. Tous les agissements de Affi N'Guessan qui s'en sont suivis font véritablement souffrir Laurent Gbagbo, a fait remarqué l'ex Vice-présidente du Parlement ivoirien. Pour Gbagbo, « Affi est allé trop loin ! », a-t-elle rapporté.
 

Le départ d'Affi N'Guessan

 

Répondant à la question de savoir : « Qu'est-ce qu'on fait d'Affi ? », la conférencière a été très claire :« Après le 7 mars, croyez-moi, Affi va partir ». Cette déclaration a suscité des acclamations de l'auditoire. Car selon la conférencière, après avoir touché aux obstacles qui font couler le bateau, Affi N'Guessan « ne mérite plus d'être appelé le capitaine du bateau FPI .Il doit être mis hors du bateau. ». Ces « obstacles » sont entre autres la contestation incongrue de la candidature de Laurent Gbagbo et lprocès intenté au parti pour invalider arbitrairement cette candidature.

Ce départ d'Affi N'Guessan permettra de mettre fin aux reproches faits au parti concernant son immobilisme et sa passivité dans la situation actuelle du pays. Car le FPI a quasiment tourné le dos à la lutte démocratique devant être menée contre le régime Ouattara. Agoh Marthe, sans détour, a pointé le doit accusateur sur le résident du parti. Il est le principal responsable de l'inertie actuel du Front populaire ivoirien. En effet, pour bloquer l'exécution des décisions essentielles de la dernière Convention du parti prévoyant des « actions graduées » à mener, Affi N'Guessan a décidé de le désorganiser en créant des frustrations par le remaniement opéré au sein de sa direction. Elle lui reproche de ne pas faire usage du consensus dans ses prises de décisions, alors qu'il continue de présider le FPI à la suite d'un consensus obtenu après la fin de son mandat de 3 ans depuis 2003.

 

Le FPI et la présidentielle de 2015

 

Sur la question de la participation ou non du FPI à la prochaine présidentielle, la conférencière a répondu sans ambages. Elle a soutenu que la prochaine présidentielle ne sera à l'ordre du jour au FPI que lorsque seront évacuées ces questions : «  Qui a gagné la présidentielle de 2010 ? », « Qui doit proclamer les résultats définitifs de la présidentielle en Côte d'Ivoire pour qu'ils soient acceptés par la communauté internationale ? ». Elle a soutenu que c'est l'évacuation de ces questions qui permettra d'éviter à la Côte d'Ivoire un nouveau conflit armé que pourrait engendrer la présidentielle de 2015.

Après ce grand déballage d'Agoh Marthe il est possible que les  choses s'accélèrent dans les jours à venir dans le parti de Laurent Gbagbo.

 
Zéka Togui.





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