De profundis...: Un regard critique sur les dérives et la décadence du Sarkozysme

Mardi 8 Mai 2012 - 05:37


De profundis...: Un regard critique sur les dérives et la décadence du Sarkozysme
C’est avec une joie mesurée, mais profonde, que nous apprenons ce soir la défaite de Nicolas Sarkozy, au second tour de l’élection présidentielle. Nous ne sommes, à l’évidence pas seul, en France et en Afrique, à nous en féliciter. Tout au long du mandat présidentiel, et particulièrement aux cours des trois dernières années, nous n’avons eu cesse de témoigner à travers nos écrits, du rejet profond que faisaient naître chez nous les conceptions particulières de l’exercice du pouvoir et de la société de l’ex-locataire de l’Élysée.

Nous éloignant de l’expression triviale, nous n’avons jamais traité de la présidence Sarkozy et de ses méfaits sous un angle subjectif. Il ne s’est jamais agi d’un problème de personne, mais plutôt d’un problème de personnalité, non d’une question de style ou de forme, mais d’une question de fond. Délaissant la critique superficielle aux amuseurs publics et autres "professionnels" de la politique, nous avons essayé de replacer le Sarkozysme dans un contexte plus global, celui du cadre politique français.

La vie en rose, pâle...

En ce dimanche 6 mai 2012, l’heure est, pour nombre de nos concitoyens, à la fête et au soulagement. L’équipe de campagne de François Hollande, accédant à une marche qui se dérobait sous ses pieds depuis le siècle dernier et le sacre d’un autre François, a toutes les raisons de se réjouir.

Au regard du champ de ruines sociétal, économique et diplomatique que laisse le gouvernement sortant, les vainqueurs du jour n’auront pas de sitôt l’occasion de savourer l’ivresse du succès et de communier avec les foules.

L’état de grâce, si état de grâce il y a, sera de courte durée. Les ventres français crient famine et ne se contenteront pas des politiciennes
"nourritures de l’esprit" distribuées avec largesse, puisque gratuites, durant la campagne électorale. Les loyers devront être payés, les crédits remboursés, les frigos remplis ainsi que le réservoir des automobiles familiales, et avec une autre monnaie que les promesses du candidat Hollande.

Ainsi, les rues de France ne seront pas sures avant longtemps pour le camp socialiste. Au coin de chaque bois, au détour de chaque ruelle, demeureront en embuscade qui de Marine le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon, ne demandant rien que de pouvoir faire les poches et subtiliser les électeurs d’un PS en panne de solutions …
Loin de nous la volonté de doucher l’enthousiasme ambiant, cette sensation agréable que les champs des possibles, et des possibles radieux s’étalent à perte de vue.

Mais n’oublions pas que le conseiller en communication de l’ex-candidat et nouveau Président de la république n’est autre que M. Emmanuel Valls. Un homme dit de gauche mais possédant deux pieds et un seul lobe frontal, tous situés à droite.
Un humaniste à minima qui refusait en 2002 de scolariser les enfants de squatters et de sans-papiers de sa commune. Un humaniste de pacotille, sarkozyste refoulé, qui se proposait de « blanchir » les allées du marché de sa bonne ville d’Evry.
 
Armons-nous donc de courage, car aujourd’hui plus qu'hier, la vigilance devra inspirer les participants au combat qui vient à peine de débuter…

Non l’avenir, bien que socialiste, n’est pas rose et l’espoir reste diffus. S’il est imprudent d'accorder une confiance aveugle au nouveau pouvoir, il est cependant sain et utile de se retourner pour constater d’où nous venons : un France formellement démocratique, fondamentalement libérale et allergique à la différence. Nous avions dressé, il y a quelques mois de cela, le réquisitoire implacable du bilan désastreux de Nicolas Sarkozy. (1)
Nous ne reviendrons pas sur les points que nous soulevions alors, nul besoin de refaire ce qui a déjà été fait, ni de démontrer à nouveau l’évidence. Il nous semble plus édifiant de revenir sur deux points que nous avions alors volontairement mis sous le boisseau, et qu’il convient de développer plus amplement, en guise d’oraison funèbre du mandat de Nicolas Sarkozy.

Son rôle de diviseur de la société française, en tant que soutien objectif du Front National et sa grande œuvre africaine, qui lui confèrera sans nul doute le titre de président français de la Vème république le plus haï sur le continent noir.

La France otage des ambitions sarkoziennes.

Nicolas Sarkozy aura fait montre d’un cynisme et d’un mépris à toute épreuve à l'endroit des principes républicains, et ce, du premier au dernier jour de sa présidence. Bataillant pour accéder au pouvoir en 2007, il avait déjà agité les peurs et les concepts, partie intégrante de l’idéologie du Front National.

Des principes antirépublicains portés, depuis la création de la formation xénophobe, par Jean-Marie le Pen et théorisés par François Duprat (véritable démiurge de la droite extrême post-guerre d’Algérie). Bien qu’usées avec une relative retenue, l’instrumentalisation de l’immigration comme épouvantail à «petit blanc» et de l’islamophobie (toutes deux marques de fabrique du Front), avaient constitué deux axes forts de la campagne du candidat Sarkozy, et de l’expression de sa pensée coprophile.
En effet, pour séduire l’électorat d’un François Bayrou crédité d'un très bon score (18,57 %), il fallait alors se garder d’effrayer le cœur de la cible centriste, républicaine et catholique, rétive à la chasse à l’immigré (que ce dernier soit mangeur ou non de viande hallal).

La recette, pourtant gagnante en 2007, ne produira pas les mêmes résultats à sa reprise 5 ans plus tard.
De l'eau avait coulé sous les ponts, où les SDF, que le candidat Sarkozy promettait de loger se multipliaient ainsi que les sans-emploi dans les files d'attente des antennes Pôle Emploi...

De fait, les chiffres catastrophiques du chômage, le développement d’un précariat accablant les classes moyennes, le rejet qu’avaient entrainé ses politiques libérales favorables aux classes aisées, ses rodomontades posaient un problème quasi insoluble au président en quête de réélection. C’était sans mentionner les failles qu’il avait creusées et encouragées entre citoyens durant cinq années passées à dresser les différentes composantes de la société française les unes contre les autres. Le simple statut de président contesté lui aurait amplement suffit au moment de briguer les suffrages des français, mais il se savait honni par une partie non négligeable de la population et de ceux qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir (les fameux déçus du sarkozysme).
A droite toute!

Mais il en eût fallu bien plus pour décourager l’histrion de l’Élysée.
Afin de tenter de conserver son poste, et suivant en cela la stratégie mise en place par son très droitier conseiller Patrick Buisson, Nicolas Sarkozy, dans l’espoir de récupérer les électeurs d’une Marine le Pen placée haut dans les intentions de vote, décida de faire campagne à droite. L’avant premier tour, révéla un candidat esquivant les thématiques sociales et ratissant les plates-bandes de l’extrême-droite. L’affaire Merah (arrivée sans doute trop tôt dans la campagne), en replaçant la thématique du terrorisme vert au centre des débats, valida alors les choix discursifs du candidat.
 
Usant d’une démagogie répugnante, il positionna le parti de Marine le Pen au centre du débat de l’entre-deux tours. Reprenant entre autre, la proposition de cette dernière tendant à l’inscription de la présomption de légitime défense au bénéfice des forces de police, Nicolas Sarkozy, islamophobie et xénophobie en bandoulière fit de la haine et la peur de l’autre (peu importe qu’il soit français, pourvu qu’il soit « musulman d’apparence ») les appâts dédiés de la pêche à l’électeur « mariniste ».
Que dire du panneau figurant dans son clip de campagne, où «Douane» est écrit en français et arabe ?
Que déduire des déclarations de Gérard Longuet, nervi dans sa prime jeunesse du mouvement fascisant Occident, déclarant possible les discussions avec le Pen, ou de son lapsus « Nous au FN » ?
Que l’UMP était devenue une annexe du Front ?
Que l’ex-président, cherchant à se maintenir au pouvoir, n’eût craint de renier l’héritage gaullien et républicain de sa formation politique ? Nicolas Sarkozy en maniant ces concepts par opportunisme politique et dans un but uniquement électoraliste a joué en pure perte, non pas avec des allumettes mais avec un lance-flammes, ainsi que le soulevait avec justesse Lorrain de Saint Affrique, à l’occasion du débat nauséabond portant sur le ministère de l’Identité nationale. (2)
Ce qu'il restera du Sarkozysme.


De fait, Nicolas Sarkozy a définitivement consacré Marine le Pen et ses idées, faisant fi du danger consistant en ce que ces thématiques extrêmes deviennent, non plus des sujets en marge du débat politique, mais des notions centrales. Ce que tout un chacun put constater lors de la campagne du second tour, où François Hollande se vit contraint de reconnaitre certaines contre-vérités devenues des lois d’airain.Le gain ne fut cependant pas celui escompté : le FN avait raflé la mise et s’était imposé comme force politique incontournable en arrivant en troisième position au premier tour.
Nicolas Sarkozy, adoptant la politique de la terre brulée, décida alors, au risque de faire imploser sa famille politique, de jeter aux orties l’héritage de la droite républicaine. Parachevant son œuvre de destructeur de l’unité nationale et de vulgarisateur des thématiques extrêmes, il s’adonna, toute honte bue, à une pathétique chasse à l’électeur frontiste. Une danse du paon risquant de laisser des traces à l’UMP et au sein de l'inconscient collectif.
Il y avait trop d’immigrés en France et par conséquent, il fallait bloquer les nouveaux arrivants. Autre legs du sarkozysme à la vie politique et à la société française, la sacralisation des antagonismes ethnoculturels. Il n’y a désormais plus de Français, ne restent que des français se différenciant selon leur couleur, leur patronyme ou leur confession.

Qui aurait pu penser que François Duprat, père du FN et de l’extrême-droite française d’après-guerre, admirateur de l’OAS, inspirerait les prises de position des représentants du Gaullisme ? Le slogan, qu’il s’était évertué à imposer au FN à sa création, « 1 million d’immigrés=1 million de chômeurs » fut en quelque sorte repris par Nicolas Sarkozy lors de sa campagne-bérézina, lorsqu’il affirma qu’on ne pouvait plus accueillir «Ces étrangers entrant sur le sol national uniquement par « appétence » de son système de protection sociale ». N’étaient-ce pas les référents frontistes qui transparaissaient soudain à travers son opposition farouche à la proposition du candidat PS d’accorder le vote aux ressortissants étrangers aux élections municipales ?
L’inconséquence de Nicolas Sarkozy, son absence de moralité, sa propension à jouer aux apprentis-sorciers, en redéfinissant la communauté nationale en fonction de ses ambitions politiques, se mesureront dans les années à venir.


 
Le mal et les dommages qu’il aura causé à l’idée même de république ne se constateront que sur le long terme, cette page de l’histoire politique n’étant pas encore rédigée. Il est pourtant d’ores et déjà loisible de constater que non content d’avoir mis le feu à son propre pays, le pompier-pyromane névrosé aura exporté sa dangerosité à l’étranger, notamment en Afrique…
Nicolas "L’africain"

Passons sur les faits les plus véniels, comme par exemple les pressions effectuées sur Alpha Condé, amenant ce dernier à accorder la concession du port de Conakry à l’ami du président, Vincent Bolloré (3), pour nous pencher sur les dossiers emblématiques de la présidence passée.
 
Les africains en sont pleinement conscients, trois pays du continent noir ne sont pas près de se remettre du passage de Nicolas Sarkozy à la tête de l’état français. Dans l’ordre ce sont, la Côte d’Ivoire, La Libye et le Mali.

Est-il encore nécessaire de se remémorer la gestion coloniale et criminelle du conflit post-électoral ayant endeuillé la Côte d’Ivoire, de fin novembre 2010 à avril 2011 ? Des graves conséquences de l’ingérence de l’ex-puissance coloniale dans la vie démocratique de ce pays ? Des failles béantes, des blessures non encore cicatrisées laissées en souvenir au peuple ivoirien ? Qui peut dire le nombre exact de personnes ayant perdu la vie par la folie d’un homme ? Le chiffre de 3000 victimes, avancé par l’administration du pantin pathétique Alassane Ouattara, préfet-sident missionné par un état étranger, ne peut être retenu.
Laurent Gbagbo qui sera jugé au mois de juin prochain par l’occidentale CPI, doit sa présence dans le box des accusés à Nicolas Sarkozy, devenu de ce fait l’ennemi numéro 1 de la diaspora franco-ivoirienne. Mais ce fut un mal pour un bien. L’action honnie de Sarkozy à Abidjan a réveillé une Afrique qui se laissait aller, se berçant d’illusion en ayant à l’esprit une vision idyllique de la relation de subordination la liant à la France.

La Côte d’Ivoire ne restera pas le seul fait d’armes de l’ex-président français. La guerre d’agression et de voyou qu’il mena en Libye, sous des prétextes fallacieux, avec la caution intellectuelle du prince de la vacuité et du néant, Bernard-Henri Lévy, est d’une autre ampleur, si l’on se fie à l’échelle du brigandage d’état et de la voyoucratie internationales pratiqués traditionnellement par les puissances occidentales.

Il aura réussi à transformer un pays unifié, où les indicateurs du niveau de vie étaient parmi les plus élevés d’Afrique en Irak jouxtant l’Europe. Depuis la guerre de Sarkozy, la Libye n’existe plus ou si peu. La démocratie ne risque pas de s’y installer dans l’immédiat et les libyens sont de plus en plus nombreux à regretter ouvertement Mouammar Kadhafi, dont la mise à mort filmée a été gracieusement organisée par Nicolas Sarkozy, Barack Obama et David Cameron.
On saura peut-être d’ici quelques temps si le Guide libyen était bien un financier de la campagne de Sarkozy en 2007 à hauteur de 50 millions d’euros. On saura également si ce financement fût une des motivations de cette guerre inutile. Par contre, au sujet des victimes civiles des frappes otaniennes et françaises qui n’ont pas défrayé les chroniques des médias français, Nicolas Sarkozy n’a pas eu et n’aura pas à s’expliquer.

Il en est ainsi pour le Mali, pays connaissant la guerre et la partition en partie "grâce" à l’aventurisme néocolonial de « Sarkozy l’Africain ». En effet, comment lire l’instabilité y prévalant aujourd’hui autrement que par la migration des métastases du conflit libyen initié par Sarkozy, et l'activisme des combattants touaregs de laLégion Targuie de Kadhafi, rentrés au bercail avec armes et bagages ?

Comment ne pas suspecter l’AQMI et ses démembrements locaux d’avoir fait leurs courses au supermarché libyen à ciel ouvert, gracieusement achalandé par l’OTAN, où 5000 à 10000 missiles ont été offerts gratuitement à qui se donnait la peine de les récolter ?
Tant d’incendies allumés en Afrique par un homme vain à l'ambition destructrice, bafouant les équilibres géographiques et géopolitiques, inspiré uniquement par sa mégalomanie, son désir de distraire son électorat et d’affirmer continuellement sa virilité.

Requiem…

Pour les dégâts qu’il aura causé à la société française, ou pour ceux qu’il aura occasionné en Afrique du fait de sa vision géostratégique d’épicier, Nicolas Sarkozy n’ira à pas à Canossa.

Doit-on dans ce cas, se réjouir d’un simple renvoi de l’Élysée ? Evidemment non, mais dans un premier temps, nous nous en contenterons. Faute de grives nous nous délecterons du merle à la sauce hongroise, servi sur un lit de roses socialistes.

Nicolas Sarkozy demeurera dans le récit de la Vème république, comme étant celui qui aura redonné à la France un lustre colonial qu’on ne lui connaissait plus. Il restera aussi et surtout comme l’homme de la fracture communautaire en France, il y aura de fait, un avant et un après Sarkozy. Les effets de ses transgressions soixante-huitardes (lui qui se réclamait pourtant de la réaction) se répercuteront sur plusieurs années.

Nous avions soutenu le jour de son élection en 2007 qu’il allait passer la France au révélateur, nous ne pensions pas si bien dire.

Aujourd’hui, au-delà des chants de victoire, nous diagnostiquons une France où être raciste ou xénophobe n’est plus transgressif. Une France où dans certains milieux (notamment les cercles intellectuels de l’élite)et de façon ostensible, on peut stigmatiser le français issu du Maghreb parce que de confession musulmane ou celui d’origine subsaharienne.

Cela ne porte pas à plus de conséquences que le fait d’affirmer ne pas supporter les plats en sauce ou les raviolis. Le racisme et le rejet de l’autre sont devenus des opinions banalisées, et ces avancées, nous le disions alors, sont à porter au crédit de Nicolas Sarkozy.
Pour cela, pour les morts ivoiriens et libyens, pour la dissolution de l’Etat Malien, pour son "gobinesque" ministère de l’Identité nationale, pour ses outrances verbales et son méprisable discours de Grenoble, pour ses mise à l’index de la jeunesse des quartiers populaires, pour sa lutte acharnée visant à la protection des intérêts des plus forts au détriment de ceux des plus faibles, pour sa quête insatiable de l’avilissement de la fonction présidentielle, pour celle, non moins insatiable, du démantèlement de la langue française, sa vulgarité de tous les instants, ses insultes aux plus faibles, ses casse-toi pauv’con !, pour ses velléités népotistes à l’EPAD, pour l’ensemble de son œuvre, nous lui souhaitons bon vent !

En espérant que les alizés le mènent vers les rivages escarpés de la justice française, et pourquoi pas, dans le box des accusés. Il serait bon, en effet, que pour une fois, la morale soit sauve et que nous puissions avoir un bel exemple à montrer à nos enfants et aux générations à venir.
L'exemple démontrant que les hommes mauvais, qu’ils aient ou non exercé le pouvoir, non seulement peuvent le perdre, mais justiciables comme les autres, se voient punis par les lois de la République.

Ahouansou Séyivé

Source: www.cameroonvoice.com





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