De nouvelles révélations sur la démission de Wodié Conseil constitutionnel. Le rôle joué par L'ONUCI

Un mois après le départ de Francis Wodié de la tête du conseil constitutionnel, sa décision continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive. D’ailleurs selon de nouvelles révélations, c’est lors de la rencontre de tous les partenaires concernés par l’organisation des élections, tenue en décembre 2014 à l’ONUCI, qu’a été scellé le sort de l’ancien président du conseil constitutionnel.

Mardi 3 Mars 2015 - 07:55


Francis Wodié
Francis Wodié
Démissionnaire ou démissionné ? Plusieurs semaines après son départ du conseil constitutionnel, de nouvelles révélations éclairent d’une lumière toute neuve les dernières semaines passées par Francis Wodié à la tête du conseil constitutionnel. Car si la lettre du ministre de la justice Coulibaly Gnénéma a été considérée comme l’acte matériel majeur ayant déclenché le processus de son départ, sans doute parce que les têtesà-têtes de Wodié avec Alassane Dramane Ouattara sur le sujet sont pour la plupart inconnus du grand public, l’historique de cette disgrâce se situe dans les dernières semaines du mois de décembre 2014. A cette époque, la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONUCI Achaïtou Mindaoudou convoque à une réunion, au siège de son institution, l’ensemble des acteurs du processus électoral ivoirien. Sont ainsi invités, les partis politiques pouvoir et opposition confondus, le président de la commission électorale indépendante, Youssouf Bakayoko, et le président du conseil constitutionnel Francis Wodié. L’objectif de la rencontre est fort simple. Il s’agit en effet de mettre d’accord les acteurs du jeu électoral sur l’application de la constitution. Pour Mindaoudou, impliquer de cette façon les acteurs ivoiriens est la seule façon de conjurer les événements de 2011 et, notamment, les quatre mois de crise postélectorale. Pour cela, elle demande aux représentants des partis politiques s’ils n’ont pas de griefs à faire valoir contre la constitution ivoirienne. Le représentant du RDR, Amadou Soumahoro saisit alors l’occasion pour expliquer l’intérêt qu’il ya modifier l’article 35 de la constitution, en raison de ses « gênes confligènes » et pour préserver « la dynamique de la paix sociale retrouvée ». « Notre pays a beaucoup souffert de la crise postélectorale, de la manipulation de la constitution et pour cette raison, le moment est venu d’éliminer tout ce qui peut à nouveau diviser les Ivoiriens », conclue Amadou Soumahoro, le secrétaire général par intérim du RDR, au pouvoir. Mais il est le seul à s’inquiéter, puisque les autres partis n’y voient aucun intérêt à modifier la constitution, même si c’est pour soulager Ouattara. La représentante de l’ONUCI demande alors à Francis Wodié dans quelle mesure cette modification peut être obtenue. Ce dernier énumère ainsi les conditions de la modification. A savoir que l’initiative doit être prise soit par le gouvernement ou l’assemblée nationale ou alors par les deux. Et qu’à la suite d’une majorité qualifiée des 2/3 des députés, le texte de loi doit être voté lors d’un scrutin référendaire au suffrage universel. En dehors de ce cheminement, conclue-t-il, il n’est pas possible de modifier l’article 35. Selon des proches de l’ancien président du conseil constitutionnel, les jours qui ont suivi, Francis Wodié a été convoqué par Alassane Ouattara. C’est à la suite de leur entretien que le garde des Sceaux l’a formellement saisi de la question. Francis Wodié avait alors, au terme d’un courrier que nous avons publié, réitéré le processus et insisté qu’en dehors d’un référendum, l’article 35 ne pouvait pas être modifié.

Les craintes des diplomates

Les tensions liées à l’article 35 provoquent de nouvelles craintes dans les ambassades accréditées à Abidjan où l’on entrevoit clairement un passage en force de Ouattara « qui aurait pu gagner facilement », pronostiquent ces dernières. Le chef de l’Etat a en effet peur de l’opinion, très opposée à lui sur la question, mais qui le verrait non plus comme un martyr craint par l’ancien régime, mais comme quelqu’un qui continue de s’imposer par la force. Conséquence, alors qu’une partie de la presse locale avait soutenu que les députés ivoiriens ont déjà été saisis du sujet, l’assemblée nationale n’a toujours pas eu connaissance d’un projet de révision de l’article 35. Sur la question, Alassane Ouattara semble en effet se méfier des menaces du président français François Hollande qui avait déconseillé aux chefs d’Etats africains de modifier les constitutions de leur pays pour se rendre à nouveau éligibles. Signe des temps, le nouveau président du conseil constitutionnel Koné Mamadou a cru bon montrer pattes blanches en  affirmant, lors de la passation de charges avec son remplaçant, qu’il ne modifierait pas cet article. Dans ces conditions que peut faire Ouattara ? Visiblement commettre une voie de fait. Selon Henri Konan Bédié, le chef de l’Etat, n’aurait pas besoin de modifier l’article 35 puisqu’il a déjà été président de la République et peut ainsi bénéficier d’un droit acquis. D’autres par contre, comme le directeur général de Fraternité matin, conseille à Ouattara de supprimer l’article. Quant à la nouvelle direction de la jeunesse du front populaire ivoirien (JFPI), elle vient de lancer une opération « ne touche pas à ma constitution » visant à barrer la route de la présidentielle de 2015 au chef de l’Etat.

Sévérine Blé

Source: Aujourd’hui / N°838




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !