De la propagande au voile qui tombe: La foudre de la désillusion en Côte d'Ivoire

Samedi 23 Juillet 2016 - 10:50


"Tout va pour le mieux dans le meilleur des Côte d'Ivoire possibles depuis le 11 avril 2011". Tel était le refrain et le résumé de la propagande servie aux ivoiriens et au monde dans les médias d'Etat et dans la presse proche du pouvoir. Car il fallait à tout prix convaincre tous que "ADO SOLUTION" n'était pas un simple slogan de campagne mais une formule magique d'un certain art de gouverner pour le bonheur des ivoiriens. L'on n'a cessé d'enjoliver cette réalité catastrophique et dramatique de la grande majorité des ivoiriens par des discours, comme si l'usage du "fond de teint" faisait effectivement disparaître les rides du visage. Or les rides de ce peuple marqué par la pauvreté à grande échelle sont là, visibles pour qui ne refuse pas de les voir en détournant son regard.
Quand je considère cette pauvreté sans précédent, vécu par ces hommes, ces femmes et ces jeunes, il m'arrive de penser que chaque jour vécu par eux relève du miracle, d'une véritable grâce providentielle. Car ils sont sous l'oppression de la pauvreté mais supportent héroïquement son joug impitoyable.
Kwame Nkrumah disait que l'Afrique a besoin de socialisme pour relever le niveau de vie de ses populations par une véritable politique de justice sociale. Ce choix idéologique était pour lui incontournable compte tenu de la grande pauvreté des populations africaines.
La plus grande bombe que doit craindre tout pouvoir c'est la faim populaire qui pousse à la révolte et se termine parfois par la révolution insurrectionnelle ou démocratique. C'est pourquoi ,dans les pays développés qui ont compris cela en tirant des leçons de leur propre histoire, la question sociale reste le dénominateur commun des idéologies de gauche et de droite. Tout comme les socialistes les libéraux restent préoccupés, à un certains degré, par la question de la justice sociale. C'est le fil rouge sur lequel marchent ces régimes, et qui nécessite une véritable maîtrise de l'art du funambule, afin d'éviter la chute.
A l'opposé de cette façon fondamentale et essentielle de faire la politique, ADO SOLUTION, depuis son avènement, n'a fait que manifester son mépris pour les questions sociales. Sans propositions alternatives concrètes, il n'a fait que mener une politique antisociale marquée par la destruction des quartiers précaires et des petits commerces pour satisfaire une certaine exigence esthétique de la ville qui répond dans une certaine mesure au maquillage de cette grande paupérisation, de cette grande misère étouffante. Vaine tentative d'en effacer les traces, les signes, les symboles.

Même si les grandes douleurs sont muettes, comme le dit l'adage, les grandes faims sont parfois hurlantes et très bruyantes. C'est ce à quoi nous assistons depuis quelques jours en Côte d'Ivoire. La bombe sociale est là, elle explose par fragments, par petites détonations. La grande explosion aura t-elle lieu ? Cette question mérite d'être posée, au regard de ce qui se passe ici et là, qui démontre bien l'impuissance d'un régime qui se retrouve aux abois et dont la presse fait écho de sa déstabilisation qui serait en cours. Ce régime a de bonnes raisons de s'inquiéter quand se sont ses villes bastions qui ouvrent le grand bal du soir, celui du crépuscule des grandes illusions. Yamoussoukro, Daloa, Korhogo, Bouaké, en attendant Man et d'autres importantes villes, ont sonné l'heure de la grande protestation, l'heure de la révolte. Le spectacle du 22 juillet 2016 à Bouaké où l'Etat a perdu son autorité et sa présence en quelques heures seulement, est le plus symbolique, qui révèle au grand jour la fragilité du régime Ouattara.
Tous sont désormais embarqués dans le Navire de la pauvreté, de la misère sociale. Là où la politique divisait le nord et le sud, l'est et l'ouest, c'est désormais la cherté de la vie et la faim qui devraient les unir pour mettre fin à l'imposture. Mais le comprendront-ils ainsi et iront-ils jusqu'au bout pour arrêter la tragédie ?
Il n'y a de règne d'un régime que parce qu'il existe un peuple qui le fait régner. Tout peuple reste donc le principal responsable de son destin. C'est pourquoi il doit savoir prendre ses responsabilités, quand il le faut. ..

Yoro Polinovici




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