De Korhogo à La Haye: Comment Gbagbo a retourné la situation à son avantage

Un mois après l’audience de confirmation des charges dans l’affaire «Le Procureur de la Cpi contre Laurent Gbagbo», le moins qu’on puisse dire, c’est que l’ancien chef de l’Etat de Côte d’Ivoire, bombardé par l’armée française au profit de Ouattara, a, par son génie politique, retourné une situation qui, apparemment, lui était défavorable.

Vendredi 29 Mars 2013 - 07:49


De Korhogo à La Haye: Comment Gbagbo a retourné la situation à son avantage
Quand le président Laurent Gbagbo est arrivé à retourner à son avantage la situation de l’après- Marcoussis qui visait manifestement à le dépouiller de tous ses pouvoirs de président de la République démocratiquement élu au profit de la rébellion, l’hebdomadaire panafricain «Jeune Afrique l’Intelligent» l’avait qualifié de «bête politique». Comme pour louer son extrême habileté politique. C’était en janvier 2003. 10 ans après, on pourrait dire de Laurent Gbagbo qu’il est véritablement un génie politique. En ce sens qu’il a su très habillement retourner en sa faveur la situation issue de la crise postélectorale qui l’a conduit à Korhogo, puis à La Haye.

Le courage fait homme

Pendant la bataille d’Abidjan, et au moment où l’aviation de l’armée française pilonnait sa résidence officielle de Cocody, des hommes politiques ont conseillé au président Gbagbo de démissionner et de prendre la fuite. A ceux-là, il avait invariablement répondu : « Il ne sera pas dit que Gbagbo était en train de fuir quand on l’a abattu ou arrêté. Si je dois tomber, je tomberai ici à la résidence officielle du chef de l’Etat ». Laurent Gbagbo a donc essuyé dignement et courageusement les bombardements intenses et ininterrompus de l’armée française pendant 11 jours, avant d’être arrêté par les hommes de Sarkozy. Lesquels l’ont ensuite remis aux forces de Ouattara. Gbagbo n’a donc pas fui face aux bombardements de l’armée française et à la furia des rebelles de Ouattara comme certains chefs d’Etat l’ont fait sous d’autres cieux. L’exemple le plus récent est celui du général François Bozizé de la Centrafrique. Gbagbo est donc un homme politique doté d’un courage exceptionnel. Ce courage est motivé par le fait qu’il est convaincu de la justesse et du bien-fondé du combat qu’il mène. De sorte qu’il est conscient que la victoire se trouve forcément au bout de ce combat. En optant de ne pas fuir, le fondateur du Front populaire ivoirien (Fpi) savait qu’il s’exposait à des risques qui pouvaient s’exprimer soit en terme d’assassinat, soit en terme d’emprisonnement. Mais il savait également qu’on ne l’assassinerait pas sans courir le risque de brûler définitivement la Côte d’Ivoire. Ses bourreaux le savaient très bien aussi. Or leur objectif n’était pas de voir la Côte d’Ivoire partir en fumée. Mais de s’en emparer pour lui sucer toutes ses richesses au détriment des Ivoiriens. Ils ne pouvaient donc pas le tuer. «Sortez d’ici et allez chez vous. Vous n’êtes pas des militaires. Si les gens (rebelles) vous trouvent ici, ils vont vous tuer. Mais moi, personne ne peut me tuer. Et nous allons gagner ce combat au bout du compte. Il faut donc que vous soyez en vie pour savourer aussi notre victoire demain», avait confié le président Gbagbo aux civils qui étaient avec lui à la résidence officielle des chefs d’Etat ivoiriens sise à Abidjan-Cocody, dans les derniers jours de la crise postélectorale. La seule voie qui restait donc à Ouattara et à ses alliés, c’était de l’emprisonner. Et c’est ce qu’ils ont fait.

Le génie politique de Gbagbo

Mais là aussi, Laurent Gbagbo était convaincu que ses bourreaux n’avaient aucun argument juridique pour le condamner. Il savait que l’affaire était plus politique que juridique. De sorte que ses avocats et lui se sont partagé le travail quant à sa défense. Ses avocats devaient, pour leur part, avec des arguments de droit, détruire tous les chefs d’accusation du procureur de la Cpi. Ce que Me Altit et son équipe ont magistralement réussi. Quant à lui Gbagbo, il devait développer des arguments plutôt politiques. C’est là que le père du multipartisme en Côte d’Ivoire a étalé tout son génie politique. D’abord lors de sa première comparution. Ensuite à l’audience de confirmation des charges.

On ira jusqu’au bout


A sa première comparution, le président Laurent Gbagbo a dénoncé les conditions inhumaines de sa détention dans un camp de concentration à Korhogo où il a été torturé par Kouakou Fofié pendant 8 mois avant d’être déporté à La Haye. Mais il a aussi dénoncé les circonstances de sa déportation. Ceci pour souligner que ce sont ces deux faits qu’il déplorait et non sa comparution devant la Cpi. «Si on me dit, Gbagbo tu vas à la Cpi, je fais mes bagages, je monte dans l’avion et je viens. Parce que si on a décidé de m’emmener ici, je suppose que ceux qui l’ont décidé ont les preuves des accusations qu’ils ont contre moi. Je comparais donc et j’oppose ma vérité à ces preuves. Madame la Présidente, je suis donc là et on ira jusqu’au bout». Sa brève intervention a eu un effet très positif sur l’opinion nationale et internationale. Au plan national, même si l’intervention du président Gbagbo ne visait pas à amener les uns et les autres à s’api - toyer sur son sort, les Ivoiriens qui connaissent son humanisme, son respect pour la personne humaine, sa générosité et son esprit de partage ne pouvaient pas admettre qu’il ait été traité de la sorte, même si on n’est pas de son bord politique. Cette intervention a donc davan - tage accru la dose de sympathie à son endroit de la part de ceux qui ne sont pas de son bord politique et raffermi l’affection que lui vouent ses partisans.  
Au plan international, son intervention a semé le doute dans les esprits de ce ceux qui, sans savoir grand- chose de la crise ivoirienne, croyaient aux thèses développées par le procureur de la Cpi sur la base de la campagne de dénigrement et d’intoxication de la presse internationale. Ils avaient dès lors commencé à se poser des questions. Notamment : quel est cet homme qu’on accuse de crime contre l’humanité, de viols, etc., et qui affiche une telle sérénité, et affirme même vouloir aller jusqu’au bout ? Se demandaient nombre de leaders d’opinion. C’est dans ces circonstances qu’arrive l’audience de confirmation des charges. Dans leur déclaration d’ouverture, les avocats du président Gbagbo ont de façon méthodique et professionnelle montré la vacuité du dossier du procureur de la Cpi. A leur suite, le président Gbagbo a, dans une intervention tout aussi brève que celle de sa première comparution, montré que le combat pour la démocratie est une passion pour lui. Et qu’il n’est pas juste de le traiter de tyran. Bien au contraire, c’est justement parce qu’il a respecté la Constitution de son pays, attitude propre aux démocrates, qu’il a été conduit devant la Cpi. Mais c’est surtout quand il a appelé les Africains qui le soutiennent à travers le monde, non pas à se lever contre la France, son principal bourreau, mais à comprendre que seule la démocratie peut sauver notre contient que Laurent Gbagbo a laissé une très bonne impression au monde entier. «Madame la Présidente, quel que soit ce que vous déciderez, ce que je veux que tous ces Africains qui me soutiennent et qui manifestent devant cette prison et partout dans le monde retiennent, c’est que seule la démocratie est la voie du salut de l’Afrique». Avec ces propos, il a donné de lui l’image d’un grand homme d’Etat qui ne mérite pas toute cette injustice. De sorte qu’on peut dire, quelle que soit la décision que vont prendre les juges de la Cpi, que Gbagbo a su retourner la situation qui, apparemment, semblait lui être défavorable.

Boga Sivori

bogasivo@yahoo.fr

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Les démocrates du monde font bloc autour de Gbagbo

Laurent Gbagbo à La Haye, c’est désormais l’affaire du monde entier. Blancs, Noirs, Métis et Jaunes en font leur affaire. Plus les jours passent, plus ils sont éveillés et déterminés. Cet Africain accusé de crimes contre l’humanité et déporté à la Cpi est devenu le centre d’intérêt des femmes et des hommes qui luttent pour un monde de libertés et de justice. Perçu comme la vraie victime, mais détenu à la Cpi pour son combat pour la souveraineté, Gbagbo n’est plus seul dans sa cellule de détention. Car les Ivoiriens et les Africains de la diaspora et les Européens se mobilisent pour le soutenir. Chacun se donne les moyens. Chacun dépense l’énergie que cela demande pour se rendre à La Haye. Afin de crier son ras- le-bol contre l’impérialisme sauvage qui dévore tout sur son passage et assujettit les peuples auxquels on refuse de reconnaître leur autonomie. La mobilisation en faveur de Laurent Gbagbo n’a jamais faibli. On assiste à d’interminables déferlements sur La Haye. Une ville devenue très petite pour contenir la marée humaine qui y déferle pour le plus célèbre prisonnier de la Cpi.
Gbagbo est aujourd’hui devenu une légende au niveau mondial. En un temps record, les juges de la Cpi ont réalisé qu’ils ont avec eux un prisonnier exceptionnel. Comment peut-on se mobiliser en permanence pour une personne qu’on accuse de crimes contre l’humanité ? Qui sont donc ces fous qui battent le pavé pour quelqu’un qui aurait commis des crimes aussi atroces ? C’est incroyable ! Ils n’ont pas perdu la raison, ces Africains de la diaspora et Européens qui se sont transformés en avo - cats de Laurent Gbagbo ! Ils saisissent toutes les occasions pour crier à la Cpi qu’elle s’est lourdement trompée sur le compte de Gbagbo. Ainsi, à travers leurs multiples actions de soutien, la cause de Gbagbo a dépassé les frontières de son pays natal, voire celles du continent africain. Tous ceux qui bravent les intempéries sont un soutien de taille dans cette épreuve. Injustement détenu, il suscite un intérêt à travers le monde entier. Et les Ivoiriens, Africains et Européens ne sont pas près de relâcher leur ardeur  à le soutenir. Ils se montrent tous infatigables dans ce combat. Au total, cette grande et constante mobilisation des démocrates du monde a contribué à renverser la situation en sa faveur.

Benjamin Koré  

Source: Notre Voie N°4379 du jeudi 29 mars 201 3




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