Daniel Kablan Duncan: «Une Constitution doit être impersonnelle»

CIVOX.NET
Lundi 26 Septembre 2016 - 13:01


 

En Côte d’Ivoire, le compte à rebours est lancé. Malgré les protestations de l’opposition, et notamment du Front populaire ivoirien (FPI), les Ivoiriens vont être appelés d’ici un mois à se prononcer par référendum sur l’adoption ou non d’une nouvelle Constitution. Pourquoi une nouvelle loi fondamentale ? Si le référendum passe, Guillaume Soro va-t-il perdre son statut de dauphin constitutionnel ? Le Premier ministre Daniel Kablan Duncan est l’un des architectes du projet de nouvelle Constitution. De passage à Paris pour le Forum Africa 2016, le chef du gouvernement ivoirien répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

Daniel Kablan Duncan pourquoi une nouvelle Constitution ? En quoi peut-elle aider les Ivoiriens à se réconcilier ?

Daniel Kablan Duncan : Vous savez que le président de la République, dans la nouvelle campagne présidentielle qu’il a menée et donc à l’issue de laquelle il a été réélu, il avait indiqué qu’il souhaitait donner une nouvelle Constitution à la Côte d’Ivoire. Il avait travaillé avec son aîné, le président Henri Konan Bédié, parce que tous les deux avec les autres membres du RHDP, avaient pour objectif de donner à la Côte d’Ivoire une constitution moins « conflit-gène »que celle de 2000. Pour l’essentiel, ils ont proposé un poste de vice-président de la République.

Deuxième point, c’est avoir un système bicaméral avec un Sénat [aux côtés de l’Assemblée nationale], créer de nouvelles institutions, notamment la Chambre des Rois, mais surtout donner d’avantage de droits : droit à l’éducation, droit à la santé, des droits garantis. Voilà.

Si la réforme passe, un tiers des sénateurs seront désignés par le président. Est-ce que c’est vraiment très démocratique ?
 

Vous avez un certain nombre de hauts responsables qui ont été des acteurs importants du développement du pays. Peut-être qu’ils ne seraient même pas intéressés d’aller à une élection, mais qu’ils peuvent éventuellement apporter un savoir-faire qui peut être utile au pays.

 

A l’heure actuelle, en cas de vacance du pouvoir au sommet de l’État c’est le président de l’Assemblée nationale qui est le dauphin constitutionnel. Mais si la nouvelle Constitution est adoptée, qui sera le dauphin constitutionnel ?
 

En principe, le texte doit prévoir que le président de la République doit, dans le cadre des élections nouvelles, se présenter avec le vice-président, de manière à permettre au ticket de gérer la Côte d’Ivoire. Bien sûr, la question que vous allez poser est celle de la transition. Dans la transition, si le cas se pose, ça fait partie des discussions qui ont lieu actuellement, le président de la République pourrait désigner à ce moment-là un vice-président, mais la décision n’a pas encore été prise.

 

Donc, pendant la transition, le vice-président ne sera pas élu ? Il sera désigné par le chef de l’État actuel ?
 

C’est une position. Ce n’est pas encore une décision, ça fait partie des éléments en discussion.

 

Oui, c’est-à-dire que ce n’est pas encore clair ? On ne sait pas encore s’il y aura ou pas un vice-président entre maintenant et 2020 ?
 

Ça fait partie des possibilités. Ça fait partie des discussions qui sont actuellement en cours.

 

Et donc le vice-président, une fois qu’il sera en place, deviendra le dauphin constitutionnel ?
 

Mais c’est l’objectif. Il faut assurer la stabilité, que les choses soient très claires et éviter les instabilités, lorsque soit pour différentes raisons le président se retire ou bien si un malheur arrive, il faut que les choses soient très claires et prévues à l’avance.

 

L’actuel dauphin, c’est Guillaume Soro, le président de l’Assemblée. Vous ne craignez pas que ses amis députés et lui ne fassent de la résistance contre ce projet ?
 

Je pense qu’une Constitution doit être impersonnelle. Et je pense en fait… On prête des intentions à gauche à droite, je ne pense pas que ce soit l’élément fondamental. Je crois que ce qui est important est de savoir quels sont les intérêts majeurs de la Côte d’Ivoire pour une stabilité importante, pour permettre que la croissance qui est forte actuellement, de 9 %, puisse se poursuivre et assurer une distribution plus importante des richesses, qu’elles soient mieux partagées par l’ensemble des populations.

 

Daniel Kablan Duncan, le référendum constitutionnel est prévu dans un mois, mais le projet définitif n’est toujours pas connu par les Ivoiriens. Alors trois semaines seulement pour débattre de la prochaine loi fondamentale, est-ce que c’est bien sérieux ?
 

Je pense que vous n’avez pas la bonne information puisque le président de la République a déjà rencontré tous les corps concernés, que ce soit les partis politiques déjà, les religieux, la société civile… En fait tout ceux qui comptent au niveau de la Côte d’Ivoire. Et il les a invités à pouvoir fournir leurs observations. Ce que la plupart ont fait d’ailleurs. Ils l'ont fait au niveau du comité des experts, en attendant la décision au niveau du président de la République et du gouvernement. Une fois que tout sera fait, il y aura une réunion du Conseil du gouvernement, suivie d’une réunion du Conseil des ministres et ensuite le dossier ira à l’Assemblée nationale.

 

Avant tout changement de constitution, l’opposition, et notamment le FPI, réclament la convocation d’une constituante. Est-ce que vous pourriez l’envisager ?
 

Chacun joue son rôle. Un gouvernement, c’est fait pour gouverner, une opposition peut avoir comme travail de s’opposer. Mais nous estimons qu’il faut une opposition responsable qui peut construire pour l’avenir du pays. N’oubliez pas que la plupart des dispositions, d’ailleurs, de ce texte de la Constitution ont fait l’objet de discussions à Marcoussis.

 

En 2003 ?

Voilà.

 

En novembre auront lieu les législatives. Est-ce que tous les candidats de la majorité se présenteront sous l’étiquette RHDP ou est-ce qu’il y aura encore des candidats RDR et des candidats PDCI de votre propre parti ?

La date de novembre, je ne vous confirme pas. Disons la fin de l’année…

Ça peut être décembre ?
 

Par exemple. Et il faut d’abord que la nouvelle Constitution passe et, en fonctionde ça, les dates seront fixées. Mais c’est très clair, les candidats du RHDP iront ensemble au niveau des législatives. C’est-à-dire qu’il y aura une discipline forte, de manière à ce que tout le monde respecte les décisions qui auront lieu.

 

C’est-à-dire que les candidats PDCI qui refuseront l’étiquette RHDP n’auront pas l’investiture PDCI ?
 

PDCI, RDR, MFA ou autre, oui. C’est bien vers cela que nous allons parce qu’il faut de la discipline dans les partis politiques. Après tout, la devisedu pays c’est quoi ? Union, Discipline, Travail !

 

Oui, mais vous savez bien qu’au PDCI comme au RDR, il y a un patriotisme de parti !

Mais pourquoi avons-nous formé le RHDP ? Ca date de quand ? De 2005 ! Et ça tient la route !

Daniel Kablan Duncan, à la présidentielle de 2015 le PDCI a soutenu le candidat du RDR, en l’occurrence Alassane Ouattara. Est-ce qu’en contrepartie, en 2020, le RDR soutiendra un candidat issu du PDCI ?

Mais en fait l’objectif, c’est d’aller vers un parti unifié qui est le RHDP.

Est-ce qu’il sera issu de votre parti actuel PDCI ?
 

Il sera issu du RHDP. C’est ce que je peux vous dire.

Mais vous avez certainement une petite préférence pour que ce candidat soit issu du parti auquel vous appartenez actuellement, non ?

Je serai favorable à ce que le meilleur d’entre les différents partis puisse être choisi pour devenir le prochain président de la Côte d’Ivoire.
 

Vous êtes à l’heure actuelle le Premier ministre qui a eu le plus long mandat de Premier ministre dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Est-ce que vous pourriez être ce candidat en 2020 ?

Je pense qu’il ne faut pas personnaliser les choses. Laissons les choses aller de l’avant. Il y a les jeunes qui sont là, il faut les aider à jouer ce rôle.
RFI





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