Croissance économique de la Côte d’Ivoire: Le Fmi désillusionne Ouattara

Jeudi 27 Mars 2014 - 08:29


Port d'Abidjan
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Le principal défi à relever par les autorités ivoiriennes est de jeter les bases d’une croissance durable, robuste et inclusive. Ainsi se résume le volet croissance économique ivoirienne du rapport n°13/367 du Fonds monétaire international (FMI), publié le 24  janvier 2014. Si l’on en croit ce dernier rapport, les autorités ivoiriennes doivent arrêter définitive- ment leur vieille musique sur la croissance à deux chiffres, comme nous ne cessons de le souligner. De fait, selon les projections des services du Fmi, «les taux de croissance élevés devraient se poursuivre de l’ordre de 8% jusqu’en 2015 avant de revenir progressivement à environ 7% à moyen terme» . Plus prosaïquement, il n’est pas question d’envisager une croissance à deux chiffres avant au moins les sept prochaines années. Et ces projections sont déterminées à partir des indications fournies au Fmi par le gouvernement ivoirien. Doit-on se fier à ces prévisions du Fmi ? On peut y croire pour deux raisons essentielles. D’une part, les projections du Fmi sur le taux de croissance économique ivoirienne se sont jusque-là avérées exactes. Il en est ainsi des prévisions de croissance de 2011 (-4,8%), de 2012 (9,8%) et de 2013 (8,7%). D’autre part, l’environnement socio-politique et les incertitudes économiques du pays invitent à croire à ces conclusions. Il convient de relever que la pseudo-croissance économique de la Côte d’Ivoire est liée à la relative faiblesse du taux antérieur et, surtout, aux  financements massifs au profit des investissements publics. C’est à ce niveau que les prévisions du Fmi sont à prendre au sérieux. Parce qu’en tout premier lieu, on ne mange pas la croissance. Le plus utile est de la transformer en termes de biens et services. C’est-à- dire par les secteurs réels qui produisent de la valeur ajoutée. Or, les autorités ivoiriennes sont résolument tournées vers  des projets d’infrastructures qui n’auront aucun effet sur l’activité économique dans le court terme. Les grands groupes qui sont sur ces projets viennent juste pour faire des affaires et retournent avec leurs bénéfices. Qui pis est, les entreprises ivoiriennes n’en tirent aucun avantage. Elles ne bénéficient même pas de contrats de sous-traitance.

Avenir économique incertain

L’actualité récente nous renseigne sur un attentisme fort transformé progressivement en dégoût parmi les potentiels investisseurs, après le forum Invertir en Côte d’Ivoire (ICI 2014). Pour que les intentions d’investissements se transforment en actes concrets, ils ont besoin d’être rassurés. Ce qui n’était pas le cas pendant le blocage du dialogue avec l’opposition. Ce qui sera plus difficile maintenant que le climat politique s’est crispé après les derniers choix politiques du régime (déportation de Charles Blé Goudé, refus du Fpi de participer au Rgph, par exemple). «En 2011, au sortir de la crise, les investisseurs ont attendu. En 2012 et 2013, ils ont un peu investi. Là, ils s’arrêtent. Ils ne savent pas ce qui va se passer en 2015, année de la prochaine élection présidentielle », faisait remarquer un économiste cité par Afp.  Les services du Fmi ont noté à propos que «l‘absence de progrès dans la réconciliation politique, en particulier pendant la campagne des élections présidentielles de 2015, pourrait aussi avoir des effets négatifs sur les perspectives de croissance».
En l’état actuel de l’irrédentisme  gouvernemental, tout est parti pour. Sans compter les niveaux élevés d’insécurité et de corruption maintes fois décriés par les opérateurs économiques, et la pression fiscale non incitative à l’investissement. Dans un tel environnement incertain, l’investisseur n’a pas d’autre choix que d’aller voir là où il y a la stabilité et la paix. Là où il peut investir en toute quiétude. Et dans le contexte sociopolitique ivoirien, c’est bien parti pour ne pas être pour demain. Ce qui va entrainer une baisse des investissements malgré toute la batterie d’incitations déployée par le gouvernement. La Côte d’Ivoire peut avoir des taux de croissance robustes, mais loin des deux chiffres. Toutefois, selon le rapport, le gouvernement ivoirien «juge trop prudentes les projections des services du Fmi». Kablan Duncan et son équipe continuent de miser sur des taux de croissance réelle, «tirés par une augmentation de l’investissement privé, de 9 % en 2013 et de 10 % en 2014-15».Tout en s’engageant à appliquer les réformes nécessaires pour atteindre les niveaux élevés d’investissement privé prévus dans le Pnd. Prévisions de spécialistes contre certitudes de politiciens, les prochaines années nous situeront.


J-S Lia

Source: Notre Voie  N°4676 du mercredi 26 mars 2014





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