Croissance à deux chiffres : Le gouvernement n’y croit plus

Vendredi 7 Février 2014 - 09:08


Daniel Kablan Duncan, premier Ministre
Daniel Kablan Duncan, premier Ministre
La croissance ivoirienne a atteint 9,8% en 2012 pour décrocher  à 8% en 2013 (chiffres officiels Fmi). Et selon les prévisions optimistes du Fmi, même si elle est «remarquable», la croissance économique ivoirienne ne pourra  pas atteindre 9% en 2014. Et cela démange terriblement le gouvernement Ouattara.  Comme si la croissance à deux chiffres était l’élixir qui va résoudre tous les problèmes de la Côte d’Ivoire.  Il y a donc des raisons de s’interroger sur cette fameuse obsession tant le discours officiel  varie d’un endroit à un autre, d’un contexte à un autre, selon la couleur du moment, que l’on soit devant l’étranger ou en face d’un national. Dans son allocution d’ouverture à l’occasion de la réunion du groupe consultatif, le 4 décembre 2012, à Paris, Alassane Ouattara indiquait que le «taux de croissance pourrait s’améliorer et passer la barre des deux chiffres d’ici 2015, ce qui conforterait encore plus la Côte d’Ivoire dans son rôle de moteur de la croissance économique de la sous-région ouest-africaine francophone». Le même message a été re- pris par le Premier ministre Daniel Kablan Duncan, le 28 juillet 2013, à Yamoussoukro, lors de  la rencontre Ouattara-Compaoré. A cette occasion, il pronostiquait «un taux de croissance à deux chiffres en 2014 et en 2015», basé sur «le regain de dynamisme de tous les grands secteurs de l’activité économique, stimulé par la relance de l’investissement, de la consommation et des exportations». A  l’ouverture du Forum Investir en Côte d’Ivoire 2014, Il  a remis  le couvert dans une allocution dans laquelle il espère «une croissance à deux chiffres  dans les deux années à venir», avec pour ambition de faire de la Côte d’Ivoire  un «hub de la sous- région, une des grandes portes d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest offrant un marché de plus de trois cent 300 millions d’habitants».

Un rêve reste un rêve

Sauf que là, il est très vite repris par le directeur général du Fmi, Christine Lagarde, qui trouve prématurée l’ambition du chef du gouvernement. Ce,  au regard des conclusions des fréquentes discussions que le Fmi a avec la Côte d’Ivoire. Fait remarquable, le discours sur la croissance à deux chiffres est inaudible dans le débat interne. A preuve, lorsqu’il rencontre le président de l’assemblée nationale, le 8 novembre 2013,  au sujet du budget 2014, Daniel Kablan Duncan avance avec réalisme. «Avec le président de l’assemblée nationale, nous avons donc décidé de nous rencontrer à intervalle régulier pour échanger sur un certain nombre de questions qui sont des questions fondamentales pour la Nation. C’est dans ce cadre que se tient donc cette réunion. Vous savez que nous avons élaboré un budget pour l’année 2014 et nous avons donc échangé avec le  président de l’assemblée nationale sur ces différentes questions de manière à voir un peu comment la croissance peut aller donc de l’avant. Cette croissance pour l’année 2014 qui est prévue à 8,7% dans le programme avec le Fonds monétaire international». Bien lu, ça donne que la croissance à deux chiffres n’est pas à l’ordre du jour dans les deux années à venir. Pourquoi ? Parce que la croissance ivoirienne est extrêmement dépendante de la dette extérieure et des investissements étrangers. Or la Côte d’Ivoire a déjà fait son plein de dette extérieure et que les investissements attendus sont fortement tributaires de l’environnement sociopolitique. Le contexte ivoirien n’est guère rassurant avec le niveau élevé d’insécurité, le niveau élevé de cor- ruption, et les intentions de financement qui tardent à se transformer en actes concrets. Alors qu’il était Premier ministre sous le régime  Bédié, le même Kablan Duncan nous rabâchait les oreilles avec sa croissance à deux chiffres. Malgré  l’éclatant environnement économique d’alors, la Côte-d’Ivoire n’a jamais pu atteindre les deux chiffres mythiques. Longtemps après, le même Duncan revient avec la même et vieille antienne. Dans un contexte économique difficile. Et il veut faire espérer les Ivoiriens.

J-S Lia

Source: Notre Voie N°4635  du jeudi 6 février 2014






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