Crise au FPI: Comment Ferro Bally peut-il être aussi sûr de détenir la vérité?

Jeudi 11 Septembre 2014 - 05:00


La crise qui secoue le Front Populaire Ivoirien (FPI), depuis que le président de ce parti a procédé à un chamboulement inopiné de la direction, fait son chemin. Elle apporte quasi quotidiennement de nouvelles péripéties, et le parti en prend des coups qu’il faudra certainement réparer pour rebâtir la cohésion. Du coup, on a l’impression que cette crise ouvre la porte à toutes sortes de dérives, dont celle des déclarations à mettre de l’huile sur le feu, comme les écrits de l’éminent  journaliste Ferro Bally. Ce journaliste de notoriété semble croire maîtriser toute l’histoire du FPI, au point d’accuser cette formation politique d’aller «  du culte des textes au culte de la personnalité  ». Le fait est qu’il est utile que les uns et les autres, qui s’intéressent à un problème, débattent de celui-ci, en totale franchise et en toute objectivité, malgré le parti pris qui est forcément de mise. Mais lorsque l’on cherche à jeter  l’opprobre sur tout un ensemble, là où il serait suffisant de parler des faits en proposant des analyses, avec des arguments précis, il y a problème. En tout cas, c’est ainsi que m’apparaissent deux interventions du journaliste Ferro Bally, dans le quotidien «  Le nouveau Courrier  ». Des interventions où, dans l’une  il accusait, il ya quelques jours, le FPI d’ignorer les enseignements de Gbagbo, ce qui peut signifier que les militants de ce parti méprisent ou n’ont rien compris du président Gbagbo. Dans le texte en question, Ferro Bally accusait (en plus) le FPI de ne pas comprendre que les temps ont changé… Dans une autre intervention, parue ce mardi 9 septembre 2014, Ferro Bally accuse les militants du parti de Laurent Gbagbo d’êtres tantôt enclins au culte des textes, tantôt à celui de la personnalité (ou cumulativement).  On ne peut nier qu’il est important qu’un journaliste de la trempe de Ferro Bally, éminent historien du présent, apporte des éclairages dans un débat qui intéresse toute la nation. Mais, il est toujours utile, pour quiconque prend la parole, de mesurer l’impact de son discours sur l’ensemble dont il parle  : la question, ici, est alors de savoir ce qu’on gagne à jeter l’opprobre sur tout un groupe, en l’occurrence l’ensemble du FPI  ? Car, prétendre que les militants de ce parti n’ont rien retenu des enseignements de leur leader et qu’ils ne comprennent rien au temps qui passe est bien plus destructif que constructif  ! Cela est, à la limite, insultant  !... Aujourd‘hui, il est visible à tous que dans la crise créée par le président AFFI, deux groupes se sont formés  : le groupe de ceux qui pensent comme le président, dont manifestement fait partie le frère Ferro Bally, à savoir que les adversaires du FPI sont trop puissants, et les temps sont en leur faveur, si bien qu’il faut se plier à tout ce qu’ils veulent, ce qui serait «  entrer dans le jeu politique  », et celui opposé de ceux qui estiment que c’est uniquement dans la lutte que le FPI et la Côte d’Ivoire desserreront l’étau de servitude dans lequel le pays se trouve présentement. Au-delà des personnes qui composent l’un ou l’autre des deux groupes, il faut voir, à mon avis, comment résoudre la crise, et garder des chances au FPI et à la Côte d’Ivoire de sortir de l’ornière de toutes les privations actuelles. Ce n’est sûrement pas en s’érigeant en juge infaillible, pour prononcer des condamnations péremptoires, sur la base d’informations partisanes avec des a priori discutables qu’on participe à la construction de la nécessaire cohésion. Ferro Bally, pour le grand professionnel que je pense toujours qu’il est, gagnerait à s’inscrire dans une posture plus objective, de cette objectivité qui se garde de faire des affirmations sans fondement  : parce que clamer que le président du FPI bénéficie d’une «  immunité présidentielle  » est purement sans aucun fondement  ! A la limite, il s’agit là d’une allégation tendancieuse, pour le moins fantaisiste  ! Que le journaliste veuille faire l’historique de l’opposition en Côte d’Ivoire, en choisissant de partir des groupes communistes de l’époque, voilà une initiative louable, pour faire connaître l’histoire de notre pays, en ce qui concerne les arcanes politiques. Mais d’où le journaliste tire-t-il cet épisode  d’«  Akan-crates et de Gbagbo-crates  » au FPI  ? Là aussi, il y a problème  ! De mon point de vue, il s’agit ni plus ni moins d’une orientation «  tribalique  »  du débat, une pratique malicieuse qu’ont certaines personnes, lorsque les arguments viennent à leur manquer, de faire appel à l’appartenance tribale des individus, afin de disqualifier une position en lui collant des tares artificielles. Quant à dire que le président Affi est «  dans l’œil du cyclone pour des raisons émotives  », il faut vraiment que Ferro Bally ait un mépris souverain pour tous ceux qui ne pensent pas comme le président du FPI, pour décréter que leur position repose sur «  des raisons émotives  »  ! Passe encore que par arrogance, parce qu’on se croit au-dessus d’un certain lot, on s’autorise à faire des insinuations insultantes pour un groupe dont il n’est pas évident qu’on connaisse toutes les composantes, mais aller jusqu’à proclamer qu’une position défendue par des militants d’un parti est simplement émotive, si ce n’est pas du m  épris… Et notre frère journaliste d’affirmer que «  la bataille de la libération de Gbagbo, qui a versé dans l’idolâtrie, a cessé d’être un devoir militant en faveur de la bataille pour la réhabilitation de l’histoire et de l’image du FPI…  » J’avoue que je ne suis pas sûr de bien suivre le frère. Mais, comme je suis de ceux qui ne voient pas les choses comme il semble les voir, je voudrais, par delà son arrogance, qu’il nous concède à nous autres, de considérer que «  rehausser et réhabiliter l’histoire et l’image du FPI  » passe inéluctablement par rehausser et réhabiliter l’image et l’histoire de Laurent Gbagbo. Ferro Bally dit que le FPI se retrouve désormais dans un «  désert idéologique  »  et semble arguer que c’est parce que le parti lie son sort à celui de Laurent Gbagbo, ce qui serait «  une instrumentalisation outrancière du culte de la personnalité  ». Si, pour l’éminent journaliste, «  la réhabilitation de l’image et de l’histoire du FPI  » passe par faire table rase sur les problèmes actuels qui sont ceux du parti et de la Côte d’Ivoire, pour s’inscrire dans les options que nous dictent nos persécuteurs, c’est son droit et nous le lui concédons. C’est pourquoi, au lieu de nous insulter, il devrait nous concéder de penser différemment de lui, et de choisir une voie autre, selon laquelle il faut refuser de cautionner, par une participation à un jeu politique aux dés pipés d’avance,  la situation de non droit et de déni de démocratie dans laquelle patauge ce pays, situation dont les emprisonnements politiques et extra judiciaires, le sièges du pays par les dozos et autres armées étrangères, la gestion ethnocentrique de l’Etat, puis le maintien en otage du président Laurent Gbagbo sont des points focaux. De sa position, après avoir dit que «  nos adversaires sont trop forts pour nous, que le monde est dominé par eux et que nous n’avons aucune possibilité de nous libérer, s’il n’a plus rien à dire d’autre, que le frère se taise, au lieu de nous insulter. Parce que, ne lui en déplaise,  nous continuerons de penser que le persécuté qui compte sur son bourreau pour son salut a renoncé à être  ; et nous refusons de ne plus exister... Ce ne sont pas des paroles en l’air  : il faut juste comprendre que nous avons choisi d’être, même en tant que persécutés, plutôt que de poursuivre une existence de parias (de l’humanité) que voudraient nous accorder nos bourreaux. Et nous resterons dans cette voie  ! Parce que la roue tourne et c’est sur les faits d’aujourd’hui que se bâtit demain.

Que Dieu nous assiste  !


                              Bédi     Holy          
                  




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !