Crimes de guerre, crimes contre l’humanité CPI : le piège se referme sur Ouattara

Plus que jamais sous pression, Fatou Bensouda débarque à Abidjan. Selon toute évidence, elle demandera au régime actuel de «sacrifier» certains de ses nervis. Elle pourrait également solliciter sa coopération pour de «vraies» enquêtes qui menacent pourtant son récit officiel tout à fait unilatéral, et qui, au-delà de la vérité historique, visait à crucifier Gbagbo.

Samedi 20 Juillet 2013 - 05:19


Crimes de guerre, crimes contre l’humanité CPI : le piège se referme sur Ouattara
Ce vendredi, la procureure auprès de la Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda, arrive à Abidjan. Si elle sera reçue dans la foulée par Gnenéma Coulibaly, le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme d’Alassane Ouattara, il semble évident que sa visite provoquera bien moins d’enthousiasme que les premiers «débarquements» ultra-médiatisés de la magistrate gambienne, notamment du temps où elle était la numéro deux de Louis Moreno-Ocampo, son très décrié prédécesseur. Fatou Bensouda s’invite sur les rives de la lagune Ebrié dans un contexte où les politiques, les médias et les ONG «tirent» sans ménagement sur son bureau, accusé de manque de professionnalisme, de partialité et de soumission à l’agenda des puissants. Du coup, elle a besoin de donner des gages. «Le dossier Gbagbo est le premier en Côte d'Ivoire. Ce ne sera pas le dernier», a-t-elle ainsi affirmé à l’occasion d’une interview accordée au journaliste très anti-Gbagbo Vincent Hugeux de L’Express, qui s’est senti obligé de lui rappeler la «dissymétrie au profit du nouveau pouvoir ivoirien, épargné jusqu’ici» et la très mauvaise image de la CPI «au sein des opinions afri- caines». Même à l’intérieur de l’institution, les langues commencent à se délier. «Notre juridiction paie au prix fort sa soumission aux puissants», a ainsi confié à L’Express un «magistrat chevronné». Pour expli- quer la faible qualité des enquêtes de l’Accusation, un «vieux routier» interrogé par L’Express met en cause les méthodes douteuses du prédécesseur de Fatou Bensouda, véritable instrument politique au service des grandes puissances : «Les meilleurs sont partis très vite. Ecœurés : ils trimaient six mois sur un dossier, jusqu'au jour où Ocampo décidait de l'abandonner au profit d'un autre». « En vertu du principe de précaution, les enquêteurs se sont appuyés, au Congo, sur des réseaux d’intermédiaires, chargés de récolter les preuves et d’identifier les témoins. Parmi eux, des membres d’ONG et même un agent des services de renseignement qui expliquera à la Cour être «toujours resté fidèle à [son] gouvernement». Certains de ces intermédiaires ont «acheté» des témoins, leur promettant qu’ils iraient «au pays des Blancs»», révélait Le Monde dans son édition du 2 juillet. Dans ce contexte difficile, Fatou Bensouda admet que «le moment est venu de tirer les leçons des revers passés et de réviser notre stratégie». Cela signifie très clairement qu’elle devra, pour garder un peu de crédibilité face à des juges de la Chambre préliminaire majoritairement dubitatifs vis-à-vis de sa démarche, élargir le champ de ses poursuites. Au-delà de Simone Gbagbo, dont le transfert à La Haye n’est en tout cas pas l’enjeu (cela reviendrait tout simplement à passer d’une prison à une autre), Bensouda a besoin, sinon de «gros poissons», du moins de figures médiatisées appartenant au camp Ouattara. Or le camp Ouattara, comme le serine Venance Konan, le patron de Fraternité-Matin, assume très bien sa «justice des vainqueurs» et n’est pas disposé à sacrifier un de ses tueurs armés. Changer de stratégie, c’est également choisir de faire de vraies enquêtes de terrain, sur des bases scientifiques (médico-légales et balistiques notamment). Or le retour à la rationalité des faits est dangereux pour le camp Ouattara. Il pourrait faire voler en éclats le storytelling officiel du régime et dévoi- ler ce qu’il veut cacher (notamment au sujet des «femmes d’Abobo» enterrées en catimini). Deux possibilités s’offrent au pouvoir d’Abidjan : coopérer pleinement et se laisser embarquer dans une machine folle qui deviendrait très vite incontrôlable et pourrait même «avaler» de gros poissons ouattaristes, ou refuser de coopérer et ouvrir la voie à un abandon de poursuites contre Gbagbo – comme ce qui s’est passé en mars dernier avec le Kenyan Francis Muthaura.

Par Philippe Brou

Le Nouveau N° 832 Du Vendredi 19 Juillet 2013




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