Cour pénale internationale:Altit : « Tout est aujourd’hui réuni pour une libération provisoire de Gbagbo »

Jeudi 10 Juillet 2014 - 09:35


Dans une requête en date du 27 juin 2014, adressée aux juges  de la chambre préliminaire 1 de la Cour pénale internationale (CPI), Me Emmanuel Altit, avocat principal du président Laurent Gbagbo, a demandé la mise en liberté provisoire de son client, mettant la chambre en garde contre une "détention inutile". « La détention de Laurent Gbagbo n’est pas nécessaire pour assurer sa comparution, d’autant que les garanties particulièrement complètes, offertes par le pays d’accueil sont toujours valables et suffiraient à atténuer les risques éventuels que la Chambre pourrait identifier », écrit l’avocat franco-israélien dans le document de 20 pages que des sources proches de la défense ont pu consulter. En outre, Me Altit  s'inquiète  que les juges n’aient  jamais pris la peine d’indiquer quelles garanties devaient être fournies par le pays d’accueil potentiel afin de garantir la comparution tout en évitant la détention. « La Cour est pourtant tenue de veiller à ce que la détention ne se poursuive pas inutilement et de réexaminer la possibilité de libération sous conditions », fera-t-il observer presque dans le même temps. Dénonçant, plus loin, l'absence de preuves contre son client l’avocat principal du président Laurent Gbagbo, s’élève  contre un « maintien en détention par principe », exigeant plutôt  à Fatou Bensouda d'apporter les preuves de la culpabilité de son client. « C’est au procureur, de donner aux juges, les éléments qui justifieraient d’après lui un maintien en détention. Sinon cela signifierait que la règle est la détention et l’exception la liberté. Or, le procureur ne prouve rien, il ne fait que se baser sur des allégations anciennes », fait observer Me Emmanuel Altit. Qui motive par ailleurs, sa requête par le fait que la liberté provisoire de Laurent Gbagbo  est un élément important du dialogue engagé à Abidjan entre le Front populaire ivoirien (FPI) et le gouvernement Ouattara. Une décrispation politique qui selon la perception d’Altit,  est essentielle pour les représentants des grandes puissances. C’est pourquoi le juriste considère que la position du procureur interfère avec le dialogue inter-ivoirien et contredit l’engagement des grandes puissances. Cette énième demande de l’avocat du président Laurent Gbagbo, a-t-elle plus de chances de prospérer que ses foireuses devancières ? Possible, glissent, par prudence, certains observateurs avertis. Deux éléments constituent la colonne vertébrale de leur argumentaire. Premièrement, la décrispation du climat politique en Côte d’Ivoire, entre les partisans du président Laurent Gbagbo et le régime Ouattara évoqué plus haut par Me Emmanuel Altit, reste un facteur d’analyse im- portant pour les juges si tant est que ces derniers sont préoccupés par la paix à Abidjan, comme ils ont pu le laisser croire dans leurs observations antérieures, relativement à la demande de liberté provisoire de Gbagbo. Deuxièmement, l’argument des juges selon lequel les partisans du président Laurent Gbagbo, exilés aux frontières ivoiriennes, seraient toujours actifs pour déstabiliser le régime d’Abidjan, semble avoir  vécu. Surtout avec le retour au pays, observé ces dernières semaines, de grosses têtes proches de l’ex-régime et indexées pour la plupart, dans certains rapports, comme les principaux financiers de la déstabilisation du pouvoir Ouattara. N’ayant ainsi, objectivement plus de raisons de brandir le chiffon rouge du coup de force des pro-Gbagbo contre le pouvoir ivoirien, les jugent, note notre interlocuteur, ne devraient logiquement pas faire de difficultés  à traiter favorablement, la dernière requête de Me Emmanuel Altit. Pour rappel, le président Laurent Gbagbo, 69 ans, est accusé d'être le donneur d'ordre de crimes contre l'humanité dans les mois qui ont suivi la présidentielle de novembre 2010, en Côte d’Ivoire. Arrêté en avril 2011 par les forces françaises, l'ancien président a été extradé sept mois plus tard au centre de détention de la CPI à La Haye, aux Pays-Bas. Le 12 juin, la chambre préliminaire de la CPI a confirmé à son encontre, à la majorité de deux voix contre une, quatre charges de crimes contre l'humanité et l'a renvoyé en procès devant une chambre de première instance. Quelques jours après cette décision, l’un des juges, l’Allemand  Hans-Peter Kaul, qui a voté pour le renvoi en procès du dirigeant ivoirien, a présenté sa démission de l’institution judiciaire. Une démission  autour de laquelle les supputations vont toujours bon train, bien qu’officiellement, des raisons de santé ont été mises  en avant par la Cour pénale internationale. De là à penser que le retrait de ce magistrat cache des pratiques peu orthodoxes à la Cour de la Haye, il n’y a qu’un pas que certains ont vite fait de franchir du reste. Notons également que cette demande de liberté provisoire introduite par l’avocat principal de Laurent Gbagbo, intervient dans un contexte où le livre intitulé « Pour la vérité et la justice/ Côte d’Ivoire : Révélations sur un scandale français », alimenté par de nombreuses confidences faites par Gbagbo au journaliste français, François Mattéi, sur le conflit ivoirien, fait un tabac à Paris, dérange les juges de la CPI et fait trembler le régime d’Abidjan tant il présente des révélations aussi inimaginables que renversantes. Un ouvrage dont on se délecte à Paris et à Abidjan où il n’est pas encore commercialisé mais circule déjà sous le manteau.■

Géraldine Diomandé

Source: Aujourd’hui / N°681 du Mercredi 09 Juillet 2014




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