Cour Pénale Internationale/ Quel sera le sort de Laurent Gbagbo? Gbagbo comme Prométhée?

A quelques jours du verdict des juges de la Chambre Préliminaire I relatif aux charges du Bureau du Procureur contre Gbagbo, une seule question reste incontournable: quel sera le sort de Laurent Gbagbo? Il faut être dans le secret des dieux pour répondre de façon apodictique à une telle question.

Samedi 25 Mai 2013 - 09:40


Cour Pénale Internationale/ Quel sera le sort de Laurent Gbagbo? Gbagbo comme Prométhée?
Depuis le mercredi 30 novembre 2011, Gbagbo est incarcéré au Pays -Bas à Scheveningen, dans un Faubourg de La Haye. Une incarcération qui fait suite à une détention de plus de sept mois à Korhogo, dans le nord de la Côte d'Ivoire, dans des conditions inhumaines décrites par lui lors de sa première audience du 5 décembre 2011.
Du 19 au 28 février 2013 eut lieu la bataille juridique  pour la confirmation ou l'infirmation des charges contre le président Laurent Gbagbo, sous l'arbitrage des juges de la Chambre Préliminaire I de la Cour pénale Internationale.
Durant tout ce temps d'incarcération du Président Gbagbo, et même bien avant, ses partisans et sympathisans, des defenseurs de droits de l'homme, des patriotes ivoiriens, des panafricanistes et des amis de la Côte d'Ivoire n'ont cessé de faire pression sur la Cour. Pression exprimée à travers différentes manifestations devant la CPI ou la prison de Scheveningen. Ils n'ont cessé de dire "Non à la justice sélective! Libérez Gbagbo, le démocrate, le vrai  vainqueur de la présidentielle du 28 novembre 2010", fustigeant une Cour pénale internationale instrumentalisée et aux ordres de l'impérialisme occidental. Durant les dix jours d'audience de confirmation ou d'infirmation des charges, les avocats de la Défense ont démonté pièce par pièce le Réquisitoire de l'Accusation représentée par la Procureure Fatou Bensouda et ses collaborateurs. L'incapacité de l'Accusation à prouver la Responsabilité pénale de Gbagbo dans les graves crimes post-électoraux en Côte d'Ivoire a été manifeste! A contrario, l'équipe de Maître Emmanuel Altit a pu convaincre les partisans de Gbagbo qu'elle a bien fait le travail.  Elle a défendu l'Accusé comme il se doit, selon les règles de l'art!  En tout cas, pour ses partisans, si le droit est dit, Gbagbo sera libéré! Mais, la CPI est-elle une Cour de Justice où règne le droit, la justice! Cette Cour est -elle vraiment indépendante? Les réponses négatives que suscitent ces interrogations conduisent bien au pessimisme. Les pessimistes savent dejà le verdict de la Chambre Préliminaire I: "les charges contre Gbagbo seront confirmées et le procès aura lieu". A défaut, il sera maintenu en détention, le temps que le Bureau du Procureur fasse des enquêtes complémentaires, à la demande des juges.  Pareil verdict ne viendra que confirmer l'idée d'une Justice comme continuation de la guerre par d'autres moyens.  Une guerre dont le régime Gbagbo a été victime depuis le 19 septembre 2002, et dont les commanditaires sont connus. Point besoin d'être un illuminé pour les connaitre. Il s'agit bien des néo-colonialistes, dont l'entreprise essentielle ne vise qu'à piller  les richesses naturelles de l'Afrique en installant par des armes ou des élections truquées (wouya wouya)  des sous-préfets locaux, donc des pseudo chefs d'Etats, pour faciliter leur tâche.
Contre  ces néocolonialistes Gbagbo a dit non! Avec raison, humanisme et patriotisme, il a estimé que ses compatriotes doivent bénéficier d'une partie conséquente des richesses naturelles que regorge leur sol . Penser ainsi, c'est dans une certaine mesure, comme Prométhée dans la mythologie grecque, déposséder les dieux  au profit des humains. Le sort de Promethée, le Titan,  a été sans appel. Selon la  mythologie greque,  Prométhée suscita le Courrou de Zeus, après "le vol du « savoir divin » (le feu sacré de l'Olympe) qu'il rendit aux humains. Courroucé par sa ruse, Zeus, le roi des dieux, le condamna à avoir le foie dévoré par un aigle et être enchainé sur le mont Caucase ou dans l'Atlas." Comme Prométhée Gbagbo subira-t-il encore longtemps le châtiment des dieux, autrement dit, des néocolonialistes? Les pesssismistes pensent qu'ils sera maintenu en détention pendant longtemps encore! Le temps qu'il soit politiquement hors-jeu, du point de vue constitutionnel.
Loin des pessimistes existe cependant le groupe des optimistes, armés d'une foi religieuse et "espérant contre toute espérence", ceux qui pensent que Gbagbo sera  libéré au nom de la justice et de la réconciliation!
En attendant le verdict des juges, les regards sont tournés vers la CPI.  Justice ou injustice, laquelle triomphera? Plusieurs retiennent leur souffle. Les plus sensibles refusent d'y penser, encore moins d'en parler.
Dans tous les cas, la CPI joue sa crédibilité, elle qui , jusque là,  n'a lancé aucun mandat d'arrêt contre les  responsables des graves crimes commis en Côte d'Ivoire par le Camp d'Alassane Ouattara. Une CPI qui dans une telle posture, confirme chaque jour son choix d'une justice sélective et son instrumentalisation par la Communauté dite internationale.
Juger et condamner Gbagbo sera t-il la solution pour les néocolonialistes? Certes, il pourront neutraliser, emprisonner, tuer un révolutionnaire. Mais pourront-ils tuer la révolution? Gbagbo, à la suite de Kwame Nkrumah, n'a-t-il pas transcendé sa propre incarnation charnelle pour devenir une Idée, une idée qui desormais a fait sa maturité dans les esprits d'un grand nombre d'ivoiriens et d'africains? Or l'idée, comme la pensée, échappe toujours au pouvoir de la tyrannie. Et de l'Idée germe la révolution salvatrice. Si les contemporains se plaisent dans la résignation, et se dérobent  de la misison qui est la leur, à savoir poursuivre le combat pour les libertés, la justice , la démocratie et le bien-être socio-économque du peuple.. , la postérité, plus téméraire, saura l'accomplire! Tôt ou tard, la révolution adviendra! "Le plus fort n'est jamais assez fort pour être toujours le maître", disait Jean- Jacques Rousseau dans le Contrat Social.  Il faut donc espérer le crépuscule des dieux, pourvu que les humains, comme le disait Albert Camus, acceptent de "mourrir débout que de vivre à genoux".

ZEKA TOGUI.




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