Coups bas, trahisons…Ouattara et les ex-rebelles : La guerre se poursuit

Jusqu’où ira la guerre sournoise que se livrent les factions rivales au sein du régime Ouattara ? Les révélations faites par une cadre de la rébellion des Forces Nouvelles viennent remettre au goût du jour les dissensions qui minent le pouvoir actuel au plus haut niveau.


Samedi 18 Octobre 2014 - 20:50


Derrière les larges sourires affichés, les actuels dirigeants au pouvoir - composés notamment de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles et du bloc RDR - se livrent une guerre sournoise et sans merci. C’est un euphémisme de dire que le camp Ouattara est profondément divisé par les batailles de positionnement. Et la dernière sortie d’une des figures de proue de l’ex-rébellion qui a endeuillé le pays à partir du 19 septembre 2002 vient apporter de l’eau au moulin des partisans de cette thèse. Dans une interview accordée, lundi, au quotidien L’Inter, Fatoumata Traoré-Diop, ex- Secrétaire nationale à la solidarité et aux victimes de guerre issue des Forces Nouvelles (FN), relance le débat sur la guerre des clans qui mine le régime actuel (qui renferme des factions rivales) et qui pourrait lui être fatale. Elle annonce pour bientôt des « révélations » sur la vie politique dans un livre-vérité « en cours d’édition ». Mais elle en donne déjà un aperçu qui témoigne de ce que le groupe hétéroclite au pouvoir aux ambitions aujourd’hui divergentes n’affiche pas une homogénéité depuis bien longtemps. En effet, après avoir été débarqué de son poste de directeur général de la RTI, Fatoumata Diop avait lancé sa propre chaine de télévision ICI-TV qui diffusait à Bouaké et environs et qui « n’avait abso - lument rien à voir avec TV-Notre Patrie », qui était alors la télévision officielle de propagande de la rébellion conduite par Guillaume Soro, également basée dans leur fief. Elle n’en garde pas de bons souvenirs et charge ses propres compa - gnons. « Malheureusement, pour de petits calculs de certaines personnes, cette belle initiative d’ICI-TV fut stoppée. C’est tardivement, lors de la crise post-électorale que, des gens voyaient l’importance de mon projet, pourtant torpillé et combattu par de nombreuses personnes. Sans aucune honte, comme à leur habitude, des informations circulaient au Golf Hôtel pour m’accuser de ne pas vouloir coopérer pour activer un projet qu’ils avaient négligé peu de temps avant », se plaint-elle. Fatoumata Diop, qui assume aujourd’hui encore la « présence » à Bouaké en 2010 de l’ex-Première Dame Simone Gbagbo qu’elle avait invitée à l’occasion de la Journée nationale de la Solidarité, justifie son acte. « Ce fut un grand succès malgré la petitesse d’esprit de certains jaloux tapis dans l’ombre et croyant faire de cette activité de promotion de la cohésion sociale une compétition politique », lance-t-elle à certains irréductibles du camp Ouattara qui l’accusaient à un moment donné de « traitrise ». A ce propos, l’ex-Secrétaire nationale des Forces nouvelles en charge de l’identification des populations répond sèchement à ses détracteurs. « Les trai- tres autour de moi, il y en a eu à longueur de journée ; des vrais traitres. Ces traitres se reconnaitront mais je les laisse avec leur conscience. Personne ne pourra vous apporter la moindre preuve d’une trahison venant de moi », accuse-t-elle.


Des connexions entre des proches de Ouattara et Gbagbo ?


 Cette cadre de la rébellion fait même des révélations sur l’histoire des 429 000 personnes sur la ‘’liste grise’’, une tentative de fraude massive sur la liste électorale qui avait été dévoilée. Cette affaire avait entrainé le départ de Robert Beugré Mambé de la présidence de la Commission électorale indépendante (CEI) en février 2010. Selon elle, c’est « une affaire sale » dont «les inspirateurs, les auteurs, paniqués, ont eu honte d’assumer leur faute ». « Je n’ai pas voulu dire des choses pour faire plaisir à quelqu’un : c’est tout, rien que ça. J’ai alors compris que certaines personnes voulaient simplement que je mente pour une histoire dont je ne détenais pas les tenants et les aboutissants. Est-ce pour cela qu’on me dit traitre ? Pitié pour les vrais traitres. J’en profite aujourd’hui pour leur dire que tout le monde n’est pas faux comme eux. Et je termine sur ce volet en disant que ces personnes sont exactement celles-là qui pactisaient avec le Palais à cette période à travers des rencontres qu’elles appelaient ‘’réunions secrètes’’. Comme ces personnes se sont sauvagement enrichies et de façon malhonnête, elles pensent que tous sont comme elles », charge-t-elle ses compagnons qui voulaient se servir d’elle dans ce coup avant de s’interroger : « Est-ce pour un poste de chef d’institution, de ministre, de directeur, de député ou de maire que l’on doit vendre sa dignité ? ». Mais à qui Fatoumata Diop fait-elle allusion ? Manifestement, elle s’adresse à des personnes actuellement haut placé dans le régime d’Abidjan. On espère qu’elle aura le courage d’aller au bout de ses révélations dans son livre annoncé. «Vous savez le regret que j’ai dans cette situation ? », questionne-t-elle avant de répondre elle-même : « C’est le fait d’avoir accepté librement d’entrer à la CEI pour en être vice-présidente alors que c’est la présidence qui m’avait été suggérée. J’aurais dû refuser d’être commissaire après mon passage à la RTI. J’aurais dû rester sur mon niet, ce jour-là au siège du Pdci, lors d’une réunion du G7 [composé du Pdci, RDR, Udpci, Mfa et des 3 mouvements rebelles que sont le Mpci, Mpigo et Mjp] sur les derniers réglages avant le vote à la CEI. Malheureusement, en discutant au téléphone avec mon mandant ce jour-là, j’ai finalement accepté ». Son mandant est-il Guillaume Soro alors patron de la rébellion des FN ? Visiblement, elle accuse les actuels dirigeants de n’avoir pas tenu parole. Elle en est encore irritée.


Ouattara et Soro : le divorce semble irréversible


 Celle qui estime que l’actuelle CEI n’a pas la « composition idéale » tire donc dans tous les sens sur son propre camp. C’est une dame révoltée qui est décidée à parler… En tout de cause, sa sortie trahie les dissensions réelles dans le camp Ouattara dont les principaux animateurs semblent ne plus avoir les mêmes ambitions. Le régime est tiraillé entre les camps Ouattara, Soro et de manière marginale le bloc de ceux qui réclament une relative indépendance vis-à-vis des deux premiers. Et tous veulent plus ou moins marquer leur territoire. D’ailleurs, courant juillet-août 2013, l’ex-ministre rebelle Roger Banchi (qui est rentré depuis quelques mois en Côte d’Ivoire mais se fait plus discret) ne s’est pas privé de critiquer vivement la politique d’Alassane Ouattara notamment sur la réconciliation. Non sans s’attaquer au RDR. «Ce qui est pénible et désespérant avec le RDR, c’est l’indigence de la culture politique et démocratique. Une culture médiévale du leadership», s’insurgeait-il. En tout cas, l’isolement de Soro du cercle restreint du pouvoir par Ouattara est la conséquence d’une longue guerre sournoise faite de suspicions et de méfiances réciproques qui dure depuis plusieurs années entre lui et les certaines figures emblématiques de la rébellion qui l’a aidé à prendre le pouvoir. Le chef de l’Etat a donc décidé de passer à la vitesse supérieure avec l’éloignement de certains chefs de guerre pro-Soro comme Issiaka Ouattara dit Wattao.


   Par Gérard Koné


Source: Le Nouveau Courrier N°1132 Du Jeudi 16 Octobre 2014

 




Politique | Economie | Société | Vidéo | Agenda | Religion | Culture | Santé | Diaspora | Contact





WWW.ABIDJAN.ME
UN SITE A VISITER ABSOLUMENT !