Coup d’Etat, une marque déposée RDR

Mardi 26 Juin 2012 - 06:21


Ahmed Bakayoko (ministre de l'intérireur) et Martin Koukou Fofié (Chef Rebelle)
Ahmed Bakayoko (ministre de l'intérireur) et Martin Koukou Fofié (Chef Rebelle)
Le one man show télévisé d’Ahmed Bakayoko le 12 juin 2012 a étonné plusieurs observateurs de la scène politique ivoirienne. Pour tous ceux qui connaissent le microcosme politique ivoirien, ses accusations contre le FPI au sujet d’un coup de force en préparation ont suscité des interrogations. Son discours reflétait-il la peur panique d’un imposteur qui a peur de voir ses adversaires recourir aux méthodes qui l’ont porté au pouvoir ? Ou s’agissait-il tout simplement d’une manœuvre de plus pour solliciter la protection de ses parrains internationaux ? Quoi qu’il en soit, on a eu du mal à reconnaître ceux qui, avec lui, se sont donnés tant de mal pour conquérir le pouvoir par des voies non démocratiques.
En effet, l’histoire de Ouattara et celle du RDR se confondent avec toutes les tentatives de coup de force que la Côte d’Ivoire a connues ces vingt dernières années. Nous sommes en 1993. Le premier Président de la Côte d’Ivoire vient de décéder le 7 décembre. Selon la Constitution, c’est le Président de l'Assemblée nationale, le Président Bédié, qui doit terminer son mandat. Mais les observateurs notent que « Ouattara, alors Premier ministre, hésite, quoi qu’il en dise, à tenter un coup de force pour s'emparer du pouvoir ».
De fait Ouattara tentera en vain de faire bloquer cette passation de pouvoir. Un conseil de gouvernement qu’il préside le 7 décembre avait en effet arrêté de faire « constater la vacance de la magistrature suprême». Mais saisie, la Cour suprême rejettera cette requête, la Constitution n’exigeant pas cette procédure dans le cas de décès. Et, pendant qu’il faisait du dilatoire, Ouattara donnait dans l’intrigue en recevant des personnalités de la défense nationale, pour s’assurer de « leur loyauté ». Et s’« il finit par démissionner de son poste le 9 décembre après deux jours de flottement et d’incertitude », c’est bien parce que quelques uns dans la hiérarchie militaire, l’en avaient dissuadé de manière peu protocolaire. Depuis cette époque, l’ombre de Ouattara a toujours plané sur toutes les tentatives de coup de force.
Le coup d’Etat de décembre 1999 réalisé par le général Guéï Robert en est le plus emblématique. Auparavant, Ouattara avait menacé de frapper et de faire tomber ce pouvoir moribond au bon moment. Après, il s’en était vanté en déclarant que « les Ouattara font toujours ce qu’ils disent ». Le Canard Enchaîné avait d’ailleurs révélé à l’époque que le général Gueï l’avait rencontré, à Paris, peu de temps avant le coup d’Etat.
Quoi qu’il en soit, ce coup d’Etat permet la libération des membres du bureau politique du RDR condamnés pour incitation à la violence. Il délivre Ouattara du mandat d’arrêt lancé contre lui pour "faux et usage de faux " et qui l’avait amené à s’exiler. Il peut donc rentrer au pays cinq jours après le coup d’Etat sous les honneurs d’un « Président de la République », dans l’avion de Air France que le ramène. Le gouvernement qui en est issu, confirme d’ailleurs les soupçons sur ses auteurs. Dans une intervention restée célèbre, le Président Laurent Gbagbo affirme que « c’est un gouvernement RDR. Si c'est un coup d'Etat RDR, qu'on nous le dise ».


Deux décennies de coups d’Etat

Malheureusement pour Ouattara et le RDR, des divergences opposent son clan aux autres membres de la junte au pouvoir. Les choses n’évoluent pas dans le sens de leurs desiderata. La délivrance massive de cartes nationales d'identité à des « non Ivoiriens » est vivement dénoncée par société civile. Des hommes politiques s’opposent ouvertement à la volonté de Ouattara de se présenter à la Présidence de la République. Et le projet de Constitution confirme cette tendance. Le général Guéï limoge les ministres RDR.
Face à ce vent défavorable, le RDR réactive sa branche militaire. Les 4 et 5 juillet 2000, une tentative de coup d'Etat est déjouée. Quatre responsables du RDR sont interpellés. Le 6 septembre 2000, six membres de la garde du général Gueï sont inculpés « d'atteinte à la sûreté de l'Etat ». Dans la nuit du 17 au 18 septembre 2000, c’est le « complot du cheval blanc ». La résidence privée du général Gueï est attaquée. Le 3 octobre 2000, la junte entreprend une opération pour démanteler un réseau fomentant des troubles impliquant Dominique Nouvian, l'épouse de Ouattara, alors que le RDR dénonce une « tentative d'enlèvement » de celle-ci.
Les consultations électorales aiguiseront l’appétit déstabilisateur du RDR et de Ouattara. Le 6 octobre 2000, la Cour suprême rejette la candidature de Ouattara à l’élection présidentielle, notamment pour « nationalité douteuse ». Mais ses partisans attendront les troubles suscités par le Général candidat Gueï dans sa tentative de confiscation du pouvoir pour prendre la rue et réclamer la tenue d’une « nouvelle élection présidentielle» « avec la participation de tous les candidats ». Le 1er décembre 2000, suite au rejet de la candidature de Ouattara aux élections législatives par la Cour suprême, le RDR se retire du scrutin et appelle ses partisans à manifester à Abidjan. Cette vague de mécontentement connaîtra son point d’orgue dans la nuit du 7 au 8 janvier 2001, avec une autre tentative de coup d’Etat.
L’organisation d’un forum pour la réconciliation nationale, l’engagement pris par les « quatre grands » leaders de s’opposer ensemble à « une accession non démocratique au pouvoir », la participation ultérieure du RDR aux élections municipales en 2001 ne seront pas suffisantes pour faire abandonner l’idée d’une accession au pouvoir par la force. A la fin du mois de juin 2002, un coup d'État, prévu pour être exécuté le 7 juillet 2002, jour du scrutin des Conseils Généraux, avorte. Un gendarme, présenté comme le cerveau d’un coup d’Etat et deux commandos arrivés en Côte d’Ivoire pour arrêter le plan d’attaque sont arrêtés. Ces arrestations ne décourageront pas les instigateurs qui mettront leur projet à exécution. Le 9 juillet 2002, une autre tentative échoue. Elle serait l’œuvre du Général Alain Mouandou, avec l’aide de soldats venus d’un pays voisin et en complicité avec le RDR qui s’était illustré par d’étranges initiatives. En dépit de la participation de son parti au scrutin, Ouattara avait appelé ses militants à la désobéissance civile et à une insurrection à ses meetings. Les jeunes de son parti projetaient d'organiser une manifestation à Abidjan le … 9 juillet 2002.
En dépit de l’entrée du RDR au gouvernement du 5 août 2002, une autre tentative de coup d’Etat est perpétrée dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Mais cette fois-ci, les auteurs vont transformer leur échec en une rébellion armée, qui va couper le pays en deux jusqu’aux dernières consultations électorales de 2010.
De cette position, Ouattara et le RDR obtiennent l’exécution de leur programme que l’accord de Linas Marcoussis avait intégré : une participation au gouvernement, des réformes législatives et surtout l’obtention de la participation au forceps de la candidature de Ouattara à l’élection présidentielle, par le recours aux pouvoirs exceptionnels du Président de la République. Ouattara profite alors de cette brèche dans la Constitution pour apporter le coup de grâce en accédant, enfin, au pouvoir le 11 avril 2011, sous la houlette d’une coalition internationale ONU-France-CEDEAO mise en place par son ami Nicolas Sarkozy, ex-président de la République française. La communauté internationale venait ainsi d’adouber des putschistes récidivistes.


Le coup d’Etat est incompatible avec la démocratie

Evidemment, l’accession au pouvoir dans ces conditions, ne peut garantir le consentement populaire. Lors de la crise postélectorale, les incessants appels à la grève générale du camp Ouattara ont fait flop. Son investiture à la fin du mois de mai 2011 n’a pas été une ferveur populaire, au grand dam de ses nombreux invités déplacés des quatre coins du globe. Les élections législatives organisées en décembre 2011 n’ont même pas pu mobiliser 15% de l’électorat. Devant des faits aussi éloquents, il faut ignorer jusqu’au sens de la légitimité pour oser la revendiquer. Et ce ne sont pas des suffrages obtenus à la suite d’une fraude gigantesque lors de la présidentielle, tout comme une majorité parlementaire acquise à la suite d’un découpage électoral sur mesure contesté par son allié du PDCI qui pourront corriger cette déficience congénitale. Ces faits pervertissent plutôt le jeu démocratique.
Il ne faut donc pas être surpris que l’exercice du pouvoir par le RDR compromette les acquis démocratiques. Le multipartisme est remis en cause. Les partis politiques de l'opposition sont étouffés : emprisonnement et poursuites arbitraires des responsables et cadres FPI et LMP ; répression des meetings du FPI ; intimidation constante de la direction intérimaire du FPI par l’interpellation et les menaces constantes d’arrestation de son secrétaire général Akoun Laurent. Les atteintes à la liberté d'expression se multiplient : suspension régulière des journaux proches du FPI en particulier.
Quant à l’Etat de droit, consubstantiel de la démocratie, il ne se défend plus avec l’instrumentalisation des institutions de la République (instauration d’une justice des vainqueurs, inféodation des organes de régulation de la presse) et le non respect des libertés individuelles (persécutions multiples voire exécutions de militants FPI, perquisitions sans mandat de domiciles, arrestation arbitraire de militants FPI et tortures infligées dans les camps de concentration, gel des avoirs des membres de l’opposition).
En présence d’un tableau aussi sombre de violations manifestes des droits et libertés démocratiques, la question se pose de savoir de quelle démocratie Ouattara parle lorsque, lors de son récent voyage en Israël, il déclare que « la démocratie ne peut exister sans … contre-pouvoirs. Elle requiert l’Etat de droit et le respect des libertés fondamentales. La démocratie ne se décrète pas. Elle se construit ». A la pratique, Ouattara fait exactement le contraire. Il proclame la démocratie, mais ne l’applique pas.


Kouakou Edmond
Docteur en droit, Consultant
 




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