Côte d'Ivoire : quand les petits partis se bousculent au portillon du dialogue direct avec le pouvoir !

Mardi 4 Février 2014 - 06:08


Depuis que le FPI, invité à un dialogue direct avec le pouvoir, a décidé intelligemment d’associer à cette discussion tous les leaders de l’opposition, les petits partis ont hissé leur fanion dans le ciel de la Côte d’Ivoire.

Après de longues années de silence et de prêches dans le désert, cette aubaine fait tourner les têtes. En effet, décimés par l’aveugle et violente répression des FRCI appuyés par le dogmatisme ethnique d’Alassane Ouattara, les petits partis, à l’instar du FPI, n’avaient d’existence que par la place que leur accordaient les journaux locaux dans leurs colonnes.

L’on comprend donc qu’ils considèrent tous comme du pain béni le désir du FPI de les associer à l’invitation qui lui a été faite. La soudaine effervescence qui les anime n’est donc pas étonnante. Pour exister, il leur faut déjà commencer par se faire entendre ! N’ayant pas, pour la plupart, de représentant à l’Assemblée nationale – même sous le couvert de l’étiquette « indépendant » - et donc pas d’existence dans le paysage politique du pays, ils ne peuvent qu’être reconnaissants au « grand frère » FPI qui leur offre une tribune.

Certes, le FPI non plus n’a pas de représentant à l’Assemblée nationale. Cependant, le score de son leader aux dernières élections présidentielles le positionne largement en tête des partis les plus puissants du pays. C’est sans doute ce rang incontesté qui lui permet de se montrer magnanime et donc point méprisant à l’égard de la poussière des petits partis. Mais cette magnanimité ne suffira sans doute pas pour que le parti de Laurent Gbagbo impose de manière unilatérale ses vues sur les mesures à prendre pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse. Il lui faudra bien tenir compte des opinions de ces coquilles vides que sont ses petits amis tout simplement parce que certains pourraient s’avérer utiles à l’avenir. L’éclatement prévisible du RDR, considéré désormais comme le parti des étrangers et des ennemis de la Côte d'Ivoire, offrira certainement à quelques petits partis l’occasion de s’étoffer et de présenter un visage plus séduisant. N'oublions pas que la jeunesse ivoirienne est de plus en plus politisée et les partis au pouvoir (le RDR et le PDCI), sclérosés par l'ethnocentrisme, apparaissent presque comme des épouvantails. Par ailleurs, c’est très bien vu de la part du FPI de profiter adroitement de l’absence du bon sens diplomatique chez les partisans du RDR pour jouer le rassembleur. A l’opposé du rattrapage ethnique du RDR de Ouattara, le FPI a la sagesse de proposer le rassemblement des partis républicains en vue d’un consensus national.

Dans cet attelage audacieux et prometteur, ce sont donc les multiples petits partis qui risquent gros ! Déjà grisés par l’appel à la participation à ce qui apparaît comme les prémices du retour au jeu démocratique, certains fourbissent trop hâtivement leurs armes et pourraient se couper les doigts ou se tirer une balle dans le pied.

Oui, ce qui est à craindre, c’est que ces partis mettent plus l’accent sur la quête absolue des places d’honneur plutôt que sur la construction du pays par l’installation et la consolidation de leurs assises nationales. Un parti ne se résume pas à la notoriété d’un homme ! Ce qui est malheureusement le cas de presque tous les petits partis. Si demain, au lieu de faire confiance aux qualités de leurs coéquipiers pour les représenter valablement dans les structures nationales, les leaders abandonnaient le navire pour saisir les places d’honneur que pourraient leur offrir le pouvoir, ils condamneraient pour longtemps leurs partis à leur situation actuelle ; c’est-à-dire à l’état de balbutiement.

En effet, parce qu’un parti se construit patiemment autour d’un homme, celui-ci ne saurait trop vite l’abandonner sans ruiner sa construction et donc son avenir. Un parti ancré dans un gouvernement d’union doit apprendre à prêter au pouvoir ses meilleurs éléments afin de tirer les bénéfices de sa bonne contribution à l’œuvre nationale. En France, quand en 1981 François Mitterrand a appelé les communistes au pouvoir, Georges Marchais a eu l’intelligence de garder la maison plutôt que de l’abandonner pour saisir l’occasion qui lui était offerte de devenir ministre. En envoyant pour ainsi dire les meilleurs de son parti aux postes proposés par les socialistes, les communistes furent parmi les meilleurs ministres de François Mitterrand !

Tout le monde sait très bien qu’il est extrêmement difficile d’être à la fois au four et moulin, à la cuisine et faire la conversation à ses invités. Le leader qui entre dans un gouvernement ne peut à la fois servir la République et les intérêts de son parti ; il ne peut à la fois se soucier des affaires de l’Etat et celles de son parti. Si en Côte d’Ivoire les partis politiques demeurent toujours à l’état d’ébauche, c’est tout simplement parce qu’ils sont trop vite vidés de leurs forces vitales par souci d’intérêt personnel immédiat ; comme si on créait un mouvement politique pour s’ouvrir personnellement les portes du paradis sans se soucier de ce qu’il deviendra durant notre absence. Et quand on y revient, il faut bien sûr tout recommencer.

Par ailleurs, tous les partis doivent comprendre de façon claire que la présence de leur leader ou d’un de leurs lieutenants dans un gouvernement ne peut se baser sur leur notoriété mais sur l’ampleur de leur implantation dans le pays. Et pour cela, les élections législatives et municipales sont d’excellents baromètres. Oui, ce sont les représentations dans les structures politiques du pays – signes de leur implantation dans la population ivoirienne – qui doivent justifier la présence de tel ou tel parti dans un gouvernement d’union. Un parti sans élu à l’Assemblée et sans représentation dans les municipalités ne mérite pas de participer à un gouvernement d’union nationale. Quant à l’arbitraire du choix des acteurs des hautes fonctions administratives, il appartient à un jeu trop complexe pour oser ici quelques lignes directrices.

Il nous appartient à tous de méditer cette réflexion : avant de quitter un navire, le leader d’un parti doit absolument s’assurer de la bonne poursuite de la navigation. Si toutefois le navire vient à dériver après qu’il l’ait quitté, il en sera tenu pour seul responsable. Tant que cette précaution ne sera pas prise, la sagesse condamne le capitaine à demeurer à la barre et à se résoudre à envoyer des émissaires représenter son organisation dans les affaires nationales. Que chacun
se le rappelle : un bon capitaine n’est jamais le premier à quitter le navire !

Une contribution de :
Raphaël ADJOBI

Source: http://leblogpolitiquederaphael.ivoire-blog.com/






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