Côte d’Ivoire: l’heure du courage et de la désobéissance civile a sonné

Dimanche 17 Septembre 2017 - 07:17


La Côte d’Ivoire, c’est un secret de polichinelle, est mal en point depuis que la France de Sarkozy et l’ONU de Ban Ki Moon ont installé Dramane Ouattara dans le fauteuil présidentiel. Les plus pessimistes pensent même que son pronostic vital est engagé. Notre pays est en danger non seulement en raison de l’insécurité créée par les microbes entretenus et protégés par le pouvoir mais également parce que la pauvreté ne cesse d’y gagner du terrain. En effet, hormis les Ouattara, Duncan, Bédié et Soro qui mangent tant et si bien qu’ils sont “devenus ronds et brillants” (les mots sont de Cissé Ibrahim Bacongo, l’homme qui partagea en 2013 avec Sidi Kagnassi 110 milliards de francs CFA, pour avoir repeint les murs de l’université de Cocody tout en laissant de côté l’essentiel), les fonctionnaires et ouvriers ont de plus en plus de mal à se nourrir et à se soigner. Mais plus grave encore est la situation des paysans obligés de vendre leur cacao, café ou coton à vil prix à des acheteurs véreux qui ne dissimulent plus leurs liens avec un pouvoir qui semble avoir fait sienne la doctrine de Horace, poète de l’Antiquité romaine: Carpe diem, quam minimum credula postero (cueille le jour ou jouis du présent sans te soucier du lendemain). Mais chacun sait, par expérience, que tout a une fin, même la jouissance, et que celui qui s’empiffre pendant que les autres dorment avec le ventre vide ne peut se gaver indéfiniment. C’est pourquoi  tout jouisseur et tout adepte du “profiter de l’instant présent” devraient entendre le “cave ne cadas”  (prends garde de tomber) que hurlait le goujat romain quand l’imperator se pavanait et fanfaronnait trop fièrement devant les acclamations de la foule. En un mot, notre pays va très mal. Pour ne donner qu’un exemple, le cacao n’a pas été acheté, ce qui veut dire que nombre de petits planteurs risquent de ne pas scolariser leur progéniture, cette année. Cette Côte d’Ivoire où les uns tirent le diable par la queue tandis que les autres augmentent leur salaire et multiplient les voyages et séjours à l’étranger aux frais du contribuable commence à exaspérer tout le monde. Même certains partisans de Ouattara n’hésitent plus à exprimer leur ras-le bol à haute et intelligible voix.

Que devons-nous faire pour que cette Côte d’Ivoire, à défaut de retrouver sa relative stabilité et son petit lustre d’antan, ne meure pas? Voilà la question à laquelle chacun devrait essayer de répondre après avoir fait le triste constat que le pays s’est négativement transformé. Ma suggestion est la suivante: Pour les Ivoiriens attachés à la liberté et à la justice, il est temps d’affronter Dramane Ouattara et tous ceux qui le soutiennent; il est temps d’occuper la rue, massivement et partout (dans les villes et villages), jusqu'à la chute de ce régime qui ne nous aura apporté que la mort, la désolation et la misère. Il est temps de nous soulever au lieu d'attendre je ne sais quel mot d'ordre de je ne sais quel leader de l’opposition. Celui qui a été injustement déporté à la Haye était, lui, un vrai leader. Il l’était parce qu’il connaissait son peuple qui se reconnaissait en lui. Il l’était parce qu’il était chaque fois avec ceux qui manifestaient dans la rue (lycéens, étudiants ou syndicalistes) pour obtenir de meilleures conditions de vie ou de travail. S'il avait été là, il aurait remué ciel et terre, aurait pris des risques, pour que les prisonniers politiques soient libérés parce qu'il a toujours fait passer le bien du pays avant ses petites ambitions, parce qu’il n’a jamais été indifférent à la souffrance et à la détresse de l’autre, parce qu’il a toujours voulu que sa “bouche [soit] la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche” (Aimé Césaire). Privés désormais de lui, il ne nous reste plus qu'à prendre nos responsabilités car, comme le disait le Chilien Salvador Allende peu avant sa mort, “l’Histoire est à nous, c’est le peuple qui la fait”. Il revient aujourd’hui au peuple ivoirien de faire l’Histoire en boycottant les produits français, en paralysant le pays, en exigeant la fermeture du 43e BIMA, en ripostant à la violence des microbes et des policiers de Ouattara, en s'opposant aux inscriptions en ligne qui sont une vraie escroquerie du pouvoir, etc. L'heure n'est plus aux prophéties farfelues, aux visions fantaisistes, aux prédictions mensongères. L'heure est à la mobilisation et à l'action. Prenons alors les devants, si nous avons l’impression que les leaders louvoient, tergiversent, tournent en rond ou qu’ils ont un autre agenda que la libération du pays! Il est temps de mettre fin à la dictature, au rattrapage ethnique, au détournement des fonds publics et à l'insécurité. L’heure du courage et de la désobéissance civile a sonné. Certains pensent déjà aux élections de 2020; ils ne parlent plus que de cela. Mais qui ira voter si les Ivoiriens sont exterminés avant 2020? L’urgence, par conséquent, n’est donc pas de voter mais de dégager les voleurs et tueurs placés au pouvoir en avril 2011 par la France.

En entendant le mot “dégager”, certains chrétiens pourraient pousser des cris d’orfraie parce que, pour eux, le chrétien n’a pas pour vocation de se mêler de la politique qui serait sale et dangereuse. À ceux qui pensent ainsi, on pourrait rétorquer que Jésus lui-même ne s’est pas désintéressé des affaires de la Cité et qu’il n’a pas demandé à son Père de retirer ses disciples du monde mais de les préserver du mal (Jn 17, 15). Donc, ceux qui se disent apôtres, bergers, prêtres, pasteurs, prophètes ou bishops, les fidèles qui remplissent les églises les dimanches mais rechignent à descendre dans la rue parce qu'ils croient que c'est Dieu qui va nous délivrer de Dramane Ouattara et de sa bande de voleurs et de tueurs, devraient se rappeler ceci: le Christ invite constamment ses disciples à quitter leur petit confort douillet, à "sortir du Temple" (Bartolomeo Sorge) pour se rendre là où les hommes pleurent, souffrent, gémissent ou luttent pour l'avènement d'un monde meilleur. Pourquoi? Parce qu'il n'était assis ni dans un bureau ni au Temple mais sur les routes et dans les rues de Palestine, visitant hameaux et bourgades, discutant avec les gens, partageant leurs joies (comme à Cana) et leurs peines (comme à Naïm et à Béthanie). Un chrétien, qui se contente de prier et de jeûner chez lui, un chrétien qui se limite à dire "sois béni", "c'est Dieu qui est fort", "laisse Dieu faire ton palabre" ou "Dieu va faire", alors que, chaque jour, le pays se délite et s'appauvrit, n'est donc pas dans la vérité. Sa tâche et son honneur, c'est plutôt de se lever avec d'autres citoyens pour combattre la dictature, le mensonge, l'injustice, la discimination et toute forme de néo-colonialisme.

Jean-Claude DJEREKE

 





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