Côte d'Ivoire, il te reste peu de temps

Mardi 15 Octobre 2013 - 07:21


Un rassemblement de jeunes patriotes ivoiriens
Un rassemblement de jeunes patriotes ivoiriens
Avons-nous fini d’enterrer nos 3000 morts de la crise post-électorale? Avons-nous fait le deuil de tous ceux que nous n’avons pas pu dénombrer ; tous ces milliers de femmes violées, ces hommes et enfants massacrés, jetés au fond d’un puits ou, dont les corps ont servi de nourriture aux chiens errants et les restes, mêlés aux immondices, ont fini par se décomposer à l’air libre ? Avons-nous seulement tiré toutes les leçons de notre tragédie collective depuis 2002 à nos jours?
Il semble bien que non. Sinon, nous ne serions pas encore là, en Côte d’Ivoire, à parler de 2015, de la conquête d’un pouvoir duquel on ne cesse de se casser les dents, sans chercher à en savoir les véritables raisons. Nous n’en serions pas là, avec un Alassane Ouattara, « vraisemblablement » pressé de s’adjuger un second mandat à peine le premier terminé ; nous n’en serions pas là, avec un Konan Bédié, toute honte bue, auto-proclamé « vieux-jeune », président-à-vie de son parti, étalant toute sa haine et sa rancune tenace contre ses adversaires politiques, lors du récent congrès du plus vieux parti de Côte d’Ivoire ; nous n’en serions pas là avec une opposition, tristement réduite à réclamer en vain la libération de son leader, mais aussi de tous ses membres et le retour de tous ceux contraints à l’exil.  
Pourtant, il semble bien logique, pour un pays à peine sorti d’une violente guerre ; une guerre qui l’a profondément fragilisée et déchirée, que le plus important, soit d’abord de se réconcilier avec lui-même ; de poser son diagnostique afin de se guérir définitivement des maux qui ont menacés de l’anéantir.
Si les nouveaux dirigeants et toute la classe politique ivoirienne, ont dès le départ, affiché leur apparente volonté d’aller à la réconciliation nationale, force est de reconnaitre que le processus de réconciliation en Côte d’Ivoire s’est embourbé, bien avant même d’avoir connu un heureux début. En Côte d’Ivoire, la fracture sociale, les divisions restent profondes et les tensions encore vives, malgré tout le tintamarre autour du processus. Certes, Alassane Ouattara se refuse à accepter cette réalité. Pour lui : « Il ne faut pas confondre la réconciliation entre les ivoiriens et les relations entre les partis politiques ». La tension palpable en Côte d’Ivoire, serait donc due – selon lui - aux seules dissensions entre partis politiques. Rien à signaler donc du côté des populations ? De sa part, le contraire nous aurait étonnés. On le comprend, l’homme est plus attaché au côté bling-bling du pouvoir, qu’aux responsabilités réelles qu’impose la fonction du pouvoir elle-même. Comment flatter la communauté dite internationale ? Telle est son principal objectif. Le reste peut attendre. D’ailleurs, le plus important pour lui, et il l’a dit. Il faut: « (…) qu’en 2015, les ivoiriens puissent voter, c’est le plus important ».
Pourtant toutes ces familles qui ont perdu un des leurs dans cette terrible crise socio-politique, toutes ces personnes aujourd’hui, profondément affligées, meurtries et inconsolables à cause de la perte d’un proche ou de leurs biens, ne sont pas toutes et forcément affiliées à un parti politique, et ne sont encore moins des politiciens. Aujourd’hui, si les populations ivoiriennes vivent les unes avec les autres et malgré tout, ce n’est pas parce qu’elles ne portent pas en elles les douleurs de la crise ; ce n’est pas parce qu’elles ne ressentent pas le lourd sentiment d’injustice généralisée et renforcé par les agissements de la classe politique actuelle au pouvoir. C’est parce qu’elles y sont contraintes. C’est leur destinée. Elles ne peuvent faire autrement que vivre avec leurs peines et douleurs enfouies en elles. Alassane Ouattara a donc totalement tort. La crise socio-politique ivoirienne menace encore le pays tout entier, telle l’épée de Damoclès.
La menace est donc là. Permanente. Parce que des politiciens -  singulièrement la classe dirigeante - plus soucieux de confisquer un pouvoir inespéré ; pouvoir qui a fini par les griser, ont imposé un agenda électorale à ce pays, avec le secret désir d’opérer un passage en force en 2015. Certes, un agenda qui n’est pas celui d’une Côte d’Ivoire à peine relevée des cendres de la guerre post-électorale ; car ne répondant pas à ses réelles aspirations. La Côte d’Ivoire a d’abord besoin de panser ses plaies, après en avoir – bien évidemment - décelé les causes.
Certes, nous ne pouvons pas remettre aux calendes grecques les échéances électorales de 2015. C’est un devoir que nous nous sommes imposé à travers notre loi fondamentale. Mais nous ne pouvons pas non plus, accepter de sacrifier l’avenir de ce pays sur l’autel des ambitions de politiciens corrompus et animés de mauvaise foi. Nous ne pouvons pas nous permettre de trainer les mêmes plaies. Celles d’hier et d’aujourd’hui, jusqu’à la date fatidique de novembre 2015. Parce que la crise qui ronge ce pays, tire avant tout ses sources de la conquête du pouvoir, nous ne pouvons pas nous permettre d’assister à la remise en jeu de ce pouvoir, sans avoir auparavant tiré les leçons de notre tragédie collective, sous peine de revivre les mêmes atrocités des années précédentes et peut-être pires encore. Qui a fait quoi ? Où ? Quand ? Et pourquoi ?
C’est à cette tâche que devrait  résolument s’atteler toutes les forces vives de la Côte d’Ivoire. Car force est de reconnaitre qu’il ne lui reste, en réalité, que peu de temps pour relever ce défi à l’horizon 2015, sous peine de se voir replonger dans l’horreur.
 
Marc Micael
Chroniqueur politique
marcmicael@yahoo.fr




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