Côte d'Ivoire/ Une bombe sociale à retardement

Samedi 1 Février 2014 - 08:59


Dans sa parution de ce mardi 28 janvier 2014 intitulée «Danger sur la République », «L’Eléphant» a rendu publics les résultats d’une enquête qui donne froid dans le dos en infiltrant le «réseau mafieux» des faussaires de pièces administratives et de timbres fiscaux dans notre Etat encore fébrile et convalescent. Un dossier volontairement froid – et cela est dû au détachement de son auteur du point de vue du style rédactionnel - mais non moins professionnel et évocateur. Un dossier qui ne peut que donner des frissons et des émotions à tous ceux qui se sentent concernés par les « choses » qui touchent ou menacent la cohésion sociale, la paix intérieure et avec les pays voisins (on saura plus tard pourquoi), l’économie, la lutte contre la pauvreté, le foncier, la question identitaire… Disons en d’autres termes, notre Constitution et les fondamentaux de notre Etat-nation. Et révéler ainsi combien de fois nous sommes en danger dans ce pays ! Autant le dire tout de suite, pour situer le sens de notre contribution aux inéluctables débats suscités que, comme selon le filon senghorien, «l’émotion est nègre, et la raison hellène». C'est- à-dire  que l’émotion se décline en intuition, subjectivité, imagination, indéterminisme… or la raison se présente en argumentation, rigueur, construction méthodique, déterminisme, objectivité. Alors autant que faire se peut donc, nous nous détacherons, dans cette analyse, de la passion et du fanatisme, qui n’auraient été d’ailleurs que légitimes... Au chapitre des questionnements, anonymement une autorité politique s’est offusquée : «Que ne feraient pas certaines personnes pour de l’argent ? Mais en même temps, jusqu’à où iraient-ils ?» Eh bien, le Rubicon est désormais franchi. Plus que jamais. Peut-être faudrait-il inscrire cet ex- ploit antipatriotique en lettres d’or aux records du monde ! Pour s’enrichir, rapidement surtout, ces faussaires mènent une féroce lutte contre la République, en vendant leur âme nationale, leur identité nationale. Pour témoigner au monde entier de leur égoïsme aussi? Pour de l’argent, des milliards de francs pourris, ils iraient jusqu’à brader le pays tout entier au plus offrant, à qui payera mieux. Au mépris des intérêts économico-financiers, sociodémographiques, identitaires, fonciers, politiques…Au risque qu’un matin, les acquéreurs de ce pays viennent demander aux Ivoiriens de se trouver une autre terre d’accueil car, les 322.462 Km2 (la superficie de la Côte d’Ivoire) auront été achetés par eux, preuve à l’appui, preuve brandie à qui réclamera. Et ce jour n’est certainement pas loin. Malheureusement! L’enjeu de la question, une question d’intérêt hautement national, mérite et exige que le débat soit totalement dépassionné, dépolitisé ; exige aussi que les débats soient immédiatement ouverts, aux niveaux de toutes les couches socioprofessionnelles. Sinon, on est « morts » !

DU BRADAGE DE NOTRE IDENTITE
 
Oui, puisque c’est ce que vient de révéler une enquête menée par le journal «L’Eléphant Déchainé». Des gens (Ivoiriens ?) qui confectionnent et lIvrent des cartes d’identité nationales parfaitement frauduleuses à des milliers de personnes dont on n’est pas sûr d’être des Ivoiriens, et autres pièces administratives. Quelle abomination ! Puisque les autorités ivoiriennes demandent aux Ivoiriens de se faire  établir, pour les besoins administratifs, des attestations d’identité d’une validité d’un an. Quel Ivoirien aujourd’hui aurait un intérêt à chercher à acquérir la carte d’identité nAtionale format carte de crédit alors que depuis 2010, l’Administration a mis fin à l’établissement de cette pièce ? Qui ne se confectionnait d’ailleurs pas en Côte d’Ivoire, paraît-il ! Un Ivoirien ne devrait pas chercher à acquérir frauduleusement une carte d’identité. C’est l’identité commune, collective et individuelle qui se trouve arrimée à la pièce dite carte d’identité qui en est le symbole physique. Il faut être extrêmement vigilant dans le traitement de ce problème car, en Afrique, la plupart des tragiques conflits postcoloniaux ont souvent été liés à la question identitaire. Le génocide rwandais, la guerre du Biafra… en témoignent. Comment Soro Guillaume et ses camarades ont-ils justifié leur tentative de coup d’Etat mué en rébellion de 2002 ? Et récemment, en visite dans le nord, n’a-t-on pas entendu notre président dire : «(…) Il (Soro) a fait preuve de sacrifice, il s’est battu pour que les populations au Nord puissent retrouver leur dignité par la nationalité ivoirienne. Je souhaiterais rendre hommage à Soro Guillaume pour les combats qu’il a menés, son courage, sa fidélité. » (« Le Patriote », 8/07/13). Et aujourd’hui, à 20 mille francs Cfa, on s’octroie une fausse carte nationalité d’identité à laquelle les nationaux n’ont pas droit depuis 2010, puisqu’elle n’est plus officiellement délivrée.

LES DEBATS SONT OUVERTS, PARTOUT : C’EST UNE AFFAIRE D’ETAT !


 A la radio comme à la télé nationale, voici que les producteurs,  journalistes et autres animateurs ont désormais de la matière pour ouvrir le débat ici et maintenant. Pour les émissions qui existent déjà :«La parole est à vous», «la question du jour», «c’est pas normal», «l’invité du journal », «le magazine du dimanche», «parlons-en»et que saivons-nous encore ! Le gouvernement est immédiatement interpellé, pour ses Conseils de gouvernement et des ministres ; nos vaillants députés de l’Assemblée nationale, qui représentent le peuple ivoirien sont invités à ouvrir une session extraordinaire ; la Justice et le procureur de la République sont mis face à leurs responsabilités ; l’Association des rois et chefs traditionnels à qui enfin on s’apprête à donner un statut pour leur rôle aussi bien auprès des populations que du pouvoir et de l’Administration doit montrer qu’elle mérite ce statut ; les autres confrères indépendants, de l’opposition comme ceux proches du pouvoir, sont tous concernés ; les organisations des droits de l’homme et celles de la société civiles, les partis pliques, les organisations de jeunesse et de femmes… Les radios et télévi- sions internationales, la presse internationale, les diplomates, les organisations sous-régionales et internationales (Cedeao, UA, Onu…), les bailleurs de fonds, les investisseurs, les banques (oh combien de fois ont- elles été victimes !), les syndicats de tous genres, les organisations de consommateurs et autres... En somme, c’est une affaire d’Etat !

L'HEURE EST GRAVE, TRES GRAVE !

C’est une question de survie nationale, de sécurité nationale. L’heure n’est vraiment pas aux facéties. De deux choses, l’une. Ou bien le gouvernement était déjà informé de cette situation ; ou bien il n’en savait rien. Dans tous les cas, c’est une véri- table bombe sociale à retardement. C’est une opération de désintégration de la société ivoirienne. Difficilement acceptable. Parce que si notre président et son gouvernement étaient informés et qu’ils sont restés muets et inactifs sur cette question cruciale, alors ils se seraient faits complices de cette mafia, de cette désintégration de notre identité collective et nationale à travers ce bradage de la CNI. Permettre à des milliers, voire à des millions de personnes de s’offrir illégalement la pièce d’identité à 20.000 francs CFA. Dans ce cas précis, on serait tenté de se demander, «quelles en sont les motivations» inavouées. La seconde hypothèse est que le gouvernement de notre président n’en savait rien du tout. Et là encore, ce serait doublement grave. Cela voudrait signifier que tout le beau discours du premier flic, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, et son collègue commis à la Défense, toute la rhétorique d’ergotage sur les services secrets ivoiriens et autres renseignements généraux, ne seraient pas fondés. En plus de la question de l’identité, il y a aussi le permis de conduire qui est vendu par ces « experts en faux » à 20.000 francs Cfa. Ceux qui ont perdu un parent ou proche dans les nombreux accidents de la circulation survenus depuis quelques mois savent désormais une partie de la vérité sur ce qui est arrivé. Pour la vignette et la visite technique des véhicules et les timbres fiscaux, qui représentent un gros manque à gagner pour les caisses de l’Etat, c’est l’émergence à l’horizon 2020 et tout le saint-frusquin qui se trouveront retardés. On parle de plusieurs dizaines de milliards de nos francs. On ne peut enregistrer meilleur soutien au coût élevé de la vie et à la pauvreté. On dit merci qui ?

ANTOINE EDO

Source: L’éléphant déchaîné N°223 du vendredi  31 janvier au lundi 03 février 2014  / 3ème année





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