Côte d'Ivoire: Soro Guillaume exprime sa crainte et appelle au dialogue pour éteindre le volcan.

Jeudi 30 Avril 2015 - 06:13


DISCOURS DE SEM SORO KIGBAFORI GUILLAUME, PRESIDENT DE L‘ASSEMBLEE NATIONALE A L’OCCASION DE L’OUVERTURE DE LA 1ère SESSION ORDINAIRE 2015


Chers Collègues,
C’est avec un réel plaisir que je vous retrouve, ce mercredi 29 avril, jour de l’ouverture de la Première Session ordinaire de l’année 2015, dans une ambiance toujours aussi chaleureuse.

 
Certes, au cours de l’intersession, vous avez su faire preuve d’une disponibilité et d’une ardeur au travail à l’occasion des deux dernières Sessions Extraordinaires marquées par le vote d’importantes lois concourant à la vie démocratique et institutionnelle de notre pays.
Aussi, voudrais-je, à l’entame de mon intervention, vous saluer et vous féliciter pour la discipline et les efforts sans cesse consentis, Session après Session pour que notre Institution se tienne au service et à la disposition du Peuple Ivoirien, répondant toujours mieux à ses aspirations.
 Avant de poursuivre plus en avant mon propos, vous me permettrez de sacrifier agréablement à une tradition bien africaine, celle de saluer un hôte de marque, un grand Africain, le Président de l’Assemblée nationale du Cameroun, le Très Honorable CAVAYE YEGUIE DJIBRIL.
 
Mesdames et Messieurs,
Chers collègues Députés,
 
L’illustre personnalité que nous accueillons est certes l’invité spécial de ce jour mais, il est aussi l’ami de tous les jours, à qui j’ai rendu visite récemment, en compagnie de certains collègues Députés. Par sa  seule présence à nos côtés et par son exceptionnelle expérience parlementaire, il donne un éclat certain à la solennité de cette cérémonie.
 
En effet, je suis impressionné de porter à votre connaissance, Mesdames et Messieurs, que le Très Honorable CAVAYE totalise une somme d’expériences de travail au Parlement de son pays qui coiffe allégrement la somme des années d’existence sur terre de bien de Députés Ivoiriens ici présents !
 
Oui, et à l’attention de ceux qui n’accordent de foi qu’au langage des chiffres, cet Homme d’Etat Camerounais totalise bien 45 ans de présence à l’Assemblée nationale.
 
Fait significatif, depuis 1992, il est élu et réélu sans discontinuer Président de l’Assemblée nationale de son pays, soit 23 ans d’affilée.
 
Peu peuvent se targuer d’un tel palmarès remarquable !
 
C’est pourquoi, je vous demande de saluer avec moi le Président CAVAYE et sa délégation.
 
Mesdames et Messieurs,
 
En revanche, ce qui est très peu connu, c’est que notre hôte est un LAMIDO, c'est-à-dire un chef traditionnel comme moi !
 
Le relevant, je veux également saluer les chefs traditionnels Camerounais, membres de sa délégation.
 
Distingués Chefs traditionnels Camerounais,
 
Je me souviens que lors de ma visite officielle chez vous au mois de juin dernier, le Conseil national des Chefs traditionnels du Cameroun a bien voulu m’introniser comme un des leurs. Je suis donc heureux, en tant que collègue de vous accueillir en terre ivoirienne.
 
Très Honorable CAVAYE,
 
Vous et votre délégation foulez le sol d’un pays dont les populations connaissent bien le vôtre, à travers les icônes Camerounaises du sport et de la culture qui ont fait et continuent de faire la fierté de notre continent.
 
En vérité, le Cameroun et la Côte d’Ivoire ont en commun un long passé riche d’une relation d’amitié ancienne et qui se consolide grâce à la volonté manifeste de Leurs Excellences, le Président Paul BIYA et le Président Alassane OUATTARA.
 
Nos deux Parlements ont également décidé de leur emboiter le pas et il me plait, à cet égard, de signaler ma présence à la Cérémonie d’ouverture de la 2ème Session Ordinaire 2014 de votre parlement.
 
Ce fut un grand honneur pour moi de m’adresser ce jour-là aux cœurs de mes pairs Camerounais, dans le prestigieux hémicycle de Ngoa-Ekellé.
 
Par ailleurs, j’ai encore en mémoire les riches moments de partage que j’ai eus avec diverses composantes des populations de votre pays.
 
J’ai également en mémoire la question du terrorisme qui n’a pas manqué d’occuper nos échanges, notamment devant les attaques dont le Cameroun venait alors d’être l’objet.
 
Je veux donc, à nouveau, adresser, du haut de cette tribune, et au nom de la représentation nationale ivoirienne, un message de solidarité à l’endroit de votre pays qui, avec courage et détermination se bat pour l’intégrité de son territoire.
 
C’est le lieu pour moi de dire mes admirations au Président Paul BIYA qui a fait montre d’une  réaction prompte pour contrecarrer l’avancée de ce phénomène.
 
Très Honorable CAVAYE, sachez que le Peuple Ivoirien est de tout cœur avec le Peuple Camerounais dans cette douloureuse.
 
Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs,
 
Pour en revenir à la présente session, notons qu’elle s’ouvre dans un contexte national dominé par trois faits majeurs :
 
Au plan économique tout d’abord, notre pays connaît une réelle embellie.
 
Par le vote de nombreuses lois, notre Institution a modestement contribué à l’amélioration du climat des affaires et à la relance économique dont les résultats sont  aujourd’hui incontestables. 
 
Au plan sportif, ensuite, la victoire des Eléphants à la Coupe d’Afrique des Nations a été un moment particulier de communion autour d’une équipe nationale dont le succès dégage à mes yeux DEUX leçons que je veux partager avec vous.
 
Première Leçon. Il n’y a, dans aucune entreprise humaine, de réussite construite sans la foi, le courage, le dépassement de soi. Nos frères, nos fils, les Eléphants l’ont démontré dans une compétition où la très grande majorité de nos compatriotes les comptait au nombre des perdants, à l’entame de la compétition.
 
Deuxième leçon. La joie du peuple dans toutes ses dimensions est la meilleure expression  du devoir accompli. Le devoir des pouvoirs publics a été de mettre à disposition les ressources essentielles à la construction de la victoire. Celui des Eléphants a été de gagner. La combinaison de la volonté et de l’ambition a servi de ferment à l’une des plus grandes réussites sportives de notre jeune histoire.
Sur cette belle page de notre histoire sportive, permettez-moi chers Collègues, cette observation toute personnelle :
 
« Depuis son élection, jamais le Président de la République, Son Excellence Alassane OUATTARA, n’a exprimé de joie aussi forte, aussi expressive, aussi communicative que celle procurée par le succès des Eléphants. Rappelons-nous et gardons en mémoire, cette expression de ses sentiments livrés de manière spontanée et qui nous a tous émus: « Ah ! Quel bonheur ! »
 
Au plan politique, enfin, la quatrième année de notre législature est aussi celle de l’élection présidentielle.
 
En 4 ans, nous sommes passés d’une société en crise à une société en paix. Mais n’ayons pas peur de regarder et de nous exprimer sur les clivages persistants au sein de notre société. J’en ai identifié un, qui me paraît se surimposer aux autres et qui a trait aux sentiments dominants dans deux camps qui s’opposent et s’expriment ouvertement :
 
D’un côté, le camp des PESSIMISTES, ceux pour qui rien ne va dans notre pays ; ils vont jusqu’à affirmer que tout va finir par exploser, aidés en cela par les nombreux « nouveaux prophètes », annonciateurs d’une nouvelle guerre, et prescripteurs de remèdes insolites.
 
De l’autre, le camp des OPTIMISTES, ceux qui disent que « tout est bien dans le meilleur des Mondes », qu’il «n’y aura plus rien » et que la Côte d’Ivoire ne revivra plus l’expérience de la guerre, du sang et des larmes versés.
 
Entre ces deux camps, il nous faut trouver une voie moyenne, une voie de compromis, celle de la sagesse et de la lucidité. Ni empressés, ni empesés, allons notre chemin avec réalisme, dans la détermination et l’abnégation.
 
Nos blessures sont trop récentes pour en oublier la douleur, mais notre foi est trop forte pour que les blessures du passé nous dictent (inhibent) notre avenir.
 
La République morale que s’évertue à bâtir le Président Alassane Ouattara ne saurait être une République de clivage. Nous sommes Ivoiriens, nous sommes de Côte d’Ivoire, nous sommes UN au-delà de nos divergences. La République est notre bien commun et ses valeurs sont notre héritage.
 
Chers amis, le volcan sur lequel nous avons dansé ces dix dernières années n’est pas totalement éteint. Ayons le courage d’ouvrir nos bras à ces frères qui ressentent si fort ce besoin de la maison paternelle. A eux nous demandons d’avoir le courage de revenir dans la maison du père, dont ils n’ont jamais été chassés et de prendre leur part dans l’édification de la maison commune, même s’il subsiste, des divergences, et chacun comprendra.
 
Chers collègues Députés,
Mesdames et Messieurs,
 
Notre session s’ouvre également dans un environnement politique continental dominé par des crises multiformes qui empêchent que l’on jette un regard sur l’aube nouvelle qui se lève sur l’Afrique, appelé à un grand avenir avec des classes moyennes émergentes, des générations mieux éduquées qui se mettent au service de  leurs pays, une configuration historique et géopolitique qui fait de notre continent le nouveau pôle de croissance de l’économie mondiale.
Le progrès patient, construit sur la longue durée dans de nombreux Etats du continent est occulté par la focalisation sur les crises, de nature politique principalement, qui minent le continent : crises en lien avec les mutations des régimes politiques ; crises nées d’élections bâclées ; crises suscitées ou souhaitées en lien avec les élections à venir. 
 
Un regard  sans complexe sur le passé de notre continent laisse voir que des Etats, aujourd’hui cités comme des modèles de stabilité, ont longtemps vécu dans l’instabilité ; que des Etats cités autrefois comme des modèles de stabilité, ont connu des crises graves d’où ils émergent, où dont ils peinent à sortir. J’en appelle à l’union et à la solidarité autour du Mali et du Burkina Faso, éprouvés par des crises politiques dont ils s’attèlent à sortir et à rebâtir un consensus national nouveau.
 
Les crises, Mesdames et Messieurs, qu’elles soient politiques, économiques ou sociales nous en apprennent beaucoup sur nos sociétés, sur nos histoires respectives, sur nos rapports aux autres, sur nos valeurs, sur nos forces, sur nos faiblesses, sur nos capacités.
 
Les crises sont le ferment du changement dans toutes les sociétés. Elles créent des ruptures parfois nécessaires, pour que, de l’ordre ancien, émerge un ordre nouveau mieux adapté aux temps nouveaux. Comme disaient les Romains : « Ordo ab Chao », de l’ordre nait du chaos.
 
Mais les crises peuvent aussi être le point de départ d’une dissolution totale de la société lorsque les élites politiques se montrent incapables de dépassement.
 
Le DEPASSEMENT : voilà le mot clé dans toutes les sorties de crises. En termes religieux, je citerais spontanément l’Ecclésiaste avec ce passage connu de tous : « il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix ».
 
De fait, comment sortir d’une crise si l’on rêve d’un « match retour » ? Comment sortir d’une crise sans le regret des blessures infligées aux autres ? Comment sortir d’une crise sans un effort d’imagination dans la reconstruction des Institutions ?
 
Dans la majorité des crises, il y a un malentendu sur le sens à donner à notre histoire. Je pense en particulier à l’actualité sur la vie constitutionnelle dans nos Etats, notamment sur les questions en rapport avec la limitation des mandats présidentiels, la révision des Constitutions,  la limitation de l’âge des candidats.
 
Dans des sociétés en quête de stabilité, les pouvoirs constituants africains des années 90 ont réduit l’importance des dispositifs constitutionnels en sacralisant ou en sanctuarisant les pouvoirs présidentiels. De sorte que tout ce qui a trait aux élections, à la succession, au changement de régime devient source d’inquiétude, de crispations, ou de crise.
 
En effet, nos textes constitutionnels sont parfois confligènes. Ils font fi de l’histoire constitutionnelle des peuples qui appartiennent aux grandes démocraties, histoire qui nous enseigne que les Constitutions ont pris chez eux, la couleur des peuples, ont épousé leurs traditions.
 
Même si elles ont un socle commun, en lien avec les valeurs de liberté et d’égalité devant la loi, elles ne sont pas identiques. Elles font corps avec  l’histoire et la culture des peuples.
 
Honorables Députés,
Mesdames et Messieurs,
 
L’élection présidentielle  de 2015  doit être pour nous, Ivoiriens, un moment de consolidation de notre démocratie.
 
Dans la forme, par l’expression libre du suffrage ; dans le fond (une fois l’élection achevée) par la relecture et la réécriture de notre Constitution pour entrer dans l’ère de la modernité démocratique. Car, sans démocratie, la prospérité, à nos portes restera frappée du sceau de la précarité.
 
Encore, faut-il s’entendre sur le sens du mot démocratie ! 
 
Distingués invités,
Chers Collègues,
 
La DEMOCRATIE certes se distingue et s’oppose à la MONARCHIE, comme le gouvernement de tous, par opposition au gouvernement d’un seul.
 
Mais le terme ne se réfère pas uniquement à des formes de gouvernement. Il désigne également un modèle d’organisation sociale fondé sur quelques principes simples qu’il n’est pas inutile de rappeler : la liberté d’opinion, l’égalité de tous devant la loi, le recours à des délibérations ou à des élections pour choisir les personnes chargées de gérer  la cité.
C’est dire que l’on ne peut pas parler de « démocratie », sans se référer aux valeurs étroitement attachées à cette notion. On ne peut se déclarer DEMOCRATE que si l’on adopte ces valeurs dans ce système de gouvernance particulier. C’est en fonction de ces valeurs que l’on  juge de la capacité d’un régime ou d’une société, à édicter les règles et à se conformer aux exigences de l’idéal démocratique. Ces valeurs, quelles sont-elles ?
 
Dans mon effort pour les recenser, je suis tombé, et ce n’est sans doute pas un hasard, sur un élément porteur de sens : la  devise  nationale  de la Côte d’Ivoire : «UNION-DISCIPLINE-TRAVAIL ». Les valeurs principielles de la Démocratie que sont l’égalité et la liberté, sont le cœur même de cette devise.
 
En effet, « la démocratie est une exigence qui aspire à l’existence : elle consiste en un système de gouvernance qui postule que tous les hommes sont égaux, que chacun d’eux peut s’exprimer librement, dans sa parole comme dans ses actes, s’il accepte de se soumettre à la DISCIPLINE individuelle que requiert toute vie en société, placée sous le signe de L’UNION entre toutes les bonnes volontés, du respect, par chaque citoyen, de ses droits et de ses devoirs et de sa contribution volontaire, par le TRAVAIL accompli à la mesure de ses talents et de ses moyens, à l’accroissement de la richesse nationale, dont les fruits doivent être partagés de manière équitable et dans un esprit de fraternité. »
 
C’est une profession de foi qui devrait faire partie chers collègues, du vadémécum de tout démocrate et de toute démocratie dignes de ce nom !
 
Oui
Honorables Députés,
Chers Collègues,
 
Les valeurs cardinales que nous venons d’évoquer nous ont conduits au constat que la démocratie est un modèle universel de bonne gouvernance qui doit nous servir d’exemple et de référence, dans chacune des pensées que nous exprimons, comme dans chaque acte que nous posons.
 
C’est pourquoi, et je veux me répéter, l’élection présidentielle  de 2015  doit être pour nous Ivoiriens, un moment de consolidation de notre démocratie.
 
Il ne suffit pas de le proclamer, il ne suffit même pas de le vouloir, il faut le faire ! Comme ont réussi à le faire avec exemplarité nos frères du Nigéria, où des élections transparentes et reconnues de tous viennent de se dérouler.
 
Combien grande fut notre émotion, nous Députés Ivoiriens, devant l’attitude remarquable du Président Jonathan GOODLUCK que nous connaissons bien, puisque du haut de cette même tribune, il s’est adressé à nous, livrant ici ses convictions et sa grande sa foi en la démocratie en Afrique !
 
Grand fut le sentiment d’admiration de nos concitoyens qui ont constaté avec quelle hauteur de vue et quelle grandeur d’âme, le Président sortant a reconnu sa défaite et accepté le verdict des urnes, cette voix du peuple qui honore tout autant le vainqueur que le vaincu, car en démocratie, la règle suprême est celle du respect de la souveraineté du peuple.
 
Bel exemple de démocratie pour ce pays frère, belle leçon de modestie et d’optimisme pour tous les pays amis !
 
Belle leçon pour tous les pays africains qui en 2015 et en 2016 soumettront l’exercice du pouvoir à la sanction populaire. Que le peuple tranche en toute transparence et qu’en toute humilité nous acceptions le verdict populaire !
 
J’invite tous les candidats déclarés et les éventuels candidats à l’élection présidentielle d’octobre 2015 à des élections dans notre pays à savoir tirer profit de cette leçon.
 
Honorables Députés,
Chers collègues
 
C’est à chacune et à chacun d’entre nous de construire l’histoire de la démocratie en Côte d’Ivoire. Que cette année 2015 soit l’année de tous les espoirs et non celle de tous les dangers, qu’elle soit une invitation à nous retrouver tous ensemble sur le même terrain, pour disputer de manière consensuelle et fraternelle, le match de la démocratie !
 
Je vous remercie.
 
SORO Kigbafori Guillaume
Président de l’Assemblée nationale




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